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dimanche 28 avril 2013

Symphonie pastorale (André Gide)

Folio, 160 pages.


Quatrième de couverture :


«– Il ne faut pas chercher à m'en faire accroire, voyez-vous. D'abord parce que ça serait très lâche de chercher à tromper une aveugle... Et puis parce que ça ne prendrait pas, ajouta-t-elle en riant. Dites-moi pasteur, vous n'êtes pas malheureux, n'est-ce pas ?

Je portai sa main à mes lèvres, comme pour lui faire sentir sans le lui avouer que partie de mon bonheur venait d'elle, tout en répondant :

– non, Gertrude, non, je ne suis pas malheureux. Comment serais-je malheureux ?»



Mon avis :

Je ne suis pas une grande adepte de Rousseau, dont j'avais avalé avec beaucoup de peine les six premiers livres des Confessions au lycée. L'homme bon, généreux et droit, et vivant en parfaite symbiose avec la nature, je trouvait ça un peu basique (j'étais dans ma période Tolstoï à ce moment-là). 
Or Gertrude, l'héroïne de la nouvelle de Gide, est un condensé de Rousseau. Enfant aveugle, est recueillie par un pasteur de la Brévine, elle n'a jamais été socialisée ou éduquée. Le pasteur se charge donc de l'instruire. L'être humain étant bon par définition et Gertrude n'ayant pas été pervertie par la société, elle a évidemment une conduite morale irréprochable. En plus de cela elle est très belle et vive d'esprit. Bref, elle a tout pour plaire, et elle plait de fait bientôt au bon pasteur – et à son fils. Gide se crée là une situation intéressante (conflit moral du père, compétition entre le père et le fils, abus d'autorité, etc.) qu'il n'explore malheureusement que du bout de la plume, puisque Gertrude reste le centre de sa nouvelle. Gertrude qui se croit amoureuse du père et qui, lorsqu'elle recouvre la vue suite à une opération, réalise qu'elle imaginait le pasteur sous les traits du fils de celui-ci et que c'était lui, ce fils éloigné d'elle par le pasteur jaloux, qui s'est converti et est entré dans les ordres par dépit, qu'elle aimait en réalité. Aveuglement du coeur, aveuglement des yeux, on ne sait plus trop. Les thématiques de Gide sont intéressantes, mais je trouve dommage qu'il se borne à les effleurer sans développer plus. 

dimanche 27 janvier 2013

Le sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari)

Actes Sud, 208 pages


Quatrième de couverture : 


Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d'irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l'âme humaine à se corrompre.
Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d'une écriture somptueuse d'exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s'effondrer les mondes qu'ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d'échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.


Mon avis :

J'ai lu beaucoup de critiques très positives, il a reçu le Prix Goncourt (quand-même !), bref : tout le monde semble adorer à la fois l'histoire et le style, je dois être une idiote solitaire qui n'a rien compris. Tant pis, j'assume. L'histoire en elle-même, la chute d'une utopie, la fin d'un monde (celui du petit bistrot d'un village corse) est une actualisation intéressante de la chute de l'Empire romain. Il y a beaucoup de petits symboles jetés ça et là au long du roman, et c'est peut-être de ma faute si je ne connais pas assez bien cette période de l'histoire pour saisir tous les clins d'oeil de l'auteur et découvrir toute la richesse du récit. Admettons.
Champ lexical de la putréfaction, de la nausée et des accouplements, les hommes ne pensent qu'à boire et coucher avec les serveuses du bar, les femmes ne sont que des prostituées voleuses et pleurnichardes.  On se retrouve dans Céline, Voyage au bout de la nuit. Utiliser des images qui évoquent la décomposition et la décadence, évidemment, c'est en rapport avec le thème choisi. Mais faut-il vraiment y rester bloqué pendant près de 200 pages? Le style manque de finesse, les mots perdent leur poids et le dégout, à force de répétition, se transforme en lassitude. Quel soulagement alors d'ouvrir le dernier chapitre dans lequel enfin on quitte le style visqueux pour une langue précise et nette, et qui exprime tellement plus.
Je reste perplexe et vaguement inquiète : pourriture, bave et sperme – est-ce là vraiment tout ce que la littérature française a à offrir ? Notre société a-t-elle l'âge mental d'un enfant de cinq ans, fasciné par tout ce qui le dégoute ? 
Au final, le roman de Ferrari en soi me dérange moins que le fait qu'on lui ait attribué le Goncourt. Il me semble qu'un écrivain n'est pas seulement un habile conteur d'histoires mais aussi un artiste de la langue, quelqu'un qui fait de la musique et de la peinture avec les mots. Et c'est là une qualité que je retrouve de moins en moins dans la littérature actuelle. 

samedi 12 janvier 2013

Die Welt von Gestern: Erinnerungen eines Europäers (Stefan Zweig)

Fischer Taschenbuch Verlag, 512 pages


Quatrième de couverture:

Erinnerungen an die Welt von Gestern – an die bürgerliche Welt, die in zwei Weltkriegen unterging. Erinnerungen an das alte Wien, und an ein unstetes Leben: Europa auf der Flucht vor sich selbst. Stefan Zweigs Lebensgeschichte und zugleich die seiner Generation. 


Mon avis:

Un livre lu durant les deux jours passés dans le train entre l'Autriche et la Suisse, dans une urgence fiévreuse dont Zweig lui-même me livre l'explication lorsqu'il s'interroge sur les raisons du succès que rencontrent ses romans: il est, écrit-il, un lecteur impatient. Seuls les textes qui tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne lui procurent une satisfaction parfaite. Impatience qui n'épargne d'ailleurs même pas les grands classiques de la littérature, ainsi qu'il a l'honnêteté de l'admettre.*
Dans ce récit autobiographique rédigé dans l'exil brésilien entre 1939 et 1941, Zweig dresse un portrait critique et très juste de l'Europe du tournant du siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Portrait d'une société bourgeoise au bord du gouffre, d'une jeunesse nouvelle qui rejette en bloc tout ce qui s'apparente de près ou de loin à la tradition, portrait également d'un artiste profondément cosmopolite, qui cherche son rôle dans une Europe qui dresse ses peuples les uns contre les autres au nom d'un nationalisme artificiel. 
Le texte s'ouvre sur l'Europe d'avant-guerre, lente et majestueuse comme un roi patriarcal, dans l'illusion d'une sécurité inébranlable. L'Europe des hommes respectables et barbus, et qui fait rimer sagesse avec vieillesse. Zweig raconte ses années de Bohème, Berlin, Paris, Londres, Bruxelles, les amitiés nouées avec Rolland et Verhaeren. Et cette nuit de l'été 1914, dans le dernier train de nuit qui circule entre la Belgique et l'Autriche, à bord duquel Zweig figure les premiers témoins de la violation de la neutralité belge par les troupes allemandes en vertu du plan Schlieffen. Il relate sa correspondance passionnée avec Rolland et les articles publiés depuis l'exil suisse, le retour dans une Autriche dévastée et la famille impériale bannie, croisée à la frontière autrichienne. Zweig formule une analyse très pertinente sur les changements qui s'opèrent dans la société. Après avoir narré l'Europe à barbe blanche, il décrit une Europe nouvelle, jeune et imberbe, et suit avec effroi la montée des extrêmes avant de fuir les uniformes marrons en émigrant au Brésil.
Je vous livre ici un passage sur l'Europe de l'entre-deux-guerre qui m'éblouit par la justesse de son analyse. (Désolée, c'est en allemand, je ne me sens pas le courage de traduire.)

