mardi 11 janvier 2011
Mozart à la Bruckner
lundi 24 novembre 2008
{Lucerne Festival} am Piano - Alfred Brendel, Abschiedskonzert
Heute versuche ich es mal, eine Kritik auf Deutsch zu schreiben. Früher oder später werde ich mich schliesslich dazu entscheiden müssen, denn es sieht ja immer mehr so aus, als ob ich mein Studium in Wien fortsetzen werde...
Den Text hatte ich bereits auf der zweistündigen Rückfahrt im Zug in meine Agenda gekritzelt, weil ich mein Buch schon bei der hinfahrt fertigelesen hatte - das reinste Drama: ich wusste vorerst gar nicht, was ich während der langen Reise anstellen sollte. Wie ich vom Konzert noch völlig durcheinander war, ist mir die 'Kritik' auch ein wenig sonderbar geraten:
- Haydn (1732-1809): Variationen in f-moll, Hob XVII/6
- Mozart (1756-1761): Klaviersonate in F-Dur, KV 533
- Beethoven (1770-1827): Klaviersonate in Es-Dur "Quasi una fantasia", Op. 27, Nr. 1
- Schubert (1797-1828): Klaviersonate in B-Dur
Im Zug ists gemütlich vollgestopft; junge Männer in Uniform die zurück in die Kaserne müssen, Studenten aus dem Wochenende kommend und Konzertbesucher mit dem Programm in der Hand. Es werden dicke Romäne gelesen, Physik-Übungen fertig gemacht, Haydn- und Mozartpassagen diskutiert. Eine lockere, freundliche Atmosphäre, nach einem emotional sehr schönen Abend.
Alfred Brendels Abschiedskonzert, sein letzter Auftritt in der Schweiz. Wenn ich mich nicht irre, so war es denn auch auch seiner letzten Konzerte überhaupt, in einer Abschiedstournee die in einem Monat in Wien endet.
Der Konzertsaal des KKL war klatschvoll - nicht so arg wie der Zug, aber immerhin. Stühle waren noch auf der Bühne gereiht, das Publikum war (mindestens) aus der ganzen Schweiz angereist. Alles war gebannt, der Meister trat mit seinen gedehnten, elastischen Schritt ein, verbeugte sich kurze, und spielte Haydn. Und das mit so viel innerlichem lachen, dass mir unwillkürlich die Mundwinckel hochgingen. Danach folgte eine frische, unbefangene Mozartsonate, leider immer wieder von Husten und sonstige pfeifende und gurgelnde Geräusche gestrtört (das KKL-Publikum ist dieses Jahr irgenwie sehr kränkelnd). Dieser Mensch scheint Mozart au dem FF zu kennen und zu verstehen, alles ist so natürlich, so selbstverständlich, so einfach und überzeugend. Heiter aber nicht frivol, leicht aber nicht leer. Wunderbar!
Vor der Pause noch eine Beethovensonate quasi una fantasia, die Brendel auch wirklich quasi una fantasia spielt: eine wenig verträumt, ein wenig in sich hinein gekehrt, manchmal auch leicht zaghaft, aber nie zuviel - es bleibt ja Beethoven und soll nicht irgendeinen Brahms oder Schumann werden.
Nach der Pause dann Brendels Prachtstück, die grosse B-Dur Sonate Schuberts, die Brendel letzen Sommer in Zürich so unsagbar
Nach einer standing ovation gabs eine kurze Rede, Brendel nahm dann auch das Mikrophon - vergass allerdings, es zu benutzen (die akkustischen Fähigkeiten des KKL wurden auf Probe gestellt, und es stellte sich heraus, dass man sich ohne Mikrophon wirklich von der Bühne aus mit der hintersten Reihe des vierten Balkon verhalten kann, und dies scheinbar ohne grosse Anstrengungen(!)). Sein gemütlicher österreichischer Akzent liess uns noch länger in der Wiener Klassik verweilen. Er dankte für unsere Aufmerksamkeit - wie?! und all die lärmenden Huster? - , wünschte dem Lucerne Festival eine goldene Zukunft: wie ich ja gelesen habe, hat die Julius Bär (Hauptsponsor des Festivals) einen herrvorragenden Jahresabschluss gehabt, und erinnerte sich am Schluss, wie er zum ersten Mal, vor 34 Jahre, am lucerne Festival aus seiner Kammer geholt wurde, in der er seine Finger wärmte: Plötzlich ging die Tür auf, und jemand sagte "Ufträtte!". Scherzend fügte er hinzu: Der Ton hat sich dann allerdings im Laufe der Jahre merklich geändert.
