Affichage des articles dont le libellé est davis (colin). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est davis (colin). Afficher tous les articles

lundi 25 mai 2009

LSO Discovery Day: Brahms

Oui, je remets enfin les pieds ici, et sans doute je saurai revenir un peu plus régulièrement maintenant: samedi soir, j'ai fait la tournée de quelques opéras et salles de concert (English National Opera (ENO), Royal Opera House (ROH) et Barbican, pour tout dire) et j'ai déjà deux billets, pour Lulu au ROH et LSO/Davis/Freire au Barbican. Lulu, c'est l'une de mes lectures préférées, je suis donc très impatiente de découvrir l'opéra de Berg, et me suis offert une place assise à visibilité non réduite pour 20£. Pour mon anniversaire, car il y a une représentation qui a lieu le soir de mon anniversaire.

Mais.
Samedi je tombais par hasard sur ce Discovery Day, il restait des places (pas comme pour le récital de Kissin, grâh.) alors j'ai changé mes projets de passer mon Bank Holiday Sunday à Brighton, au bord de la mer, et j'ai hanté les locaux du Barbican et de St-Luke pour une journée dédiée à mon Brahms.

Le programme:
  1. 10.00 am - 1.00 pm: general rehersal du concert du soir au Barbican
  2. 2.30 pm - 3.30 pm: conférence sur Brahms: Traditionalist and Progressive
  3. 4:00 pm - 5.30 pm: trio pour clarinette, trio pour clarinette par des musiciens du LSO et questions
1. Répetition générale
London Symphony Orchestra, Sir Colin Davis, Nikolaj Znaider
  • Stravinsky: Orpheus
  • Brahms: Concerto pour violon, op.77
  • Elgar: Introduction and Allegro for Strings
J'avoue que je suis restée très sceptique de cette interprétation de Stravinsky, je pense que plusieurs musiciens du LSO n'aimaient pas particulièrement cette pièce, et cela se ressentait dans cet Orpheus, joué sagement et proprement, mais sans tripes, avec corps mais sans âme - du moins en comparaison avec ce qui suivra. Les violons n'étaient pas tous très réveillés, on avait des attaques très différentes, entre le premier violon très sec et nerveux et certains plus mous. On a, comme je l'avais déjà remarqué dans l'enregistrement de l'intégrale des concerti de Beethoven avec Kissin, des basses puissantes et extrêmenent vivantes et habitées, qui confèrent cette couleur profonde spécifique au LSO que j'affectionne tant. On notera au passage l'effectif assez impressionnant desdites basses: 10 violoncelles et 8 contrebasses, que nous auront pour les trois pièces. Les vents également sont d'une maîtrise à couper le souffle.

Nikolaj Znaider rejoint la scène, et, après avoir repris le début pour metter au point le bon tempo, c'est toute la pièce qui est jouée, sans reprises, si mes souvenirs sont bons (je n'ai rien noté de tel sur mon carnet magique en totu cas). Je n'ai d'ailleurs pas noté grand'chose , mis à part Brilliant! et wow! wow! wow! Parce que c'était réellement impressionnant et magnifique. C'était la première fois que j'entendais - du moins consciemment - Znaider. Je ne sais pas quel est sont répertoire, mais en tout cas, il nous a interprété un Brahms magnifique, très riche et diversifié. Il joue avec l'orchestre, il y a une très belle relation avec les musiciens et le chef - il était le subject of this years LSO Artist's Portait, ce qui signifie qu'il a travaillé régulièrement avec l'orchestre et son chef durant cette saison - et on sentait cette communication constante, qui permet à l'orchestre de sublimer le jeu du soliste et au violoniste de converser avec les musiciens, le tout coordonné par l'extraodrinaire Colin Davis, toujours fringant du haut de ses 82 ans. Un clin d'oeil au second mouvement et au haubois solo du LSO: j'ai toujours trouvé que le hautbois, c'était pas le plus bel instrument. J'ai changé d'avis (je veux jouer du zobois!). Autre remarque pour le troisième mouvement, joué avec beaucoup de rubato, ce qui fait ressortir le caractère tzigane de la partition. C'est volontairement un peu pataud, avec des accents de fête foraine slave, et très séduisant, car l'oeuvre ne perd pas en finesse tout en gagnant en couleur.