 (…) innerlich vollzog sich eine ungeheure Revolution in diesen ersten Nachkriegsjahre. Etwas war mit den Armeen zerschlagen worden : der Glaube an die Unfehlbarkeit der Autoritäten, zu dem man unsere Jugend so überdemütig erzogen. Aber hätten die Deutschen ihren Kaiser weiter bewundern sollen, der geschworen hatte zu kämpfen "bis zum letzten Hauch von Mann und Roß" und bei Nacht und Nebel über die Grenze geflüchtet war, oder ihre Heerführer, ihre Politiker oder die Dichter, die unablässig Krieg auf Sieg und Not auf Tod gereimt? Grauenhaft wurde erst jetzt, da der Pulverkampf sich über dem Land verzog, die Verwüstung sichtbar, die der Krieg hervorgerufen. Wie sollte ein Sittengebot noch als heilig gelten, das vier Jahre lang Mord und Raub unter dem Namen Heldentum und Requisition verstattet? (…) So weit sie wache Augen hatte, sah die Welt, daß sie betrogen worden war. (…) Was Wunder, wenn da eine ganze junge Generation erbittert und verachtungsvoll auf ihre Väter blickte, die sie sich erst den Sieg hatten nehmen lassen wollen und dann den Frieden? (…) War es nicht verständlich, wenn jedwede Form des Respekts verschwand bei dem neuen Geschlecht? Eine ganz neue Jugend glaubt nicht mehr den Eltern, den Politikern, den Lehrern; jede Verordnung, jede Proklamation des Staates wurde mit misstrauischem Blick gelesen. Mit einem Ruck emanzipierte sich die Nachkriegsgeneration brutal von allem bisher Gültigen und wandte jedweder Tradition den Rücken zu, entschlossen, ihr Schicksal selbst in die Hand zu nehmen, weg von alten Vergangenheiten und mit einem Schwung in die Zukunft. Eine vollkommen neue Welt, eine ganz andere Ordnung sollte auf jedem Gebiete des Lebens mit ihr beginnen; und selbstverständlich begann alles mit wilden Übertreibungen. Wer oder was nicht gleichaltrig war, galt als erledigt. Statt wie vordem mit ihren Eltern zu reisen, zogen elfjährige, zwölfjährige Kindern in organisierten und sexuell gründlich instruierten Scharen als „Wandervögel“ durch das Land bis nach Italien und die Nordsee. In den Schulen wurden nach russischem Vorbild Schülerräte eingesetzt, welche die Lehrer überwachten, der "Lehrplan" umgestoßen, denn die Kinder sollten und wollten bloß lernen, was ihnen gefiel. Gegen jede gültige Form wurde aus bloßer Lust an der Revolte revoltiert, sogar gegen den Wille der Natur, gegen die ewige Polarität der Geschlechter. Die Mädchen ließen sich die Haare schneiden, und zwar so kurz, daß man sie in ihren "Bubiköpfen" von Burschen nicht unterscheiden konnte, die jungen Männer wiederum rasierten sich die Bärte, um Mädchenhafter zu erscheinen, Homosexualität und Lesbierinnentum wurden nicht nur aus innerem Trieb, sondern als Protest gegen die althergemachten, die legalen, die normalen Liebesformen große Mode. Jede Ausdrucksform des Daseins bemühte sich, radikal und revolutionär aufzutrumpfen, selbstverständlich auch die Kunst. Die neue Malerei erklärte alles, was Rembrandt, Holbein und Velasquez geschaffen, für abgetan und begann die wildesten kubistischen und surrealistischen Experimente. Überall wurde das verständliche Element verfemt, die Melodie in der Musik, die Ähnlichkeit im Portrait, die Faßlichkeit in der Sprache. Die Artikel "der, die das" wurden ausgeschaltet, der Satzbau auf den Kopf gestellt, man schrieb "steil" und "keß" im Telegrammstil, mit hitzigen Interjektionen, außerdem wurde jede Literatur, die nicht aktivistisch war, das heißt, nicht politisch theoretisierte, auf den Müllhaufen geworfen. Die Musik suchte starrsinnig eine neue Tonalität und spaltete die Takte, die Architektur dreht die Häuser von innen nach außen, im Tanz verschwand der Walzer vor kubanischen und negroiden Figuren, die Mode erfand mit starker Betonung der Nacktheit immer andere Absurditäten, im Theater spielte man „Hamlet“ im Frack und versuchte explosive Dramatik. Auf allen Gebieten begann eine Epoche wildesten Experimentierens, die alles Gewesene, Gewordene, Geleistete mit einem einzigen hitzigen Sprung überholen wollte; je jünger einer war, je weniger er gelernt hatte, desto willkommener war er durch seine Unverbundenheit mit jeder Tradition – endlich tobte sich die große Rache der Jugend gegen unsere Elternwelt triumphierend aus. (…) Biedere, brave, graubärtige Akademieprofessoren übermalten ihre einstigen, jetzt unverkäuflich gewordenen „Stilleben“ mit symbolischen Würfeln und Kuben, weil die jungen Direktoren (überall suchte man jetzt Junge und besser noch: Jüngste) alle andern Bilder als zu "klassizistisch" aus den Galerien räumten und ins Depot stellten. (…) Überall lief das Alter verstört der letzten Mode nach; es gab plötzlich nur den einen Ehrgeiz, "jung" zu sein und hinter der gestern noch aktuellen eine noch aktuellere, noch radikalere und noch nie dagewesene Richtung prompt zu erfinden.
Welch eine wilde, anarchische, unwahrscheinliche Zeit, jene Jahre, da mit dem schwindenden Wert des Geldes alle andern Werte in Österreich und Deutschland ins Rutschen kamen! Eine Epoche begeisterter Ekstase und wüster Schwindelei, eine einmalige Mischung von Ungeduld und Fanatismus.
Zweig, Die Welt von Gestern, Frankfurt a/M: Fischer Taschenbuch Verlag, 2012, p. 339-343.


