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lundi 13 septembre 2010

Taneyev, les symphonies

Nourrir mon macbook avec 8GB de musique, ça ne suffisait pas: il a fallu que je passe chez Caruso, juste comme ça, pour voir s'il y avait des CDs que je cherchais (Schoeck, évidemment) (rien trouvé, évidemment). Mais il y avait plein de belles choses de Marco Polo, le label trobien qui a fait faillite, et dont les disques sont vendu en rab'. Et donc voilà, entre les Szymanovski, Borodine et autres, j'avais de la peine à choisir. Ce fut Taneyev qui remporta la victoire.
Taneyev, Symphonies n°2 et 4
Polish Chamber Orchestra
Gunzenhausen

2009, Marco Polo

****

Serges Ivanovich Taneyev (1856-1915) est un pianiste et compositeur russe, élève et interprète de Tchaikovsky. Il se lie d'amitié avec Turgenev, rencontre Franck et Saint-Saëns, mais aussi Flaubert et Zola, et il fut le professeur de plusieurs grandes figures de la musique russe, dont Glière, Medtner, Rachmaninov et Skriabine.
Après avoir découvert la musique de chambre de Taneyev et avoir écouté l'album en question en boucle, je n'ai pas été déçue par ses symphonies. On est porté par le romantisme qui sent un peu Medtner, mais en restant encore très tonal, un peu sage peut-être. Néanmoins on peut agréablement se plonger dans cette musique généreuse et relativement facile d'accès, mais qui manque parfois un peu de corps.
La symphonie n°4 (1901) est très plaisante, un peu hétéroclite, ce qui lui confère un certain charme spontané, notamment le dernier mouvement, entrecoupé d'un marche militaire tellement légère qu'elle semble en être une parodie, un peu dans l'esprit de l'ironie d'un Shostakovich.
La seconde symphonie (1877)est plus classique dans sa forme, avec une sorte d'ouverture adagio très à la mode dans la seconde moitié du XIXème, mais aussi plus fluide. On sent un compositeur plus jeune, encore très tourné vers son professeur adoré Tchaikovsky. Elle est restée inachevée, sans mouvement final.

L'orchestre joue avec finesse et précision, peut-être un peu trop, on aimerait plus d'élan, que Gunzenhausen doive retenir ses musiciens comme un cavalier freine sa monture trop impétueuse. 

mercredi 15 avril 2009

Trois solistes de choc, un grand chef et un excellent orchestre pour Mahler

Après une course folle dans la forêt, une douche, et, en tailleurs sur mon lit, le pull à capuche est douillet, le hot milk mug sur la table de nuit - my one weakness, j'écoute Mahler. Un enregistrement qui décoiffe, qui... qui.


Mahler Lieder
Quasthoff / Urmana / von Otter
Wiener Philarmoniker / Boulez
  1. Lieder eines Fahrenden Gesellen
  2. Rückert Lieder
  3. Kindertotenlieder
Je me surprends de n'avoir encore jamais parlé de Thomas Quasthoff, baryton hors pair, que j'ai eu la joie immense de découvrir pour la première fois, en live à Verbier, lors d'une répétition générale. Thomas Quasthoff, la voix et l'homme, tous deux admirables. Cet enregistrement me le fait découvrir dans un répertoire différent de celui que je lui connaissais (majoritairement les cantates de Bach et les Lieder de Schubert), mais dans lequel il excelle également.
Violetta Urmana est une découverte absolue - et belle.
Anne Sofie von Otter m'était déjà connue de par le Rosenkavalier de R. Strauss et divers autres productions, et figure, au même titre que Quasthoff, sur ma liste des top ten. Et mon opinion de Pierre Boulez, vous vous en souvenez peut-être.

Les Lieder eines fahrenden Gesellen sont légers, avec une note pastorale et des accents de chanson populaire, mais Thomas Quasthoff ne tombe pas dans le piège d'une interprétation facile, mais sa compréhension du texte et l'importance qu'il lui donne rendent ces Lieder très émouvants. Il y a également une symbiose avec l'orchestre, qui traduit littéralement les affects de Quasthoff, les reflète et les complète. Je pense notamment aux flûtes si âcres dans le 3ème numéro Ich hab ein glühend Messer, qui imagent si bien les déchirement de ce coeur transpercé par un couteau. De loin l'une des meilleures interprétations.