Pour Elgar, vents et percussions quittent l'estrade et les chefs d'attaques sont seuls à leur pupitre, placés comme un quatuor, entouré par l'orchestre. Cette disposition s'explique par le fait que les chefs d'attaque assument une partition quasi solistique, souvent différente de celle de l'orchestre. Ici, l'union des cordes, particulièrement des violons, est remarquable, on a ici un seul corps avec une cinquantaine d'archet. Si on sentait une certaine réticence des cordes dans Stravinsky, on sent ici un plaisir évident de jouer les grandes phrases lyriques d'Elgar, ce compositeur qui met en musique les grands ciels anglais avec leurs nuages qui courent à toute allure.

2. Conférence
Robert Pascall, Brahms: Traditionalist and Progressive.

Après une pause de midi sur la terrasse du Barbican ensoleillée et envahie par des Londoniens et touristes de tous âges, plein nord, direction St Luke, l'église du LSO (restaurée, qui sert de local de répétition, lunch concert hall, etc.). Je termine mon café sur un banc à l'ombre devant l'église et une vieille dame s'assied à l'autre bout. Un coup de vent fait voler son programme à ses pieds, je le ramasse, et la conversation s'engage, après son Thank you, perhaps you arm is longer than mine. Elle voyage avec les festivals de musique classique, son agenda est rempli à craquer de concerts, workshops, master classes, conférences et générales, elle a son avis sur tout et parle un allemand presque impeccable - when I'm in Vienna, I feel home. Elle me raconte l'histoire de l'acquisition de St Luke par le LSO, son admiration pour Sir Colin Davis et me conseille des concerts.
Robert Pascall parle des première compositions de Brahms, de l'influence de Bach et Beethoven dans son oeuvre, des études de contrepoint et insiste longuement sur les moult tentatives, encouragées par Schumann, d'écrire une symphonie, et comment les différents matériaux s'insèrent dans les compositions. Il en résulte non seulement une thematische Arbeit qui agit non seulement dans une pièce, mais s'étend sur plusieurs oeuvres.
Brahms à la foi tourné vers le passé, dans ses études de contrepoint et ses exercices de compositions dans ce style, et vers l'avenir, puisque sans Brahms et sa systematic composition, pas de musique atonale.
Une citation pour le plaisir d'un Brahms plaisantain, la réponse du compositeur à la critique que Lachner formula au sujet de sa seconde symphonie et de l'usage des trombones et timbales:

I had very much wanted and tried to get through the first movement without trombones. [...] But their first entry, that belongs to me and thus I cannot di without it and also the trombones. If you wanted me to defend that passage I would have to go further. Then I would have to aknowledge that I am in addition a deeply melancholic person, that the black wings flutter continually over us, that - perhaps not completely accidentally in my oeuvre this Symphony is followed by a samll discourse on the great question "Why" [the Motet: Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen? op. 74 n°1]. If you don't know it [the Motet] I will send it you. It throws the necessary deep and shadow onto the happy Symphony and perhaps explains those kettledrums and trombones. - But please don't take this or the trombones too tragically or seriously.


3. Klarinettentrio
Dernier évement de la journée, un petit monsieur prend le micro. Il est animateur à radio BBC 3 et introduit l'oeuvre en mettant l'accent sur les thèmes, variés à l'infini (la thematische Arbeit, encore.), qu'il fait jouer aux musiciens. Puis ceux-ci nous exécutent un trio frais et d'une approche assez juvénile, saluée par le public. C'était loin d'être parfait, mais il y avait une grande joie de jouer ce trio, que l'on a rarement l'occasion d'entendre, en raison de sa distribution particulière (clarinette, violoncelle, piano). Suivait une série de questions, de l'animateur aux musiciens d'abord, puis du public aux musiciens - faut-il vibrer, et comment? comment lire les critiques, comment rédiger des critiques? où placer ce trio dans un concert? faut-il écouter des enregistrements avant de jouer une oeuvre? comment faire lorsqu'on doit jouer une pièce que l'on n'aime pas? etc.
La vieille dame dit en me quittant: Ich wünsche ihnen noch einen wunderschönen Tag und ich bin ein wenig einversüchtig, dass sie in Wien weiterstudieren.