____________________________
*Letzten Endes glaube ich, stammt er [der unvermuteter Erfolg] von einer persönlichen Untugend her, nämlich daß ich ein ungeduldiger und temperamentvoller Leser bin. Jede Weitschweifigkeit, alles Schwelgerische und Vage-Schwärmerische, alles Undeutliche und Unklare, alles überflüssige-Retardierende in einem Roman, einer Biographie, einer geistigen Auseinandersetzung irritiert mich. Nur ein Buch, das ständig, Blatt für Blatt, die Höhe hält und bis zur letzten Seite in einem Zuge atemlos mitreißt, gibt mir einen vollkommenen Genuß. (...) Selbst bei den berühmtesten klassischen Meisterwerke stören mich die vielen sandigen und schleppenden Stellen (...). 
Zweig, Die Welt von Gestern, Frankfurt a/M: Fischer Taschenbuch Verlag, 2012, p. 363.


mercredi 18 mars 2009

De cape et de larmes (Nina Berberova)

Dernière nouvelle de ma série de Nina Berberova avalée en deux jours, début mars. Ici, on retrouve le quotidien de grisaille, d'alcool et d'absence d'espoir de la Russie soviétique du début du siècle, telle qu'on la connait également chez Makine.

Actes Sud, 96 pages


Quatrième de couverture:
Elles étaient deux sœurs, Ariane et Sacha, à Pétersbourg en 1920, et les voici ressuscitées sous nos yeux en quelques traits d'une efficacité incomparable. Leur mère est morte et le nouveau régime les contraint de vivre avec leur père dans une précarité insupportable. Ariane décide donc de suivre Samoïlov, un théâtreux marié, et laisse à Sacha, la narratrice, le soin d'en avertir le père, de lui porter ce coup. Vingt ans plus tard, à Paris, Sacha retrouve Samoïlov qui revient du goulag. Ariane est morte, le père aussi... Leur rencontre est comme une apostille dur le destin.


Mon avis: *****
Je ne sais pourquoi la désolation de la Russie communiste me fascine à ce point. Nina Berberova la peint ici dans une chambre exiguë, le divan partagé par les sœurs qui dorment tête-bêche, Sacha entourant de ses bras les genoux de sa grande sœur adorée, le père au rire nerveux derrière un paravent. La comtesse polonaise qui vient raconter des histoires d'avant, les courses dans la neige pour un quignon de pain.
Tout comme ses compagnons d'infortune, Nina Berberova décrit la vie précaire avec simplicité et humilité, sans pathos ni révolte, faisant sienne la devise Es muss seyn qui ouvre le quatuor op. 135 de Beethoven et que Kundera utilisera comme Leitmotiv dans son Insoutenable légèreté de l'être. Résignation et privation de la petite Sacha à Pétersbourg, résignation et privation de la jeune Sacha à Paris. There's no hope. Il faut se débrouiller pour (sur)vivre jusqu'au lendemain,;les hommes naissent et meurent, dans l'indifférence générale, inlassablement, et chaque jour recommence comme le précédent.

mardi 17 mars 2009

Le roseau révolté (Nina Berberova)

Suite des critiques de mes dernières lectures, il faut que je me dépêche, sans quoi je vais définitivement prendre trop de retard.

Actes Sud, 68 pages


Quatrième de couverture:
La guerre, en septembre 1939, sépare ces amants. Lui, Einar, part pour Stockholm. Elle reste à Paris, afin de s'occuper d'un vieux savant que les Allemands finiront par arrêter. La paix revenue, elle écrit à Einar, en Suède, des lettres qui reviennent: destinataire inconnu. Jusqu'au jour où, allant là-bas, elle découvre...


Mon avis: *****
Dans cette autre nouvelle de Nina Berberova, on sent un désespoir résigné, le vieux savant sont il faut s'occuper, l'arrestation et la mort de celui-ci, les livres qui lui restent. Puis cet homme, que la jeune émigrée russe aime encore, qu'elle retrouve en Suède. Qu'elle retrouve privé de son no man's land. Et cette femme qui veut la priver elle aussi de cet espace. La nouvelle se termine ici dans une sorte de cri de victoire - moi, je ne me laisserai personne me dicter ma vie; je garde ma liberté. Et ma fierté. Et la jeune femme russe s'en va.
Un appel à garder sa dignité coûte que coûte, au détriment d'un bonheur trompeur et médiocre, et Nina Berberova qui nous offre un moment riche en émotions qu'elle appose comme de petites touches de couleurs d'une toile impressionniste.
Le roseau se révolte et refuse de se plier.

lundi 16 mars 2009

La grande ville (Nina Berberova)

Après avoir retrouvé Joseph Joffo dans les rayons de la bibliothèque, j'ai eu très envie de retrouver l'univers de Nina Berberova, univers gris et morne de ceux qui vivent en exil. Univers douloureux de la désillusion. Et cette solitude devenue maîtresse des vies. Trois nouvelles, dont voici mon compte rendu pour la première, La grande ville.


Actes Sud, 30 pages


Quatrième de couverture:
J'ai compris que chacun avait apporté dans cette grande ville ce qu'il avait: l'un, l'ombre du prince d'Elseneur, l'autre, la longue silhouette du chevalier espagnol; le troisième, le profil du séminariste de Dublin, cet immortel; la quatrième, un rêve, une idée, une mélodie. La chaleur torride d'une vallée, le souvenir d'une tombe ensevelie sous la neige; une formule mathématique, divine dans sa grandeur, ou le tintement des cordes d'une guitare... Tout cela s'est fondu dans cette ville, sur ce cap, formant cette vie à laquelle je m'apprête à participer.


Mon avis: *****
Vingt-trois pages. Et c'est tout un monde, avec ses sensations, ses senteurs, ses odeurs, ses saveurs et ses émotions qui s'ouvre, comme la mer qui apparaît subitement, au détour de la route. Nina Berberova, c'est ce don extraordinaire de nous peindre un récit en quelques coups de plume, puis de l'animer, comme Dieu qui souffle sur Adam pour lui donner la vie. Nous nous trouvons ici dans une grande ville, probablement aux USA, l'émigré débarque, il n'a presque rien, et le souvenir de cette femme sur les bords cléments de la Méditerranée. Sans doute d'inspiration autobiographique (la nouvelle a été écrite en 1952, deux ans après l'émigration de l'écrivain aux États-Unis), le texte est empreint de mélancolie, et de ce vide sidéral qui caractérise l'œuvre de beaucoup d'émigrés d'une part, et l'œuvre de Nina Berberova d'autre part. Simple, sans pleurs, sans plaintes ni soupirs superflus, Nina Berberova épure sons récit pour n'en garder que l'essence de celui-ci.