Zwei Zugaben schenkte uns der Meister, Liszt und Bach, und bejubelt wurde er jedesmal mit energischem klatschen, standing ovations und Bravorufe.
So schnell wird dieser Abend nicht vergessen gehen.
vendredi 15 août 2008
{Montpellier} Soirées Ciccolini et Foster. Et l'orchestre national de Montpellier.
Orchestre national de Montpellier
Languedoc-Roussillon
DIRECTION
Lawrence Foster
Aldo Ciccolini, piano
MOZART
Stanislav Vitart, ténor
SALIERI
Konstantin Gorny, basse
Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano et orchestre n°23 en La Majeur KV 488
Concerto pour piano et orchestre n°20 en ré mineur KV 466
Nikolaï Rimski-Korsakov
Mozart et Salieri, scène dramatique pour ténor, basse et orchestre
Livret de Alexandre Pouchkine
Certains l'ont très vertement critiqué à l'issue du concert, rappelant qu'il n'était qu'un petit pianiste, inconnu des grandes scènes. Peut-être. Mais cela ne l'a pas empêché de faire de très beaux enregistrements, notamment de Satie et Ravel. A mon humble avis, cette critique virulente ne doit pas s'appliquer à l'art en général d'Aldo Ciccolini, mais plus à cette seule performance de ce samedi 26 juillet. Ciccolini se fait vieux, il a passé le cap des 80 ans il y a deux ans déjà, et si la dextérité suit encore plus ou moins, sa mémoire commence à lui faire défaut. S'ensuit un jeu très superficiel, dû à l'effort sans doute considérable qu'il a dû fournir pour s'éviter le blanc total. Certains traits joués main droite seule, la main gauche ne sachant où se placer, et toujours ce contrôle intellectuel qui l'empêche de laisser la musique s'échapper de ses doigts.
Le seul moment d'illumination aura été un passage dans le célèbre adagio du concerto n°23. Dommage.
Comme l'a dit très justement un ami, Ciccolini a eu droit à une standing ovation car il est la grande effigie du Festival de Montpellier. S'il avait été un jeune pianiste, il aurait été sifflé.
Un point qui n'aura certes pas aidé le pianiste est l'orchestre national de Montpellier. Bien que possédant quelques belles personnalités, on ne fait pas un bon orchestre avec trois musiciens aussi excellents soient-ils, et cet ensemble en est malheureusement un bon exemple. Canards répétés dans les vents, problèmes d'intonation dans les cordes et surtout un manque de précision rythmique assez phénoménal. Chacun joue son trait au petit bonheur de la chance, si cela tombe sur le départ donné par le chef, tant mieux, sinon, tant pis. Pas d'unité, pas d'implication, pas de coordination. Il faut en rire, pour ne pas devoir en pleurer.
La scène s'est répétée pour le concerto n°20, mon préféré. Moi qui, après la version beethovenienne de Kissin, étais curieuse de voir comment Ciccolini aborderait ces pages dramatiques (je me doutais bien qu'il n'aurait pas l'approche Sturm und Drang de Kissin et Kremerata Baltica), j'ai été servie: le credo semblait être on essaie de partir tous ensemble et d'arriver plus ou moins en même temps à la fin. Et pas trop d'émotion, sinon on risque de se perdre en route.
C'est triste.