Et je longe Thames sur le Victoria Embanquement avant de remonter à Trafalgar Square voir des buskers.

__________
Edit du 28 mai: Boulezian a publié une critique soignée, à lire ici.

Edit du 28 mai, mais un peu plus tard
: il y a à nouveau quelques places pour le récital de Kissin. J'ai eu une place (mais je n'ai pas encore complètement pris connaissance de l'ampleur de mon bonheur).

vendredi 31 octobre 2008

Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part V

Dernier post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008


Klavierkonzert Nr. 5 in Es-Dur
opus 73, 'Empereur'

On l'évoquait en passant dans mon séminaire du mercredi, le cinquième concerto de Ludwig van Beethoven est une sorte de collage, on dirait qu'il a dû bidouiller pour faire tenir tous les éléments ensemble. Beethoven était génial, nul doute, mais parfois il a quand même fait pas mal de magouilles, dans nombre de ses pièces.
Voyons donc ce que nos deux compères Evgeny Igorievich Kissin et Sir Colin Davis feront de ce grand patchwork.

Je suis aux anges, ravie de vous annoncer que Kissin a lâché la pédale: on a la joie de retrouver les frissons que nous procurent son articulation très soignée, perlée. Avancer, retenir, des accents subits, des retards inattendus, on retrouve ici pas mal d'analogies avec sa façon de jouer le premier concerto, et, d'une certaine manière, on peut dire qu'on referme ainsi la boucle, on clos le cycle.
Un jeu extrêmement maniéré, propre à Kissin, un LSO rond, puissant, dirigé par la baguette très décidée de Davis, pour un premier mouvement qui foisonne d'idées, d'allusions et de couleurs. C'est une explosion de sonorités, ce sont milles contrastes, suprenants souvent, agréables toujours. C'est par exemple un choeur lyrique de bois qui chante au-dessus d'un piano staccato, c'est le passage en octaves quasi furioso auquel succèdent des phrases rêveuses, que les altos ramènent au maestoso de l'introduction.
Niveau harmonie, le premier thème est on ne peut plus basique, tonique dominante bis zum "geht nicht mehr", souligné par les timbales. Je dois être un peu primaire, mais je trouve quelque chose de très plaisant dans cette succession I-V-I (comme on la trouve d'ailleurs de manière flagrante dans le thème principal du quatrième mouvement de la cinquième de Beethoven). C'est pompeux, limite un peu marche militaire, mais du moment que les musiciens jouent le jeu, on peut faire pas mal avec ce thème. Beethoven déjà le décline à tous les états d'âmes, le LSO et Kissin ensuite le parent encore de toute une palette de couleurs.
Je disais plus haut que j'étais curieuse de comment cet enregistrement allait traiter le caractère un peu disparate du concerto. J'ai la réponse: en jouant justement avec les ruptures, en les accentuant plutôt que de les lisser. Vient ensuite la difficulté de trouver malgré tout une logique, un moyen de conduire le mouvement de manière cohérente. Il faut montrer le feu d'artifice de pensées musicales de l'oeuvre tout en gardant clairement à l'esprit qu'elle proviennent d'un seul tableau sonore. Il faut trouver le moyen de tirer un grand fil entre la première et la dernière note du mouvement, une sorte d'arc de cercle géant. Davis propose une version très satisfaisante, inventant toujours une solution pour justifier le changement - même très brusque - de caractère. On a au final un Beethoven très 'Beethoven': spontané, loin des conventions, têtu, décidé, qui n'attache pas la moindre importance aux codes. Il faisait déjà cela dans sa première symphonie: commencer un mouvement de Do Majeur sur un accord de do septième, faut le faire! Et Beethoven ose. Paf. J'aime ce Beethoven révolutionnaire et conséquent avec lui-même.
Si le second mouvement du cinquième concerto n'est pas, à mes yeux, aussi sublime que celui du concerto précédent, il est certainement l'un des plus beaux que Beethoven ait composé. Les cordes du LSO dévoilent un choral comme une prière fervente. Simples, mais d'autant plus profondes, elles trouvent la juste balance entre les pupitres. Puis, comme la caméra fait une mise au point sur une personne de l'assemblée après la vue d'ensemble, le piano soudain, émerge et s'accorde étrangement bien à la sonorité tamisée des cordes. Les phrases s'étirent, elles semblent pouvoir durer éternellement. Et puis cette progression harmonique en trilles qui ne paraît jamais vouloir s'arrêter. Et qui - coup de génie - ne mène nulle part. Simplement le choral initial, dolce, sans prétention. Kissin use parfois d'un rubato très léger, en prenant garde de ne pas en faire trop, soigne ses attaques à l'extrême. Il en résulte une très belle cohésion sonore entre et avec les différentes sections de l'orchestre, une unité du son, un peu velouté et toujours très rond.
On enschaîne avec le dernier mouvement, le pianiste annonce le thème, avant que tout explose, orchestre et piano. C'est la joie qui jaillit, cette joie indomptable d'une victoire. Ce sont les traits cristallins de Evgeny Kissin, les pizzicati, les grandes phrases généreuses, la largesse du son. Et jamais trop de pédale. Très rythmé, comme toujours bien soutenu par les basses du LSO. La joie des musiciens de jouer ce mouvement est palpable, il font preuve d'une belle créativité, on dirait qu'on va les voir sourire à l'invention spontanée du hautbois solo, on sent le dialogue entre le pianiste et les différents pupitres. Une grande partie de plaisir. Tout semble spontané, et lorsqu'on relâche la tension, on rit déjà sous cape en imaginant le sursaut du public au forte subito.
Kissin et Davis nous offrent un Empereur dans lequel chaque musicien s'engage pleinement et qui n'est finalement pas tellement dirigé par Davis qu'il ne le serait par une joie commune de jouer ensemble. C'est à nouveau une vision très personnelle du concerto, et une très belle vision.
Là aussi, je dis merci. Pour ce concerto et pour les quatre autres.