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une très bonne critique ici.

La jeune fille au pair (Joseph Joffo)

Jeudi, je me suis évadée à la bibliothèque après mon cours de piano. Je voulais entre autre retrouver le titre et l'auteur d'un roman sur le Christ que j'avais lu il y a quelques années (La dernière tentation du Christ de Nikos Kazantzaki, qui a apparemment inspiré le film contesté de Scorsese, que je n'ai quant à lui jamais vu - beaucoup trop violent pour moi). Bref. Et je me suis retrouvée face aux romans de Joseph Joffo, l'auteur du grand classique Un sac de billes que j'avais lu dans mon enfance, ainsi que toutes les oeuvres en possessions de la bibliothèque. Toutes? Non! J'ai tiré du rayon un livre intitulé la jeune fille au pair, en me disant, ben tiens, exactement ce que je fais en ce moment! En lisant la quatrième de couverture, j'ai réalisé que c'était même exactement ce que je suis en ce moment:

Hachette, 186 pages


Quatrième de couverture:
Montmartre; à la Libération.
Jeune Allemande arrivée à Paris, Wanda devient fille au pair auprès d'une famille juive, les Finkelstein. Elle espère ainsi pémétrer dans cette communauté et comprendre ces gens que les Nazis avaient voués à l'extermination.
Peu à peu, grâce à Samuel, Hélène et leurs enfants, la jeune fille va dépouiller ses préjugés et commencer d'apprécier et de mieux comprendre ce peuple qui se découvre à elle. Pourtant, malgré l'amitié neuve qui la soutient, il lui arrive de disparaître sans raison ni objet. Qu'est-elle venue chercher là, en fait? La paix? Le pardon, la libération de sa mémoire? Et si oui, de quoi? Quel est le secret qui hante la vie de Wanda?
Ce récit bouleversant, mais tendre et drôle aussi, est l'histoire d'une expiation où le coeur mène l'esprit, où l'apprentissage de la fraternité humaine débouche sur une véritable conversion intérieure.


Mon avis: *****
Ces distribution d'étoiles sont toujours extrêmement subjectifs et imprécis. Il est évident qu'il y a des auteurs que je trouve plus "littéraires", qui ont un usage de la langue beaucoup plus raffiné et percutant. Mais Joseph Joffo a été un des auteurs qui ont bercés ma pré adolescence, et qui m'ont permis d'entrer un peu dans le destin noble et douloureux du peuple Juif. Et ce roman est un très bel acte de réconciliation envers les Allemands de cette génération - sa génération - qui a subit la guerre dans son enfance et qui s'est retrouvée avec le poids immense de la faute de ses parents. Mais le récit touche également la deuxième génération, celle des petits-enfants de ceux qui ont porté les armes. Étant moi-même Allemande de par mon père, je me suis retrouvée dans le personnage de Wanda. Que fais-je d'autre que de tenter, depuis ma prise de conscience du lourd passé de mon pays, de me réconcilier avec l'horreur nazie? Comme Wanda, je me sens coupable - le fait que je n'aie pas moi-même tué n'est pas un argument valable; j'ai eu la chance de naître quarante ans après la guerre, c'est tout. C'est rien. Et, comme Wanda, j'aimerais partir comme jeune fille au pair, officiellement pour apprendre une langue, officieusement pour vivre au sein d'une famille juive, les aimer, chercher le pardon. Joseph Joffo a su se mettre dans la peau de ceux dont les parents ont déporté ses propres parents, tué son père, ses oncles, ses tantes, ses amis, et mettre le doigts sur leurs souffrances d'enfants de bourreaux. Je salue le courage, la sagesse et l'amour de Joseph Joffo.

jeudi 12 mars 2009

Schachnovelle (Stefan Zweig)

Nichts geht mehr: die Literatur hat hier die Musik überholt. Ich muss dringende Massnahmen ergreifen, um dies zu beheben. Also nach diesen Einträgen wird hier weider mehr über Musik geschrieben. Ich hoffe auch, dass ich bald wieder mal ins Konzert gehen kann. Nun aber - Stefan Zweig, die erste Begegnung.

Fischer, 110 Seiten

Meine Meinung: *****
Um halb Zwölf in der Nacht habe ich das Buch aufgeklappt, und nach zehn Seiten spätestens war mir klar dass ich das Licht nicht auslöschen würde, ehe ich diese Novelle zu Ende gelesen hätte. Und so war es dann auch. Um zwei Uhr morgens war ich fertig damit, und zeimlich verwirrt durch diese Atemberaubende Geschichte. Und fands schade, dass ich Schach nie richtig spielen gelernt habe, dabei möchte ich schon seit Jahren spielen. (Am gleichen Abend hatte ich auch noch einen Film gesehen, der sich um Poker dreht, dass ich noch weniger behersche.)(Grosse Frustration also.)
Es fällt mir ziemlich schwer zu sagen, was mir in dieser Novelle so gefallen hat. Es war mir einfach unmöglich, das Buch loszulassen, obwohl ich, wie gesagt, von Schach keine Ahnung habe. Wenn Zweig immer so fesselnd ist, dann freue ich mich sehr auf weitere Lektüren!

samedi 7 mars 2009

Abendlicht (Stephan Hermlin)

Da bin ich wieder. Ich lese viel, ich hole nach, so viel ich nur kann - die Tage werden sachte länger.

Salto, 96 Seiten


Klappentext:
Hermlin, einer der grossen Schriftsteller der DDR, erinnert sich an die dreissiger Jahre.
An Beobachtungen und Erfahrungen eines jungen Mannes aus gebildeter bürgerlicher Familie, der auf der Strasse zum Kommunisten wird und so beides aus fremder Nähe wahrnimmt: das Grossbürgertum, das die heraufkommenden Nazis als barbarische Horde abtut, und die Arbeiter, die sich - hilflos und oft schwankend - widersetzen.
Ein Porträt deutscher Irrungen, das uns unsere jüngste Geschichte in absurden, bitteren und aussergewöhnlichen Bildern nacherzählt.


Meine Meinung: ****
Eine sehr kurze, aber reiche Lektüre, die mir sehr gefallen hat; die kapitel sind schon fast Bilder, kontrastreich und farbenfroh. Wie gern habe ich am langen Tische platzgenommen, und dem schönen Vater zugeschaut!
Jetzt möchte ich ein altes Haus mitten in einem grossen Garten, und einem Flügel, und wir der Vater würde ich dann jeden Morgen eine Stunde oder zwei aus dem Wohltemperierten Clavier spielen...

mardi 3 mars 2009

Die Flegeljahre (Jean Paul)

Une lecture pour la musicologie: j'ai dû rédiger un travail de séminaire sur les caractères Eusebius et Florestan, dans Carnaval op. 9 de Schumann, et comme le compositeur s'inspire grandement de ce roman, hop! la bonne excuse est trouvée - non, je peux pas passer l'aspirateur, je travaille, là.

Ah oui, et puis je dois switcher à l'allemand, puisqu'il s'agit de littérature allemande. *switch!*

Reclam, 752 Seiten


Auszug:
Eigentlich versteht niemand als nur Gott unsere Musik; wir machen sie, wie Taubstumme Schüler von Heinecke Worte, und vernehmen selber die Sprache nicht, die wir reden.


Meine Meinung: ****
Eine für mich nicht ganz einfache Lektüre. die Sätze sind oft lang und komplitziert, man vergisst den Anfang ehe man zu Ende ist. Aber ich habe mich mich schliesslich daran gewöhnt - an den Stil, nicht an das Vergessen. Wult und Valt, Zwillinge, wie Tag und Nacht: der ein blonder träumerischer Dichter, der andere ein schwarzer, neckischer Musiker. Ein tragischer Bildungsroman, in dem der naive Eusebius und der erfahrene Florestan dasselbe Mädchen lieben. Zwei ganz verschiedene Charakterzüge, die möglicherweise die zwei verschiedene Philosophien verkörpern, die Jean Paul geprägt haben: die Gefühlsphilosophie Jacobis und die Erfahrungstheorie von Fichte.
Einige Themen tauchen schon fast wie Leitmotive auf: Schmetterlinge und Masken, die Schumann zu seinen beiden frühen Klavierzyklen Papillons op.2 und Carnaval op.9 inspiriert haben.
Eine bezaubernde Lektüre, mit einer Prise Philosophie.



lundi 2 février 2009

The Importance Of Being Earnest (Oscar Wilde)

Il a encore neigé - youpi! youpi! youhouhou! Un temps parfait pour folâtrer dans la neige avec les chiens, boire un chocolat chaud elephant-size et lire des tas de choses (finir enfin Comte-Sponville gnan-gnan, notamment).
En attendant, j'ai terminé janvier sur la dernière page de Wilde, mon premier Wilde.

Norton, 41 pages


Extrait:

JACK: How can you sit there, calmly eating muffins when we are in this horrid trouble, I can't make it out. You seem to me to be perfectly heartless.

ALGERNOON: Well, I can't est muffins in an agitated manner. The butter would probably get on my cuffs. One should always eat muffins quite calmly. It is the only way to eat them.

(....)

GWENDOLEN: The fact that they did not follow us at once into the house, as anyone else would have done, seems to me to show that they have some sense of shame left.

CECILY: They have been eating muffins. That looks like repentance.


Mon avis: *****

Une délicieuse comédie en trois actes, drôle à souhait. Wilde caricature jusqu'à l'extrême ridicule la upper class de Londres à la fin du XIXe siècle. Jeux de mots, nonsense, ironie, situations emberlicotées, tout se réuni dans cette courte pièce pétillante au goût prononcé d'humour anglais.
Une lecture très agréable aussi par le fait que n'ayant jamais lu Wilde auparavant, je n'ai jamais vraiment pu deviner la fin, la chute, et donc j'étais captivée jusqu'à la dernière ligne, pliée de rire bien souvent.
Cela m'a ouvert l'appétit pour d'autres oeuvres du même écrivain.

mardi 27 janvier 2009

Les justes (Albert Camus)

Mon bureau croule sous les lettres, recueils de poésie, tasses de thé, carnets Moleskine, partitions et le elephant-sized Norton Anthology of English Literature. J'ai imprimé mon travail d'histoire sur le mouvement anti-nucléaire dans les années 1970 en Suisse - en allemand, cela donne Anti-AKW Bewegungen in den 1970er Jahre in der Schweiz - finalement, ça s'est avéré être intéressant, considéré en regard avec les neue soziale Bewegungen qui ont marqué les années '70. Mais je suis heureuse d'arriver à la fin. En plus je n'aime pas spécialement la chaire d'histoire contemporaine allemande, elle est énorme et de ce fait très impersonnelle. Ainsi, si je n'ai pas de corrections à faire dans ce travail, je vais faire relier jeudi ma dernière contribution à la discipline de l'histoire. Et je croise les doigts pour pouvoir commencer de la littérature allemande en automne - à Wien!
J'écoute Abba - oui, Abba, you heard it. Mes petits clous d'Oxford en étaient fan, ils connaissaient toutes les chansons par cœur, avec chorégraphie. En particulier le petit dernier, qui était à crever de rire lorsqu'il déboulait dans la cuisine en chantant innocemment:

Honey honey, let me feel it, ah-hah, honey honey
Honey honey, don't conceal it, ah-hah, honey honey
The way that you kiss goodnight
The way that you hold me tight
I feel like I wanna sing when you do your... thing!
Et "mes" petits clous me manquent un peu.

Jeudi, je n'irai non solum faire relier mon travail, sed etiam rapporter une partie des livres à la bibliothèque. Dont Les justes.


Folio, 150 pages


Quatrième de couverture:
Ne pleurez pas. Non, non, ne pleurez pas! Vous voyez bien que c'est le jour de la justification. Quelque chose s'élève à cette heure qui est notre témoignage à nous autres révoltés: Yanek n'est plus un meurtrier. Un bruit terrible! Il a suffit d'un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l'enfance.