Au beau milieu du programme trônait la mise en musique du drame de Pouchkine Mozart et Salieri. Pièce qui a le malheur d'être chantée en russe, langue qui est, comme chacun le sait, la plus belle jamais parlée. J'étais donc littéralement scotchée aux lèvres des deux chanteurs, pour m'imprégner de ces sons et tenter de reconnaître le plus de mots possible. Plus concentrée en somme sur la musique de Pouchkine que sur celle de Rimski-Korsakov. Je sais, c'est mal, très mal. Et impardonnable pour une étudiante de musicologie. Vous avez toutes mes plus plates excuses.
De ce que j'ai entendu de la musique, il y a beaucoup de pastiches d'œuvres de Mozart qui s'insèrent pour refléter les propos des chanteurs, par exemple quelques mesures du Requiem alors qu'entre Mozart et Salieri, il est justement question du Requiem (qui se dit pareil en russe, comme c'est bien!).
Au niveau des chanteurs, je me souviens avoir bien aimé la basse profonde et chaleureuse de Konstantin Gorny, alors que j'avais plus de réserve pour le ténor un peu étranglé de Stanislav Vitart.
Une chose est sûre pourtant, la pièce de Pouchkine m'a paru, du peu que j'en ai compris, très intéressante, et a de ce fait rejoint ma liste de livres à lire.
jeudi 5 juin 2008
Abschiedskonzert: Alfred Brendel mit standing ovations bejubelt
Tonhalle Zürich, 31.05.2008, 19:30
La lumière de cette fin de jour d'été entre en faisceaux obliques dans la Tonhalle joliment ouvragée, qui baigne dans une lueur dorée et grandiose, comme une gigantesque cathédrale florentine. Les auditeurs prennent place, la salle est pleine à craquer, le public est majoritairement composé de retraités.
Jeunes musiciens et étudiants, où êtes-vous?
Une belle tension plane au-dessus des visages tournés, palpitant, vers la scène dépouillée.
Ce soir, le grand maître ne nous offrira pas moins de trois sonates et des variations. Un programme conséquent et ambitieux.
Le pianiste aux lunettes épaisses s'avance lentement vers sa seconde moitié, le grand piano qui trône au centre de l'estrade.
Simon et moi nous trouvons au dernier rang de la galerie, et, comme nos collègues de dernière catégorie, nous nous levons, pour voir le jeu du maestro.
Haydn: Variationen in f-moll, Hob XVII/6
Dès les premières notes, on est frappé par la finesse et la précision du toucher de Brendel - même si j'avais déjà décidé, depuis son récital au Lucerne Festival de novembre dernier, qu'il avait le plus beau son de l'univers pianistique. Brendel, c'est la lumière qui jailli de ses doigts, c'est une seule note qui peut vous amener à l'extase.
Je voudrais souligner ici la richesse imaginative et inventive dont le pianiste fait preuve dans ces variations. En général, je n'aime pas spécialement les variations, j'ai tendance à m'ennuyer au bout de la 4ème variation, or, ce soir, chaque variation est jouée tellement différemment que j'en viens presque à oublier qu'il s'agit de variations, et les applaudissements à la fin me surprennent tant que je chuchote à Simon, interloquée: "pourquoi les gens applaudissent-ils au milieu de la pièce?"
Mozart: Klaviersonate in F-Dur, KV 533
Mozart. Comme je l'ai dit, Mozart et moi, nous ne sommes pas très copains. Sauf quand c'est joué par Brendel. Lui, il peut. Je ne vais certes pas me mettre dans tous mes états, comme avec du Chopin, mais enfin, j'y trouve du plaisir malgré tout.
Sa sonate est très traditionnelle si je puis dire, pas du tout comme la vision assez sombre que nous avons pu écouter le soir suivant avec Kissin et la Kremerata Baltica. Vif, aérien, pétillant. Dans mon carnet, j'ai noté: "Ses ornements sont comme des jeux de lumière, comme le miroitement du soleil sur l'eau". Une mention particulière pour le deuxième mouvement, dans lequel Alfred Brendel a pu pleinement nous faire apprécier la beauté de son son si accompli. Il a su tenir sur la longueur et faire durer l'émotion de la première à la dernière note de ce mouvement lent qui donnait les frissons.