mercredi 29 octobre 2008

Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part IV

Quatrième post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008


Klavierkonzert Nr. 4 in G-Dur
opus 58

Mon préféré des cinq concerti de Beethoven! Toutefois, cette version me laisse quelque peu songeuse. J'ai l'impression qu'il me manque une clé pour accéder jusqu'au plus profond de l'interprétation. Quelque chose m'échappe.

D'emblée, on est surpris par le tempo très lent du premier thème exposé par le piano solo. Et tout le mouvement suivra dans ce tempo modéré - allegro moderato, c'est pourtant bien ce que Beethoven indique sur la partition. Cette variation, quoique infime, a une influence énorme sur le caractère de ce premier mouvement habituellement léger et extrêmement lumineux - déjà le premier motif en lui-même, et surtout ensuite avec cette entrée si délicieusement surprenante de l'orchestre à la tierce majeure (soit Si Majeur). Kissin et Davis trainent un peu trop à mon goût, transformant la pièce en une sorte de grand romantique dégoulinant de lyrisme. Ca fait très 'école russe', et personnellement, je n'apprécie que très moyennement. C'est lourd, c'est pâteux, les sonorités sont sombres et voilées là où on les aimerait claires et fraiches. Maurizzio Pollini par exemple, bien deux fois plus âgé que Evgeny Kissin, a une transparence tellement plus juvénile!
Malgré tout, il y a quelques passages extraordinaires, où soudain l'orchestre et le pianiste trouvent la sonorité adéquate, surtout dans les passages plus doux, notamment le second thème, et en général dès que le jeu est plus détaché. Et puis, comme je le soulignais dans ma critique du second concerto, il y a ces magnifiques basses du LSO, qui ressortent de la masse, avec leur rondeur de son et la profondeur qu'elles confèrent à l'ensemble de la masse sonore. (Décidément, je suis trop fan des basses du LSO.)