Mon avis: *****
Ah, j'aime Camus! J'ai eu une période, en fin de lycée, où je lisais beaucoup de Camus. J'aime son portrait de l'humanité.
Une pièce très courte, mais d'autant plus intense. Il faudra l'acheter, relire, souligner, noter.
Camus nous présente des révolutionnaires malheureusement sans doute idéalisés, pourtant j'ose croire qu'il y en a eu de semblables, hors de la fiction romanesque. De ces hommes intègres, servant leurs frères avec un renoncement total à eux-même. Jusqu'où peut-on aller avant de passer la barrière et du révolutionnaire devenir un assassin? Alors que
Dora, Kaliayev et Annenkov sont modérés dans leurs opinions et placent cette barrière très bas, du moins pour des révolutionnaires dans nos "normes", celle-ci n'existe pour ainsi dire pas pour Stepan. Il irait jusqu'à forcer le peuple par la terreur d'adhérer à ses idées, à l'amener par la violence à accepter ce qui est bon pour lui.
La question de la culpabilité surgit également. Yanek a tué, il pourrait être gracie, mais refuse: il doit expier son crime, sans quoi il serait un meurtrier, non pas un révolutionnaire.
Je me sens très proche de cette vision. Un homme qui meurt, c'est toujours un homme qui meurt, qu'il soit bon ou mauvais. Et la main qui s'est levée sur lui doit être punie, quel que soit les circonstances. Faire de celui qui a tué un héros, c'est faire un meurtrier. Il faut d'abord laver le linge.
J'avais déjà présenté mes vues sur ce sujet ici.

lundi 26 janvier 2009

Antigone (Jean Anouilh)

Jean Anouilh, c'est les souvenirs d'après-midi théâtre en cours de français, lorsque j'étais en 9ème (pour les amis Français, c'est l'année qui précède l'entrée au lycée). Nous avions lu Le bal des voleurs et notre professeur voulait nous faire jouer la pièce. J'étais la vieille dame riche, une bague à chaque doigt, un parfum de grand-mère et des crises de nerfs à tout bout de champ. Je tenais les trois-quart des répliques (la quantité de texte à mémoriser avait été d'ailleurs, si je me connais bien, le motif de mon choix pour ce personnage. C'était l'époque bénie de mes excès de zèle) et j'étais fière de mon travail, de ces longues tirades que je connaissais sur le bout des doigts.
Une pièce drôle, avec sa petite morale et quelques penchants vers l'absurde.
Le professeur m'avait dit qu'il fallait lire l'
Antigone d'Anouilh, puisque j'aimais bien cet auteur. Au lycée on m'en a parlé. A l'université, on m'en a parlé. Et voici, jeudi dernier, qu'en rapportant les livres pour mon travail d'histoire, je me trouve face au rayon poésie. Juste dessous, le théâtre. D'abord Les justes qui me font coucou, puis Antigone. Samedi matin, je terminais la pièce, Hémon enlaçait Antigone dans une étreinte ultime et éternelle.

La table ronde, 122 pages

Quatrième de couverture:
Il n'y en a pas - en même temps, on peut espérer que vous connaissez l'intrigue de cette tragédie grecque!
Mais je copie un extrait:

ANTIGONE: Pourquoi le faites-vous?

CRÉON: Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être puissant...

ANTIGONE: Il fallait dire non, alors!

CRÉON: Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m'a pas paru honnête. J'ai dit oui.

ANTIGONE: Eh bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai pas dit "oui"! Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires? Moi, je peux dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit "oui".


Mon avis: *****
J'ai un faible certain pour les tragédies grecques. Leurs protagonistes sont les plus beaux - y a-t-il femme plus belle que la petite Antigone, maigre et mal peignée, mais sincère, fidèle à elle-même jusqu'au bout, entière, radicale dans sa quête de liberté et d'absolu?
La pièce a été écrite pendant la Seconde guerre mondiale, et sans doute elle traite du tyran, de son pouvoir, et surtout des limites de sa force, face aux Justes (j'y reviendrai tout à l'heure dans ma critique des Justes de Camus). Que peut Créon face à Antigone? Il est obligé de mettre sa sentence à exécution, il a le pouvoir et la faiblesse, elle a la force et la vérité. Qu'est-ce que l'autorité, s'il faut user de violence pour la maintenir? Une coquille vide, une erreur. Loin de la justice et de la vérité.
une belle leçon de vie, sur la fidélité à sa propre vérité, celle du coeur, pas celle du pouvoir.

vendredi 23 janvier 2009

Lacrimosa (Régis Jauffret)

Fin décembre, j'étais sélectionnée pour participer à l'opération masse critique. Le livre qui m'a été attribué est le dernier-né de Régis Jauffret, paru chez Gallimard. Cela veut dire que je reçois le livre pour autant que je veuille bien en publier une critique, ce que je fais de toute manière pour chacune de mes lectures. Donc en gros, j'ai gagné un livre, et c'est chouette.
Je vais essayer de rédiger quelque chose de pertinent, ce qui n'est pas donné ce soir, puisque je viens d'apprendre que j'allais devoir tourner les pages à Lily Maisky (piano) lors d'un récital dans lequel elle accompagnera son papa Misha Maisky (violoncelle, fallait-il le préciser?). Beethoven, Rachmaninov, de Falla et Shostakovich, heureusement pour moi, le programme est des plus classique - il n'y aura pas de générale pour moi. Et puis je déteste tourner les pages, il y a toujours deux pages qui se collent, le pianiste furieux et/ou stressé qui tourne en arrière, et moi qui voudrais me liquéfier sur place. Bref.

Gallimard, 217 pages

Quatrième de couverture:

Vous étiez dans les bras de votre mère. Vierge à l'Enfant, Pietà, mais en guise de crucifié c'était seulement une jeune femme qui s'était pendue. Quand leurs filles meurent, les femmes en redeviennent grosses jusqu'à la fin de leur vie. Leur ventre est beaucoup plus lourd que la première fois.

Mon avis: ***
Je ne suis pas nécessairement subjuguée. Du moins pas par le style, car l'idée de départ est intéressante: un dialogue de sourd entre un écrivaillon et sa défunte maîtresse. Jauffret pose la question de la limite entre fiction et réalité, soulève le problème de la déformation de ce qui est par les yeux de celui qui voit. Charlotte n'est plus, son pauvre amour comme elle l'appelle, la décrit telle qu'il la voit, et non pas telle qu'elle est, telle qu'elle-même se voit. La problématique rejoint le sujet d'un cours de littérature russe que j'ai suivi le semestre dernier: comment la postérité voit-elle le poète? Comment est-il transmis aux générations futures? Entre Pouchkine qui avait peur qu'on le considère tout entier, jusque dans les plus viles bassesses humaines, alors qu'il aurait préféré qu'on ne garde que le poète sublime, le personnage que lui-même avait créé, et Nabokov qui n'a laissé aucun brouillon, l'on voit bien à quel point cette question occupait - et occupe toujours - les hommes. Comment parlera-t-on de moi après ma mort? est le fil rouge de ce roman.
L'idée en soi est bonne, seulement le style se veut facile et spontané, ce qui lui donne à mon sens une certaine platitude au récit. Quelques belles métaphores, mais elles sont cachées par de longues tirades ennuyeuse, qui exaspèrent le lecteur plus qu'elles ne le font rire. J'ai l'impression de me trouver face à l'une de ces corrections de dissertations, lorsque le professeur a souligné des mots en notant dans la marge répétitions et qu'il a fallu chercher tous les synonymes possibles et imaginables. C'est tiré par les cheveux et fade. Dommage, car je suis certaine que l'auteur aurait pu en faire quelque chose de bien pourtant.

