Barbican, London, 05.06.2009, 7.30pm
Je me suis offert ce luxe: réentendre le récital de novembre dernier à Lucerne, cinq mois plus tard à Londres.
C'est intéressant d'avoir l'occasion d'entendre un récital dans les toutes premières performances en public (si mes souvenirs sont bons, Lucerne était le deuxième concert de la saison) et dans les dernières. On voit alors l'œuvre grandir, changer, parfois beaucoup - comme ici - parfois peu - comme pour le programme final de Brendel.
Je rappelle le programme:
Sergey Prokofiev (1891–1953)
- Ten Pieces from Romeo and Juliet, Op. 75 (1937) – excerpts
No. 4, Juliet as a young girl • No. 8, Mercutio • No. 6, Montagues and Capulets
- Piano Sonata No. 8 in B flat major, Op. 84 (1939–44)
Fryderyk Chopin (1810–49)
- Polonaise-Fantaisie in A flat major, Op. 61 (1846)
- Mazurkas – C sharp minor, Op. 30 No. 4 (1837); A flat major, Op. 41; No. 4 (1839); A minor, Op. 59 No. 1 (1845)
- Études, Op. 10 (1829–32) – No. 1 in C major; No. 2 in A minor; No. 3 in E major; No. 4 in C sharp minor; No. 12 in C minor.
- Études, Op. 25 (1832–6) – No. 5 in E minor; No. 6 in G sharp minor; No. 11 in A minor.
Venait le véritable plat de résistance, la troisième des sonates de guerres de Prokofiev, composées entre 1939 et 1944. L'interprétation de Kissin est un pas important dans l'histoire de cette sonate. Le pianiste russe se dévoue corps et âme dans cette pièce dont chaque mouvement est complètement différent du précédant. Le premier mouvement est menaçant et joue avec la tension qui monte, se brise, pour recommencer jusqu'à ce que les nerfs ne le supportent plus; le second mouvement est un songe, une réminiscence d'un passé lumineux dans un présent calciné; le troisième est une explosion de joie de vivre juvénile, si caractéristique du compositeur soviétique. Evgeny Kissin a su faire ressortir jusqu'à l'extrême ces différents aspects, tout en conservant une sonate cohérente dans l'articulation de ses mouvements: l'ambiance morbide et menaçante de la guerre, les souvenirs de jours meilleurs, la rébellion contre la mort, l'impossibilité de l'accepter. Je ne crois pas qu'il soit possible d'aller plus loin que Kissin l'a fait, du moins pas pour le moment; Kissin a atteint les limites du possible pour cette sonate.
Un récital qui montre une fois de plus que Kissin n'est plus l'enfant prodige des concerti de Chopin, mais désormais un artiste dans sa pleine maturité, à la poursuite d'idéaux qui deviennent chaque jour plus exigeants.
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Edit du 08.06.2009: Une critique à l'extrême opposé - qui me choque par son animosité - parue dans le Times online.
Edit du 09.06.2009: Deux critiques, parues dans le Guardian (critique assez plate, plus un procès-verbal qu'une critique, à mon avis)(j'imaginais que les critiques du Guardian étaient toujours la crème de la crème) et dans le Telegraph (bien argumentée, mais qui ne mentionne pas une seule fois la sonate (!)) (Je ne dis pas que je fais mieux - la mienne manque d'impartialité, de finesse et de profondeur d'analyse, mais quand même, entre rejeter en bloc, faire un PV et passer la sonate sous un silence total - il s'agit tout de même de trois journaux réputés!)