Le second mouvement, que je n'ai pour le moment jamais eu la chance d'entendre dans une interprétation qui me convienne vraiment, me convainc beaucoup plus. Une simplicité qui n'est pas sans profondeur, et, dans les cordes, un unisono d'une grande intensité dramatique, pour un très beau contraste. Et, en vérité, Kissin est merveilleux dans cet andante con moto. Mon Dieu que ce mouvement lent est criminellement court!

Troisième moment est changeant comme une toile expressionniste. Surprenant, mais captivant. Des violoncelles molto esspressivo - damned, on sent tellement le plaisir qu'a tout violoncelliste à jouer de telles phrases! - on passe à un piano vif et articulé, on alterne les grands traits mélodieux avec les petites cellules très rythmées, jouant entre legato et staccato, forte et piano, accents brusques, clarinette chantée, chaque mesure apporte son lot de surprises, impossible de s'ennuyer. Chapeau bas, Messieurs, un génie! (Qui a dit cette phrase, et au sujet de qui? Celui ou celle qui trouve aura le droit à un bisou virtuel.)

Au final, il s'agit encore et toujours du même problème d'Aufführungspraxis de Beethoven: faut-il avoir une approche romantique? Une approche plus 'austère'? Kissin et Davis ont manifestement opté pour une romantisme catégorique, portant l'accent sur le lyrisme, usant force pédale, legato, et rubato (!) au lieu de miser - ce que j'aurais préféré - sur l'articulation. (Ce qui m'attriste d'autant plus que Kissin a une précision tellement éblouissante que je me réjouissais de l'entendre magnifier ces trilles et autres passages rapides.) Sans doute aussi une réaction de frustration de ma part, qui ne m'attendais pas à cela et qui suis donc déçue.
Heureusement, il y a cet intense deuxième mouvement. Et le rondo! Vraiment, ces deux mouvements sont magistralement joués, plus je les écoute, plus je les aime. (Depuis 19:00 je ne fais que cela, il est 23:20, je vous laisse imaginer le nombre de fois que je me les suis passés.)

Bon, maintenant je vais me pencher plus sérieusement sur la partition que je viens d'acheter cette après-midi. Parce que je ne vous ai pas dit: je suis un séminaire de musicologie, Beethoven und die ‚Sonatensatzform’: Zur Beziehung von individueller Komposition und idealtypischer Form(el), et dans ce cadre, je dois présenter une analyse du quatrième concerto de Beethoven. Enfin, à vrai dire, je ne dois rien du tout, je vais à ce séminaire pour mon bon plaisir, car ni ma présence ni mon travail ne seront accrédités dans mon cursus universitaire. Mais voilà, on est quatre, plus la professeur, mon pote de Fribourg a pris la septième symphonie, le violoncelliste de Bern l'Eroica et le Russe l'une des sonates pour piano. Parmi la liste, il restait ce concerto qui me narguait, et Gaétan à côté qui, voyant que je louchais du côté du concerto, a commencé à me pousser, jusqu'à ce que la prof me demande si au fait je voulais moi aussi présenter une œuvre. J'ai un peu protesté (pour la forme), mais j'étais pitoyablement peu convaincante - et convaincue - et donc hop! je me suis retrouvée avec le quatrième concerto et un sourire d'une oreille à l'autre.
Donc, je vais aller analyser 'mon' concerto.
Enfin je vais peut-être d'abord aller dormir. Ou lire.



_________
Edit de quelques premiers-mouvements-en-boucle plus tard:
Je dois modérer un peu mes propos acérés quant au premier mouvement. Mon oreille a dû se faire à cette interprétation inhabituelle, elle est maintenant fin prête à accueillir toute la beauté de ce mouvement. La version 'romantique' n'est pas celle que j'aurais choisie, mais néanmoins il faut reconnaitre qu'elle est menée avec cohérence, et la touche de nostalgie dont elle empreint certains passages a parfois beaucoup de charme.

dimanche 26 octobre 2008

Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part III

Troisième post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008


Klavierkonzert Nr. 3 in c-moll
opus 37

...