Violetta Urmana s'avère être une soprano très aérienne, légère et lumineuse, par opposition au soprano mûr et consistant d'Anne Sofie von Otter. En cela, la première convient parfaitement au 5 Rückert Lieder tandis que von Otter excelle dans le dramatisme douloureux des Kindertotenlieder. Urmana a une aisance qui s'étend jusque dans les sauts les plus périlleux, et confère un côté juvénile et ungestüm à ces 5 Lieder. Elle se fond avec le hautbois solo dans ce magnifique contrechant dans Ich atmet einen linden Duft dont elle arrive à imiter vocalement la couleur claire et innocente.

Le dernier cycle que nous offre cet excellent disque est celui des Kindertotenlieder, déjà presque un VIP sur ce blog. Comme j'ai entendu ces Kindertotenlieder il y a peu à Pleyel, je peux encore comparer le trio Stutzmann / Eschenbach / Orchestre de Paris avec celui von Otter / Boulez / Wiener Philarmoniker. Heureusement pour les premiers, je n'avais pas encore pris connaissance de cet enregistrement lors du concert à Pleyel. La qualité de l'interprétation d'Anne Sofie von Otter et la précision de Boulez sont remarquables, et ici, l'orchestre ne mange pas la chanteuse et la chanteuse ne mange pas ses mots. Von Otter chante avec les tripes, mais sans vulgarité, sa souffrance n'est pas un artifice surfait, c'est la simplicité de la douleur, illuminée par la tendresse des souvenirs.
C'est très, très beau.

Un dernier paragraphe pour sautiller de plaisir pour le travail de l'orchestre - les vents absolument superbes, cela faisait longtemps! - et la baguette rigoureuse mais non insensible du petit Français.

A acheter, là, maintenant, tout de suite.

samedi 11 avril 2009

Hélène Grimaud plays Brahms, Klavierstücke op. 116-119

J'ai dû me rendre à la triste évidence: je ne suis pas assez riche pour aller régulièrement au concert- du moins pas aussi régulièrement que je le souhaite, ce qui serait dans l'idéal une fois par semaine. (Oui, je sais, j'ai des goûts de luxe, un peu.) Mais comme la musique supplante tout, y compris la littérature, il fallait qu'il en soit de même sur ce blog. Je me replie donc vers l'alternative du concert: l'enregistrement discographique. Et espère étoffer la rubrique cd review.
Disques de ma bibliothèque personnelle, emprunts de la médiathèque, plage trouvée au gré de mes pérégrinations sur internet, ces articles sont d'abord destinés à mon propre usage, comme pense-bête des acquisitions dans ce domaine. Mais vos commentaires seront évidemment toujours les bienvenus, d'autant plus qu'ils sont constructifs (par exemple que je suis belle et intelligente).

Aujourd'hui, un excellent album paru chez Erato:
Les Klavierstücke op. 116, 117, 118 et 119 de Brahms, par l'excellente Hélène Grimaud, dont il n'a encore jamais été question ici - honte à moi.

Brahms - Hélène Grimaud
Piano Pieces Op. 116-119
Erato, 1996

Les Klavierstücke Op. 118 avaient déjà été l'objet d'une discussion comparative (ici et surtout ) de plusieurs interprétations trouvées sur le net. Voici maintenant un enregistrement supplémentaire - et quel enregistrement!

Hélène Grimaud me convainc beaucoup dans Brahms en général, et dans ces Klavierstücke en particulier. Le son est soigné, la palette d'émotions subtile et utilisée avec beaucoup de finesse et de sensibilité.
Il y a un plaisir du son, des différentes voix, du geste, et on imagine Hélène Grimaud évoluer dans des mouvements amples et bien dessinés, comme une danseuse dans un ballet, la générosité des bras, la délicatesse des poignets et la précision des doigts, pour offrir un Brahms tour à tour profond et généreux, passionné et tourmenté, tendre et souriant, rêveur et intime. Il y a par moments quelque chose de féminin dans son jeu, qui convient à merveille au Brahms des Klavierstücke,
entre autre à la berceuse op.117 n°1.
Elle sait se glisser dans la profondeur de Brahms, dans les différentes couches sonores, et semble comprendre avec une intuition naturelle l'essence du compositeur, ce qui en fait une brahmsienne que j'apprécie de plus en plus au gré de mes découvertes.

à acquérir.

Ce bref extrait vidéo montre à mon sens bien l'attention portée à chaque note: