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mercredi 18 mars 2009

De cape et de larmes (Nina Berberova)

Dernière nouvelle de ma série de Nina Berberova avalée en deux jours, début mars. Ici, on retrouve le quotidien de grisaille, d'alcool et d'absence d'espoir de la Russie soviétique du début du siècle, telle qu'on la connait également chez Makine.

Actes Sud, 96 pages


Quatrième de couverture:
Elles étaient deux sœurs, Ariane et Sacha, à Pétersbourg en 1920, et les voici ressuscitées sous nos yeux en quelques traits d'une efficacité incomparable. Leur mère est morte et le nouveau régime les contraint de vivre avec leur père dans une précarité insupportable. Ariane décide donc de suivre Samoïlov, un théâtreux marié, et laisse à Sacha, la narratrice, le soin d'en avertir le père, de lui porter ce coup. Vingt ans plus tard, à Paris, Sacha retrouve Samoïlov qui revient du goulag. Ariane est morte, le père aussi... Leur rencontre est comme une apostille dur le destin.


Mon avis: *****
Je ne sais pourquoi la désolation de la Russie communiste me fascine à ce point. Nina Berberova la peint ici dans une chambre exiguë, le divan partagé par les sœurs qui dorment tête-bêche, Sacha entourant de ses bras les genoux de sa grande sœur adorée, le père au rire nerveux derrière un paravent. La comtesse polonaise qui vient raconter des histoires d'avant, les courses dans la neige pour un quignon de pain.
Tout comme ses compagnons d'infortune, Nina Berberova décrit la vie précaire avec simplicité et humilité, sans pathos ni révolte, faisant sienne la devise Es muss seyn qui ouvre le quatuor op. 135 de Beethoven et que Kundera utilisera comme Leitmotiv dans son Insoutenable légèreté de l'être. Résignation et privation de la petite Sacha à Pétersbourg, résignation et privation de la jeune Sacha à Paris. There's no hope. Il faut se débrouiller pour (sur)vivre jusqu'au lendemain,;les hommes naissent et meurent, dans l'indifférence générale, inlassablement, et chaque jour recommence comme le précédent.

mardi 17 mars 2009

Le roseau révolté (Nina Berberova)

Suite des critiques de mes dernières lectures, il faut que je me dépêche, sans quoi je vais définitivement prendre trop de retard.

Actes Sud, 68 pages


Quatrième de couverture:
La guerre, en septembre 1939, sépare ces amants. Lui, Einar, part pour Stockholm. Elle reste à Paris, afin de s'occuper d'un vieux savant que les Allemands finiront par arrêter. La paix revenue, elle écrit à Einar, en Suède, des lettres qui reviennent: destinataire inconnu. Jusqu'au jour où, allant là-bas, elle découvre...


Mon avis: *****
Dans cette autre nouvelle de Nina Berberova, on sent un désespoir résigné, le vieux savant sont il faut s'occuper, l'arrestation et la mort de celui-ci, les livres qui lui restent. Puis cet homme, que la jeune émigrée russe aime encore, qu'elle retrouve en Suède. Qu'elle retrouve privé de son no man's land. Et cette femme qui veut la priver elle aussi de cet espace. La nouvelle se termine ici dans une sorte de cri de victoire - moi, je ne me laisserai personne me dicter ma vie; je garde ma liberté. Et ma fierté. Et la jeune femme russe s'en va.
Un appel à garder sa dignité coûte que coûte, au détriment d'un bonheur trompeur et médiocre, et Nina Berberova qui nous offre un moment riche en émotions qu'elle appose comme de petites touches de couleurs d'une toile impressionniste.
Le roseau se révolte et refuse de se plier.

lundi 16 mars 2009

La grande ville (Nina Berberova)

Après avoir retrouvé Joseph Joffo dans les rayons de la bibliothèque, j'ai eu très envie de retrouver l'univers de Nina Berberova, univers gris et morne de ceux qui vivent en exil. Univers douloureux de la désillusion. Et cette solitude devenue maîtresse des vies. Trois nouvelles, dont voici mon compte rendu pour la première, La grande ville.


Actes Sud, 30 pages


Quatrième de couverture:
J'ai compris que chacun avait apporté dans cette grande ville ce qu'il avait: l'un, l'ombre du prince d'Elseneur, l'autre, la longue silhouette du chevalier espagnol; le troisième, le profil du séminariste de Dublin, cet immortel; la quatrième, un rêve, une idée, une mélodie. La chaleur torride d'une vallée, le souvenir d'une tombe ensevelie sous la neige; une formule mathématique, divine dans sa grandeur, ou le tintement des cordes d'une guitare... Tout cela s'est fondu dans cette ville, sur ce cap, formant cette vie à laquelle je m'apprête à participer.


Mon avis: *****
Vingt-trois pages. Et c'est tout un monde, avec ses sensations, ses senteurs, ses odeurs, ses saveurs et ses émotions qui s'ouvre, comme la mer qui apparaît subitement, au détour de la route. Nina Berberova, c'est ce don extraordinaire de nous peindre un récit en quelques coups de plume, puis de l'animer, comme Dieu qui souffle sur Adam pour lui donner la vie. Nous nous trouvons ici dans une grande ville, probablement aux USA, l'émigré débarque, il n'a presque rien, et le souvenir de cette femme sur les bords cléments de la Méditerranée. Sans doute d'inspiration autobiographique (la nouvelle a été écrite en 1952, deux ans après l'émigration de l'écrivain aux États-Unis), le texte est empreint de mélancolie, et de ce vide sidéral qui caractérise l'œuvre de beaucoup d'émigrés d'une part, et l'œuvre de Nina Berberova d'autre part. Simple, sans pleurs, sans plaintes ni soupirs superflus, Nina Berberova épure sons récit pour n'en garder que l'essence de celui-ci.

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une très bonne critique ici.