Le public du Musikverein avait de quoi s'étonner lors du concert donné samedi 18 décembre dernier dans la grande salle. Les Tonkünstler Niederösterreich ont littéralement envahi la scène et peu s'en est fallu que la masse des musiciens n'engloutisse pas le piano, devenu ridiculement petit face à la grandeur de l'orchestre. On relit rapidement le programme: Mozart, concerto pour piano en Do Majeur, KV 503 et Bruckner, Symphonie N°4 en Mi bémol Majeur. Aucun changement de programme annoncé. Le chef Andreas Delfs, précédé du pianiste Andreas Haefliger, fait son entrée et dirige effectivement Mozart. Face un orchestre déjà en pleine formation pour Bruckner.
Rejoint par quatre ou cinq instruments à vent, l'orchestre se lance dans la 4ème de Bruckner. On est d'emblée envouté par le jeune cor à la pureté parfaite, si rare à atteindre avec cet instrument. Une précision et un son qui fond sur la langue projettent l'auditeur dans l'univers sonore brucknérien. L'orchestre suit attentivement le moindre signe d'Andreas Delfs, qui profite de libérer de ses musiciens une palette de couleurs très riche qui viendra étoffer cette grande oeuvre. Le public voyage à la découverte de sons, de couleurs et d'affects, de crescendi en decrescendi parfois inattendus et surprenants. Si l'interprétation reste classique, il ne s'agit pas moins d'une très bonne exécution de l'oeuvre, dont Andreas Delfs, aidé par son orchestre, en particulier par les vents, toujours excellents, saisit les grandes pensées mélodiques qu'il parvient à laisser entières, sans négliger toutefois son sens du détail. Il ne fait pas de doute que la symphonie de Bruckner formait le centre de ce concert alors que le concerto de Mozart n'était qu'un remplissage destiné à donner au concert la durée usuelle.