Un chef d'œuvre tragique, peut-être le concerto le plus sombre et le plus dramatique de toute la littérature pianistique. Mais Sir Colin Davis dirige une introduction qui est encore trop lumineuse à mon sens. Quant au piano, la première phrase commencée avec toute la pesanteur qu'il se doit se dégonfle avant même d'arriver au piano subito.

Bon, voilà qui est fait. Passons maintenant aux choses sérieuses, car après un début un peu hésitant, Beethoven, son troisième concerto, Davis, Kissin et le LSO se rencontrent. Et quelle rencontre! J'en suis si soufflée que j'ai dû faire une pause après le premier mouvement, boire un verre d'eau fraîche et faire quelques pas dans le jardin.

Evidemment, je m'attendais un peu à quelque chose d'incroyable, la puissance dramatique et l'intensité du jeu d'Evgeny Kissin promettaient un troisième concerto extradordinaire. Mais à ce point? Apparemment, le LSO de Davis et Kissin s'entendent à merveille pour trouver cette cohésion presque brutale qui est - à mon avis - l'une des clés d'une interprétation réussie de l'opus 37. L'union fait la force, et les tensions sont, par effet de contraste, d'autant plus déchirantes que l'unité aura été puissante. Et ce concerto est justement plein de tensions qui tirent dans des directions contradictoires:
Il y a ce premier thème unisono, la malédiction qui pèse, le destin brisé.
Il y a ce second thème, tendrement majeur comme une réminiscence d'un passé clément, les yeux perdus dans le vague lointain des souvenirs, on se remémore les jours souriants d'antan.
Il y cette lutte entre la résignation et l'impossibilité d'accepter le premier thème. Resignation und Trotz.
L'orchestre et le soliste trouvent toujours le ton juste, variant parfois infiniment subtilement d'une couleur à l'autre, d'une pensée à l'autre, pour que le jeu reste cohérent et qu'il nous semble possible de suivre le déroulement du concerto comme on regarderait la mise en scène d'une tragédie au théâtre. C'est renversant d'intensité, de brutalité, de beauté.
Pour terminer ma critique du premier mouvement, quelques mots encore sur la cadence, que Kissin joue avec tant de force expressive que c'est comme un livre ouvert sur le cheminement psychologique de Beethoven, qui peut à peu doit se rendre à l'évidence de sa surdité naissante.
La cadenza s'ouvre avec le 'motif de la malédiction' - je fais un anachronisme, la notion de Leitmotiv tel que nous l'observons chez Wagner n'existait évidemment pas encore à l'aube du XIXe siècle - joué comme la lourde résignation du Bydlo des Tableaux d'une exposition de Moussorgski. La résignation d'une vie brisée laisse peu à peu place à une espérance, avec ces accords qui sonnent presque comme des chorals et ces arpèges que l'on pourrait imaginer sortis tous droit d'un prélude du Wohltemperiertes Klavier de Bach. Vient la douce réminiscence de cette vie avant, et avec elle, l'amour de la vie, coûte que coûte. Et Beethoven tape du pied. Excédé, il décide de relever le défi, il ne se laissera pas abattre par sa surdité.
(J'aime Evgeny Kissin pour le don qu'il a de raconter mille et une histoires.)

Le deuxième mouvement est d'une mélancolie lumineuse, avec cette façon très kissinienne de jouer avec les attentes, de retenir un peu là où l'émotion monte et de laisser ensuite couler. Ce sont ses lignes mélodiques suivies du début à la fin avec la même attention soutenue, son intensité, sa capacité à tenir l'auditeur par un fil invisible, jusque dans les passages les plus piani et les plus calmes. L'andante con moto est une continuation du premier mouvement, la tristesse apaisée qui suit les larmes de désespoir. Vidé, et calmé après avoir beaucoup pleuré.

