Affichage des articles dont le libellé est berg (alban). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est berg (alban). Afficher tous les articles

mercredi 19 décembre 2012

Isabelle Faust ou la Belle au bois dormant

Ce blog n'a encore jamais parlé d'Isabelle Faust. (C'est grave.)
J'ai donc choisi de vous présenter un enregistrement paru chez Harmonia Mundi, le label le plus esthétique que je connaisse - je sais, on s'en fiche, un CD, ça s'écoute (mais le klariscope vous prouvera que ce n'est pas tout à fait vrai et que le grand méchant loup du marketing est partout).
Donc Isabelle Faust. En deux temps, trois mouvements: 

Isabelle Faust naît en 1972 à Esslingen, en Allemagne. Elle commence le violon à l''âge de 5 ans, fonde un quatuor à l'âge de 11 ans et obtient le premier prix au concours Leopold-Mozart à l'âge de 15 ans. (Plan quinquennal, bonjour.) Son répertoire s'étend de Bach à Ligeti. Son intégrale des sonates de Beethoven avec le pianiste Melnikov ainsi que l'enregistrement des concertos de Berg et Beethoven sous la direction de Claudio Abbado ont été salués par un Diapason d'Or et un Gramophone award, un Diapason d'Or lui a également été décerné pour ses sonates et partitas pour violon seul (vol. I) de Bach.
Et puis elle joue le Stradivarius de 1704 "La Belle au bois dormant". (Le titre de l'article fait donc référence au violon de Faust et pas à mon activité sur ce blog.)

Label: Harmonia Mundi
Date de parution: 17.02.2012
Durée totale: 68'58

Berg | Beethoven: Violin Concertos, Isabelle Faust, Orchestra Mozart, Claudio Abbado

En choisissant de réunir le concerto de Berg et celui de Beethoven sur un CD, Abbado et Faust annoncent d'emblée que l'enregistrement mise avant tout sur le contraste. Le caractère sombre et introverti du sérialisme de Berg s'oppose s'oppose au Ré majeur lumineux de Beethoven, les pensées morbides de l'un –encore très "esprit Fin de siècle"– tranchent avec la joie communicative de l'autre. 

Le violon de Faust flotte, fragile et diaphane comme une jeune fille pâle. Comme Manon Gropius, la fille d'Alma Mahler et Walter Gropius, décédée à l'âge de 18 ans et à qui Alban Berg dédie son "Concerto à la mémoire d'un ange". Au dessous, un orchestre qui semble détraqué, qui sonne creux comme une trahison, quand il n'est pas déchiré par des sons très bruts (au tuba notamment) qui évoquent les pulsions primitives de la terre, l'aspect organique de la mort et de la décomposition. Un jeu très sombre qui marque bien l'immense espace qui sépare le violon solo de l'orchestre, sans toute fois perdre une certaine cohérence de l'oeuvre.

Beethoven s'ouvre sur la sonorité très feutrée des quatre coups de timbale et de grandes respirations qui contribuent à donner à la pièce un caractère très frais et spontané. Faust s'insère dans cet orchestre de velours avec son violon qui reste chaleureux jusque dans les aigus les plus extrêmes. C'est déjà un plaisir en soi que de se laisser porter par la douceur des aigus. Pourtant Faust va bien plus loin, elle suit Abbado dans sa quête de fraicheur et se permet quelques subtils rubato qui donnent au concerto un rendu très naturel. L'auditeur a l'impression que les musiciens inventent le concerto au fur et à mesure qu'ils le joue. La technique brillante de Faust lui permet chanter ses mesures apparemment sans effort et de dévoiler un jeu tout en délicates nuances et subtiles retenues. 

Si chacun de ces concertos reçoit une interprétation très réussie, c'est surtout réunies que ces deux pages dévoilent tous leurs parfums. Le malaise résigné du concerto de Berg s'associant par opposition au naturel gai et insouciant de celui de Beethoven.

______________
Autres critiques:
Res Musica
Klassik.com (en allemand)

mardi 29 avril 2008

Langsam, Wozzeck!

C'était une fin de journée, je les ai attendu sur le quai, mais ils ne venaient pas. La gare de Berne, affreuse en soi, mais toujours si délicieusement bondée. Il faut zigzaguer entre les petites grand-mères, les hommes d'affaires en complet-veston, et les maman débordées par leur marmaille bruyante.
Le soleil se pose comme une nappe de miel sur la ville. Je titube, encore profondément choquée par ma lecture dans le train - Les Bienveillantes, prix Goncourt 2006.
Devant le Theaterhaus, il y a beaucoup de jeunes assis sur les marches. Des groupes de gens qui discutent, se retrouvent, plaisantent. On dirait les avant-concerts à Berlin...
A l'intérieur, beaucoup de sièges vides nous invitent à prendre place dans les premiers rangs.
Le rideau se lève, Langsam Wozzeck!
L'orchestre joue en pleine puissance, une puissance sonore certainement pas adaptée à la petitesse de la salle. Les oreilles bourdonnent et les chanteurs ont du mal à se faire entendre. On comprend l'incident fâcheux qui s'est produit lors de la première: les musiciens, dans leur fosse, ont refusé de jouer à pleine force, arguant que leurs oreilles ne sortiraient pas intactes des moults représentations de l'opéra d'Alban Berg. Le chef, excédé, à interrompu la représentation et a fait recommencer le tout comme il l'entendait, sonorité au maximum.
L'opéra est donné d'une traite, à peine quelques instants entre les tableaux pour changer les décors. Le metteur en scène crée, avec un minimum de moyens beaucoup d'effets intéressants.
Wozzeck laisse place à des applaudissements songeurs. Il y a ceux qui n'aiment pas cette musique parfois difficile d'accès, ceux qui n'ont rien compris, et ceux qui - comme moi - se sentent interpelés, giflés par cette tragédie.
Une belle soirée à l'opéra, une soirée difficile aussi.

D'abord Les bienveillantes, puis Wozzeck... je ne suis plus loin d'adhérer à la philosophie pessimiste de Schopenhauer.


"Der Mensch ist ein Abgrund, es schwindelt einem, wenn man hinab sieht."
(Wozzeck)


_________________
critiques:
Res Musica

Informations supplémentaires:
Vincent le Texier (Wozzeck)
Mardi Byers (Marie)