mardi 20 janvier 2009

Der Turm (Uwe Tellkamp)

Suhrkamp, 976 Seiten

Deutscher Buchpreis 2008


Klappentext:

Hausmusik, Lektüre, intellektueller Austausch: Das Dresdner Villenviertel, vom real existieren Sozialismus längst mit Verfallsgrau überzogen, schottet sich ab. Resigniert, aber humorvoll kommentiert man den Niedergang eines Gesellschaftssystems, in dem Bildungsbürger eigentlich nicht vorgesehen sind. Anne und Richard Hoffmann, sie Krankenschwester, er Chirurg, stehen im Konflikt zwischen Anpassung und Aufbegehren: Kann man den Zumutungen des Systems in der Nische, der "süßen Krankheit Gestern" der Dresdner Nostalgie entfliehen wie Richards Cousin Niklas Tietze - oder ist der Zeitpunkt gekommen, die Ausreise zu wählen? Christian, ihr ältester Sohn, der Medizin studieren will, bekommt die Härte des Systems in der NVA zu spüren. Sein Weg scheint als Strafgefangener am Ofen eines Chemiewerks zu en. Sein Onkel Meno Rohde steht zwischen den Welten: Als Kind der "roten Aristokratie" im Moskauer Exil hat er Zugang zum seltsamen Bezirk "Ostrom", wo die Nomenklatura residiert, die Lebensläufe der Menschen verwaltet werden und deutsches demokratisches Recht gesprochen wird. In epischer Sprache, in eingeh-liebevollen wie dramatischen Szenen entwirft Uwe Tellkamp ein monumentales Panorama der untergehen DDR, in der Angehörige dreier Generationen teils gestalt, teils ohnmächtig auf den Mahlstrom der Revolution von 1989 zutreiben, der den Turm mit sich reißen wird.


Meine Meinung:*****
Wenn Thomas Mann auch nur fünf Sternchen haben kann, sollte Uwe Tellkamp eigentlich viereinhalb Sternchen kriegen. Aber das kann ich nicht machen.
Tellkamp schreibt einen Roman der sich dem grossen Werk Thomas Manns nähert - ein Familien-Roman, ein Epochen-Roman. (Doch bleibt "mein Mann" mein Favorit.) Da ich solche Romane überalles liebe, habe ich auch grosse Freude am Turm gehabt. Ich mag grosse, dicke Bücher, die schnell eine vertraute Welt werden, in der man sich flüchten kann. So war ich eigentlich nicht zwei Wochen in Oxford, sondern zwei Wochen in Dresden, in einer intellektuell-musischen Umgebung, die mir sehr gefällt. Von daher passte Tellkamps Werk gut zu mir. Was den Styl anbelangt... Tja. Ich habe ja nichts gegen komplizierte Sätze und recherchiertem Vokabular, aber manchmal, so schien es mir zumindest, war es kompliziert um zu imponieren - muss das sein? Manche Stellen waren für mich schlecht unverständlich, ich wusste nicht mehr, wer was sagte, was passierte, und warum.
Was die Geschichte angeht, die ja so scharf vom Dichter Thomas Kunst kritisiert worden war, so kann ich nichts dazu sagen, ich kenne die Verhältnisse von damals zu wenig. Was mir komisch schien, ist dass Christian sich anscheinend nichts daraus macht, dass sein Vater fremd gegangen ist, eine uneheliche Tochter hat, und später dann sogar mit Christians Freundinn eine Affäre gehabt hat. Mich würde so was doch ein wenig beschäftigen! Im Turm wird es nur so beiläufig erwähnt.
Fazit: ein dickes Buch, in das man hineintauchen kann, in eine fremde Stadt einer fremden Zeit. Ich war traurig wo ich die letzte Seite gedreht habe... Durchaus lesenswert, meiner Meinung nach. Wor allem jetzt, um lange Winterabende zu vergessen!

samedi 6 décembre 2008

La fille du capitaine (Pouchkine)

Folio, 258 pages

Quatrième de couverture:

Nous sommes en 1773: en route pour un fortin perdu au milieu de la steppe, où il doit faire ses premières armes d'officier, Piotr Griniov voit surgir de la tempête de neige un vagabond dans lequel il reconnaîtra bientôt l'usurpateur Pougatchov.
Les aventures alors s'enchaînent. Dans ce premier roman qui est l'un de ses derniers chefs-d'œuvre, et qui ouvre l'âge d'or de la prose russe du XIXe siècle, Pouchkine a réussi à camper, à travers un roman d'amour à l'ancienne mode, un tableau plein de saveur de la société russe de la fin du XVIIIe siècle, et surtout à mettre en scène une relation paradoxale, mais symbolique, entre un représentant de l'élite européanisée de la nouvelle Russie et un homme du peuple incarnant l'élément national turbulent dont il est, bon gré mal gré, l'héritier.


Mon avis: *****
On me reprochera que c'est un roman à l'eau de rose, ultra-romantique et niais. Oui mais non. Parce que c'est Pouchkine. Evidemment, cela crève d'idéalisme. So what?! La noblesse des sentiments est quelque chose de beau que Pouchkine sait raconter. Ses personnages sont profondéments bons, parce qu'il faut croire en l'homme aussi, pas seulement le dénigrer. C'est le roman qui traduit l'âme russe: noble, généreuse, excessive parfois. Sombre aussi et sanguinaire. Cette Sainte Russie qui a une confiance dévote en la bonté de la famille impériale. Une Russie qui se refuse de voir le mal, préférant ignorer ce qui est plutôt que de perdre sa foi en l'humanité. La Russie de Pouchkine, c'est l'Allemagne de Goethe, exagérément. Et je me sens intimement liée par cet idéalisme inaltérable.

jeudi 4 décembre 2008

Nackt unter Wölfen (Apitz)

Aufbau, 427 Seiten


Klappentext:

Konzentrationslager Buchenwald: ein dreijähriger Junge wird eingeschleust von einem Neuzugang aus Auschwitz. Wenn die SS davon erfährt, ist ihm der Tod gewiss. Und auch denen, die sein Leben bewahren. Aller Vernunft zum Trotz verbergen die Häftlinge den Jungen bis zu dem Tag, an dem sie das Lagertor stürmen.