Le rondo final est ici en mineur, alors que l'écriture ressemble un peu à celle de la gaité insouciante des deux concerti précédents. Il en résulte un frottement intéressant, un conflit entre ce que le discours raconte et ce qu'il ressent, l'impression qu'on rit jaune. Il semble que la vérité est autre que ce que l'on cherche à faire croire, que cette joie n'est qu'artifice et jeu de rôle. Cela ne m'avait encore jamais frappé jusqu'ici. Davis et Kissin transforment ce troisième mouvement en un vivace hypocrite, démarche que je trouve très intéressante et très convaincante au vu de leur interprétation des premier et deuxième mouvements.
Je saluerais au passage l'incroyable technique de Evgeny Kissin, ses trilles qui sont d'une clarté à couper le souffle, son art de dissocier ses mains et de tenir un discours avec chacune d'elle avec une autonomie telle qu'on a l'impression d'entendre deux pianistes au lieu de un seul.

Pour conclure, je dirais que que c'est la version la plus belle et la plus convaincante que j'aie entendu pour le moment, et je crains qu'il ne sera pas aisé de la détrôner.

J'avais oublié aussi la beauté de ce concerto.

samedi 25 octobre 2008

Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part II

Second post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008


Klavierkonzert Nr. 2 in B-Dur
opus 19

Globalement, les remarques que j'avais formulées au sujet du premier concerto restent applicables pour ce second concerto - le jeu très engagé et convaincu du pianiste, conséquent avec ses idées. Si Evgeny Kissin a choisi une interprétation assez maniérée (parfois un peu trop à mon goût peut-être), il assume ce choix et ne tombe pas dans le piège de se la jouer mi-figue mi-raisin, mais reste pleinement dans le caractère qu'il a annoncé au début.

C'est assez difficile pour moi de rédiger une critique sur ce deuxième concerto, car il est celui que je trouve le moins intéressant des cinq, par conséquent celui que j'aime et connais le moins. Le premier a quelque chose d'entraînant, de plaisant, le troisième est si délicieusement sombre et dramatique, le quatrième est le plus beau, et le cinquième... c'est le cinquième(!).

La première chose qui me frappe, ce sont les basses du London Symphony Orchestra - je sors d'un weekend de répétition d'orchestre, cela a peut-être eu une influence sur mon écoute de ce soir - qui sont très actives, avec une extraordinaire masse sonore et une rondeur du trait exceptionnelle. Violoncelles et contrebasses portent puissamment l'orchestre dans une marche agréablement stable. Au-dessus de cette base solide, les registres aigus peuvent se mouvoir avec aisance et laisser libre cours à leur inventivité.
Comme je l'ai dit plus haut, je n'aime pas trop le jeu maniéré de Kissin, qui manque à mon goût de fraicheur dans cette pièce encore très ancrée dans le syle galant - ce concerto est en réalité le second a être publié, mais le premier que Beethoven a écrit. A la fois, il en fait trop dans l'ensemble du premier mouvement, et pas assez dans la cadenza. Il y a une montée de tension qui pourrait être réellement électrisante, mais que Evgeny Igorievich n'esquisse malheureusement qu'à peine. On comprend qu'il y a eu l'ombre d'un crescendo au moment oû le discours se relâche déjà, ce qui est bien dommage.

Par contre, je l'aime beaucoup de les deux autres mouvements.
Je n'ai pas le souvenir qu'il y ai un passage ou une pièce lente que Kissin aurait pu jouer d'une façon qui me déplaise. Il est toujours si merveilleusement calme, tout en gardant le suivi de la phrase mélodique. Ici, ses rubati viennent à point nommé, il nous fait attendre une fraction de seconde la note qu'on désire tant entendre, et c'est comme si c'était une éternité, la gorge se noue et l'espace d'un instant, on croit arrêter de vivre, suspendu entre le jour et la nuit. Et la note arrive et nous rappelle à la vie.
Cet adagio est comme une confidence, l'orchestre et le piano s'asseyent l'un tout contre l'autre et partagent le plus secret de leurs émotions dans une confiance absolu. On s'emballe, on gémit, mais surtout on chuchote, et ces mots presques inaudibles sont si absolument beaux qu'ils donnent les frissons.