Beethoven: Klaviersonate in Es-Dur "Quasi una fantasia", Op. 27, Nr. 1
Suivait un Beethoven très engagé, ce qui, venant de ce pianiste au jeu que je trouve généralement très intellectuel, m'a agréablement surpris. Un engagement qui lui a coûté quelques imperfections, qui, loin d'être gênantes, ont donné à ce Beethoven tout la spontanéité que l'on peut attendre de Beethoven, et encore plus d'une sonate "quasi una fantasia". Le pianiste s'est lâché, libéré de ses interprétations réfléchies et cérébrales pour simplement vivre pleinement cette très belle sonate de Beethoven. C'était très fort, et, malgré plus d'une heure debout, immobile dans mes chaussures inconfortables, je n'ai pas vu le temps passer.
Schubert: Klaviersonate in B-Dur
Faut-il tenter de poser des mots sur cette interprétation?
En cheminant vers la Tonhalle, Simon me disait que Brendel était devenu célèbre par son Schubert. Je veux bien le croire!
Cette très grande sonate était simplement vollkommen.
Il n'y avait plus rien à dire, plus rien à ajouter. Tout était accompli. On aurait voulu que cela ne s'arrête jamais, plus jamais. Vraiment.
Le mouvement I était subtile, intense et doux, le second mouvement calme, simple, lumineux, sans faux pathos, le mouvement III joyeux, souriant, espiègle, léger comme une brise d'été, et le finale très intense, comme le turquoise sombre d'une eau pure et profonde, comme l'immensité d'un ciel étoilé.
Après une telle prestation, comment ne pas offrir une standing ovation au pianiste qui prend sa retraite? L'émotion était à son comble lorsque le public s'est levé d'un seul homme, dans des applaudissements frénétiques.
Nous avons eu droit à trois bis - trois bis! - et à chaque fois, je me disais que c'était le dernier.
Tout d'abord le deuxième mouvement du concerto italien de Bach, qui m'a étonné par l'usage de la pédale, moi, puriste pour qui Bach = pas de pédale, à quelques rares exceptions près.
Puis un peu de Liszt, avec Au lac de Wallenstadt, la seconde pièce des Années de pèlerinage I, dont je possède par ailleurs un enregistrement par Brendel lui-même. La pièce a mûri, est devenue plus libre, plus rubato, je la préfère telle qu'il la joue maintenant. Un sentiment vaguement étrange d'entendre en "vrai" une partition écoutée tant de fois à la maison.
Alfred Brendel m'a ensuite fait le plus beau cadeau qui soit, en nous offrant, comme troisième et dernier bis, l'Impromptu en Sol bémol Majeur de Schubert, que j'avais découvert sur internet jouée par lui-même, et qui m'avait laissé une vive impression. Mais jamais je n'avais imaginé l'entendre une fois, lui, en live, jouer cet impromptu.
J'étais out of my mind, et pendant plusieurs minutes qui ont suivi, je n'étais plus capable de penser par moi-même.
Merci pour ce grand moment de musique.
PS pour Simon: Alfred Brendel a été jeune une fois! J'ai trouvé un extrait où on le voit avec des cheveux qui ne sont pas gris! (ici, pour réentendre son superbe accent autrichien comme lors de sa petite blague "Jetzt muss ich mich nochmal konzentrieren, sonst schreibe ich am Ende noch Kissin!" et ici pour rigoler un peu)
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critique dans le Tagesblatt
critique dans la Frankfurter Allgemeine
mardi 3 juin 2008
Evgeny Kissin et Kremerata Baltica ou l'autre visage de Mozart
Tonhalle Zürich, 01.06.2008, 19:30
Ça y est enfin. C'est arrivé vite, et j'ai dû patienter si longtemps. Mais ce soir, ça y est, j'entre dans la Tonhalle, je monte à la galerie, trouve ma place, la respiration qui s'accélère en apercevant le grand piano noir, si proche.