Meine Meinung: *****
Es waren bestimmt schon mehrere Monate her, seit ich mich zum letzten Mal in ein dickeres Buch reingelesen habe. Mit welcher Wonne ich alles um mich herum vergessen habe sobald meine Augen von Seite zu Seite wanderten!
Ein Judenkind kommt in das KZ Buchenwald, gerät in die Effektenkammer. Dort arbeitet Höfel, der auch dem geheimen ILK angehöhrt. Das Kind müsste man so schnell wie möglich aus dem Lager schaffen. Doch - da fängt es an: das Kind ist so unschuldig, dass einer nach dem anderen es nicht mehr über sich bringt, dieses 'ins Ungewisse' zu schicken. Das durch seine Unschuld so schuldiges Kind bringt die ganze geheime Organisation durcheinander. Die SS suchen nach dem kleinen Juden, gerade weil sie vermuten, dass die Genossen der Winderstandsgruppe es verstecken, und sie so hoffen, ihnen auf die Spur zu kommen. Das ILK muss nun noch vorsichtiger sein wie früher.
Einerseits ist das Kind eine Last für die Genossen, andererseits gibt es ihnen allerdings ihre Menschlichkeit zurück. Das Herz, das sozusagen 'aus Sicherheitsgründe' vergraben worden war, taucht plötzlich wieder auf. Und das Judenbalg wird zum Freiheitssymbol.
Grosse Fragen tauchen auf. Was ist gerecht? Um dieses Judenkind zu retten starb pippig, Höfel und Kropinski überlebten dem Folter durch ein Wunder, ein dutzend Männer spielten ihr Leben. Und doch: der, der das Kind sich selbst überlassen hätte, wäre ein schamloser Möder gewesen...
Markante Szenen, wie etwa diejenigen im Bunker, wo man schreit um nicht zu sprechen. Ja nicht sprechen.
Bruno Apitz schreibt ohne grosssen Pathos, manchmal zeichnet seine Feder sogar säuerlichen Humor nieder. Wenn die Spannung zu hoch ist entschlipft dem Leser ab und zu ein kurzes Lachen. Einmal - und dann der Schrecken, gelacht zu haben. Dazu Scham und Traurigkeit.
Ein grosser Roman über den festen Glauben an die Menschlichkeit.

The Brooklyn Follies (Auster)

304 pages, Faber


Quatrième de couverture:

I was looking for a quiet place to die. Someone recommended Broolkyn, and so the next morning I travelled down here from Westchester to scope out the terrain...
So begins Paul Auster's The Brooklyn Follies, set against the backdrop of the contested US presidential election of 2000. Nathan and Tom are an uncle and a nephew double-act - one in remission from a lung cancer, divorced, and estranged from his only daughter, the other hiding away from what was a once-promising academic career. By accident the pair wind up in the same Brooklyn neighbourhood, and then matters change for them further when Lucy - a little girl who refuses to speak - comes into their lives, offering a gridge from the past of both men and, perhaps, a shot at redemption...


Mon avis: ***
Si je ne me trompe pas, il s'agit du premier livre que je lis volontairement en anglais. Un anglais très abordable, synthaxe simple, vocabulaire commun. Pour la nouille en anglais que je suis, c'était plutôt agréable - j'en suis presque venue à me dire que boah, l'angliche, c'est easy. D'ailleurs je suis déjà quasi bilingue. (Après j'ai voulu lire Shakespeare et je me suis bien cassé les dents.) par-contre pour un native English speaker, ça doit être vraiment trop basique. Un livre facile à lire, mais qui ne révolutionne rien. Un bon moment de détente et une occasion de pratiquer mon anglais en douceur, mais sans plus.

dimanche 30 novembre 2008

Exercices de style (Raymond Queneau)

Folio, 158 pages

Quatrième de couverture:

Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.
Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.


Mon avis: ***
Un petit livre agréable à lire dans son ensemble. Si certaines de ces versions ne présentent à mon avis pas un grand intérêt, notamment Epenthèse et Paragogue, d'autres sont en revanche franchement hilarantes, comme Philosophique et Anglicismes.
Quelque fois, on se surprend à retrouver des personnages dans les différents styles d'écriture. Ainsi le narrateur dans Amélie Poulain pourrait prononcer le texte Précisions et Monsieur Brun, dans la célèbre trilogie Marius-Fanny-César a tout à fait le ton d'Ampoulé.
Une manière réussie de mettre en scène un seul texte de manière originale et inventive.

samedi 22 novembre 2008

Die neuen Leiden des jungen W. (Plenzdorf)

Suhrkamp, 148 Seiten

Klappentext:

Er schmeisst die Lehre, rennt von zuhause fort und versteckt sich in einer Wohnlaube. Hier fühlt er sich frei, keine Sauberkeit, Ordnung, Pünktlichkeit, ohne Mutter, die das Briefgeheimnis bricht. Hier macht er Musik, nicht irgendeinen Händlesohn Bacholdy, sondern echte Musik, singt und spielt ein Lied auf Bluejeans. Schläft, malt und tanzt mit sich allein. Auf dem Nachbargrundstück lernt er Charlie kennen, die zwanzigjährige Kindergärtnerin.


Meine Meinung: ***
Das Buch liest sich sehr schnell, fast schon zu schnell für mich, aber ich weiss nicht so recht, ob auch viel davon übrigbleibt. Deshalb mal nur drei Sternchen.
Ich hatte ein einfaches remake Goethes Leiden des jungen Werthers erwartet (befürchtet?), doch das war nicht der Fall. Plenzdorf verarbeitet Goethes Material auf einer sehr originellen Weise, in einem sozusagen doppleten Bezug: erstens ist das Leben des jungen W. ist eine Variante dessen des jungen Werther, zweitens zitiert der junge W. immer wieder Old Werther, und mcht sich so den zweiten Bezug.
Wo es bei Goethe fast nur schriftilch zugeht, ist in Plenzdorfs Roman alles mündlich. Es fängt an mit W. Vater, der Charlie über seinen verstorbenen Sohn befragt, und geht weiter als W. diese Diskussion unterbricht um dem Leser - eigentlich dem Zuhörer - die Vorfälle zu erleutern. W. spricht mit uns, in dem unbefangenen Stil der 'Vorstadtjugend'. Zu letzt verwandeln sich auch die Briefe in Tonbandaufnahmen (mit Lesungen aus Goethes Werk).
Eine gewiss lesenswerte Bearbeitung Goethes Meisterwerk.