Le rondo a ce même caractère espiègle et mutin que celui de l'opus 15, et Kissin s'amuse ici encore, alternant les rires en cascade et les sautillements enjoués. Les enfants appellent le vieux professeur à qui ils ont fait un mauvais tour, ils détalent en courant, se cachent derrière une haie et étouffent leurs rires. Une vraie Lausbubengeschichte. J'ignore si Davis et Kissin ont lu ce genre d'histoire dans leur enfance, mais dans tous les cas, ils sont experts dans l'art de les interpréter. Et Beethoven excelle dans celui de les mettre en musique.

Encore une belle découverte, malgré le premier mouvement maladroit.

samedi 4 octobre 2008

Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part I

Premier post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008

J'avais quelques réticences à acheter ce coffret de trois CD, pas nécessairement convaincue que Evgeny Kissin et Ludwig van Beethoven s'entendraient vraiment bien.
Finalement, le souvenir du musicien russe jouant le premier concerto lors du Verbier Festival 2007, et le 'prix vert' de la fnac aidant, j'ai repoussé - encore - l'achat de pantalons et fourré la boîte bleu acier dans mon baluchon.

Klavierkonzert Nr. 1 in C-Dur
opus 15

D'emblée, lors de l'introduction, on est séduit par la riche palette sonore dont use Sir Colin Davis. Tantôt cristalline comme un sorbet au citron, tantôt veloutée comme du chocolat fondant, le London Symphony Orchestra s'amuse à étonner l'auditeur dans un jeu plein d'originalité, tout en restant très beethovénien.
Evgeny Kissin pénètre dans un univers qui lui offre la possibilité d'exploiter toutes ses ressources, ce qu'il fait avec un plaisir évident. Ses premières mesures sont comme un combat intérieur, une partie, enthousiaste, qui presse et veut avancer, que l'autre partie, plus sage, essaie de retenir, tension qu'il gardera tout au long de cet allegro con brio Il en résulte un dynamisme extraordinaire, sans qu'il y ait besoin d'avoir recours à des tempi trop rapides. Tout est parfaitement articulé, tant chez le pianiste que du côté de l'orchestre. Les deux parties ont trouvé un dialogue et un équilibre rare, néanmoins, malgré cette beauté proche de la perfection, l'interprétation, loin d'être d'une glaciale précision, reste extrêmement vivante grâce au génie d'Evgeny Kissin, qui, par ses rubati et ses accents savamment placés, sait toujours donner une touche d'inattendu et d'humanité à la pièce.
Il n'a pas peur d'être parfois un peu extrême, et, si certaines articulations peuvent être discutables, au moins les fait-il avec une telle conviction et une telle joie, que l'on peut difficilement ne pas en être charmé malgré tout.
Au premier mouvement assez têtu et d'une fougue difficilement contenue succède un mouvement lent éblouissant de lyrisme. Tout y chante (même le chef d'orchestre), et si vous étiez assez rustre pour avoir gardé les yeux secs jusqu'ici, les magnifiques échanges entre Evgeny Igorievich et la clarinette solo vous contraindront à sortir les mouchoirs.
But.
La palme d'or revient à mon sens au troisième mouvement, rondo: allegro scherzando. Un tempo très vif, des accents à tort et à travers, ce mouvement est enfin joué comme je rêvais de l'entendre depuis longtemps déjà. Pour moi, ce rondo est un Beethoven plein d'humour, enjoué, un Beethoven qui rit sous cape de voir l'aristocratie viennoise choquée par ces accents surprenants, et sans doute pour l'époque, outrageusement révolutionnaires. Un Beethoven qui se moque de tout, que Kissin a su saisir si bien que j'en ai plusieurs fois éclaté de rire. C'est léger, inattendu, spontané et si drôle!
Impossible de ne pas avoir le sourire, de ne pas gigoter sur sa chaise: le jeu est si parlant, comme autant de personnages qui évoluent sur une place de marché. On voit ce mouvement, les écoliers qui rentrent en courant de l'école et se bousculent, la poissonnière qui crie sur son mari en menaçant du doigt, les pavés que la pluie de la veille a rendu glissant... C'est un véritable théâtre auditif qui se déroule dans ce dernier mouvement!
Donnez cette interprétation à un dépressif, je le met au défi de ne pas se mettre immédiatement à sauter de joie.
Merci.
Vraiment.