Les jeunes musiciens de la Kremerata Baltica prennent place sous les applaudissements chaleureux du public.
Silence.
* Ca y est, cela devait arriver: il aura eu un problème de dernière minute, le directeur de la Tonhalle va monter sur scène nous annoncer que. *
Soudain, un frémissement, et, sous un tonnerre d'applaudissements, le grand virtuose russe se fraye un chemin jusqu'à son instrument.
* ouf! *
Mozart: Klavierkonzert Nr 20 in d-moll
L'orchestre, dont les deux premiers violons alternent dans la fonction de chef d'attaque, se lance dans un Mozart surprenant. Sombre, dubitatif, passionné, fougueux. Evgeny Kissin suit le ton donné, allant jusqu'à jouer un Mozart déjà très profondément romantique, un Mozart diamétralement opposé à celui, très Wienerklassik d'Alfred Brendel, le soir d'avant. Ce soir, c'est un Mozart dont la luminosité gaie et insouciante est voilée par une sorte de questionnement intérieur mélancolique, et même, lors de la première cadenza notamment, un Mozart énergique, têtu, exaspéré, qui tape du pied et s'énerve. Cette première cadenza, c'est Beethoven plays Mozart - à tel point que je me demande qui a écrit la cadence: Mozart lui-même? Ou Kissin?
Le finale est vif, pétillant, spontané, à l'image de ce tout jeune orchestre qui sait lui conférer une fraîcheur rarement égalée.
Un Mozart qui a du corps, un Mozart quasi beethovenien, que Simon et moi, pourtant vraiment pas fervents amateurs du compositeur autrichien, apprécions plus qu'il n'est possible de le dire.
Britten: Variationen über ein Thema von Frank Bridge, Op. 10
Je n'avais jamais entendu parler de ces Variations Op. 10 - il faut dire que je connais très mal Britten, mis à part la présentation d'orchestre pour une jeune personne (que nous avons tous entendus, enfants) et des extraits de son opéra The Turn of the Screw (que j'adore: il faudra que j'en parle une fois) - c'était donc une découverte.
Une très très bonne surprise. Le jeune Britten a écrit ses 10 variations sur un thème de Frank Bridge, qui n'est autre que son premier professeur de composition. Il compose en choisissant les influences dans une très large palette de styles et de formes (Romance, Aria italiana - que les violons II + altos jouent comme de la guitare! - Wiener Walzer, Moto perpetuo, Funeral March et Fugue), ce qui confère à cet opus 10 un caractère très plaisant, avec beaucoup de tableaux différents.
Kremerata Baltica affichait un plaisir évident et beaucoup d'humour en jouant ce Britten, ce dont la pièce a profiter de manière très favorable. Ce jeune Britten gagne apparemment à être interprété par un orchestre jeune lui aussi.
Une très belle découverte, le titre a aterri sur ma liste de CDs à acheter le jour où je serai moins pauvre, et Simon n'a, ni une. ni deux, acheté le CD proposé dans le hall de la Tonhalle, que nous avons ensuite écouté le lendemain matin.
Prokofiev: Symphonie classique, Op. 25, Nr 1
Je n'ai pas noté beaucoup dans mon carnet Moleskine à propos de ce Prokofiev. Simon l'attendait avec impatience, pour ma part, j'étais curieuse de me souvenir comment est cette 1ère symphonie. Kremerata baltica l'a interprété avec brio, beaucoup de fougue, beaucoup de plaisir, beaucoup de sourires. Décidément, les œuvres de jeunesse leur vont admirablement, comme sur mesure! Cette symphonie est elle aussi venu rallonger ma liste d'achat.
Mozart: Klavierkonzert Nr 27, B-Dur
Le deuxième concerto du soir, cette fois en majeur: sera-t-il aussi surprenant que le premier, en mineur?
Yes, he is. Il est espiègle, vif, mais doux pourtant, et reste quelque peu songeur. Le mouvement lent merveilleusement construit, une ligne mélodique très pure, à la fois cristalline et profonde, de beaux dialogues entre le pianiste et l'orchestre. Et le rondo, construit sur la vieille mélodie populaire allemande Komm' lieber Mai und mache die Wiesen wieder grün est un agréable retour en enfance, aussi léger et frais que les joues rouges barbouillées de jus de fraise du petit enfant qui le chantonne dans le jardin.
Malgré cette très brillante performance, la salle est restée relativement froide, n'a réclamé que deux rappels: une Türkischer Marsch enfin bien jouée (!) et une valse lente de Chopin. Alors que Simon est moi battions encore énergiquement des mains, les auditeurs ont commencé à quitter la salle. Et nous avons été fâché contre eux tous!
En conclusion de cette soirée, je dirais que j'ai découvert Britten vraiment et appris - en deux heures ! - à aimer Mozart. (Bien que je ne sois pas sûre que le Mozart de ce soir aie été très "académique".) Anyway.
lundi 19 mai 2008
A propos Mozart
J'ai beaucoup de peine avec Mozart.
Longtemps, j'ai pensé que sa musique était superficielle et rose comme les valses de Johann Strauss - certes, certes, c'est loin d'être le cas, je le sais!
Et puis j'ai découvert l'autre Strauss, celui que je vénère. Avec cet autre Strauss, le poète Hugo von Hofmannsthal (qui a écrit de nombreux livrets pour son ami Richard, notamment le génial Rosenkavalier*) et toute l'atmosphère décadente Fin de Siècle.
J'en suis revenue au Wienerwalzerkönig, à cette musique légère. superficielle. L'hypocrisie de cette noblesse et de cette bourgeoisie en décadence, et qui pourtant continue de vivre comme si de rien n'était. Il y a comme un fond de cynisme dans cette musique de prime abord insouciante. Peut-être aussi l'amertume de savoir que c'est état des choses ne durera plus, que la Götterdämmerung doit et va venir, bientôt.
Ainsi, j'ai commencé à voir autre chose dans l'œuvre de Mozart. Ou plutôt, j'ai commencé à y discerner quelque chose. Comme une seconde strate, un second niveau de compréhension de sa musique. Je ne peux évidemment formuler que de maigres hypothèses, absolument pas vérifiées: Mozart, le Wunderkind, celui qui amusait la galerie, ne glissait-il pas l'amertume, face à cette cour joyeuse, insouciante et insipide, dans ses partitions? Sa musique n'est-elle pas un paradoxe, unissant dans une même ligne la gaité frivole et la noire souffrance?
Sans doute, beaucoup de musiciens s'arrêtent à ce premier degré de musique facile. Leur sonate de Mozart devient une pièce nunuche et vide de tout intérêt autre que celui de faire passer vaguement le temps.
Sans doute aussi, la musique du Wunderkind de Salzburg est l'une des plus (la plus?) difficile à interpréter correctement, de par cette ambiguïté entre les différents niveaux de compréhension de la pièce.
Quoi qu'il en soit, un grand pianiste est un pianiste capable de me faire dire en jouant Mozart "tiens, c'est carrément assez bien pour ne pas mettre un CD de Beethoven à la place".
Pour le moment, celle qui a toute mon admiration, c'est la grande mozartienne Clara Haskil.
Pour le moment, j'évite encore soigneusement d'approcher mes doigts des sonates de Wolfgang Amadeus Mozart. Il me fait peur.
Toute cette réflexion est partie d'un passage dans les Bienveillantes de Jonathan Littell (prix Goncourt 2006) que je vous cite:
[le compositeur (fictif) von Üxküll à propos de Mozart]
"Je l'ai longtemps mésestimé. Dans ma jeunesse, il me semblait un hédoniste doué, sans profondeur. Mais c'était peut-être le jugement de mon propre puritanisme. En vieillissant, je commence à croire qu'il avait peut-être un sentiment de la vie aussi fort que celui de Nietzsche, et que sa musique ne paraît simple que parce que la vie, somme toute, est assez simple."
*à voir et écouter dans la version parue chez Deutsche Grammophon en 1994 (Kleiber, Lott, von Otter).