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mercredi 4 août 2010

Mémoires de Hongrie (Sándor Márai)

C'est désormais une évidence, je me suis entichée de cet écrivain hongrois du XXe siècle. De son oeuvre qui s'insère dans le cadre d'une bourgeoisie humaniste qui est morte avec la Seconde Guerre mondiale, à laquelle j'aurais voulu appartenir aussi, sans doute. Troisième ouvrage de Márai, découvert à travers ses Confessions d'un bourgeois, approfondi à travers ses Braises (lu en allemand). Maintenant, j'en suis revenue à ses récits autobiographiques, que je préfère, à ses Mémoires de Hongrie, avec cette magnifique photo de Budapest, de Pest plutôt, pour être précis, prise depuis les hauteurs de Buda, quelque part durant l'entre-deux guerre.


Livre de Poche, 443 pages



Quatrième de couverture:



Antifasciste avant la guerre, "ennemi de classe" sous l'ère soviétique, témoin d'un monde qui se délite, Sandor Marai connut avant son exil officiel vers les États-Unis un tragique exil intérieur. Rédigés vingt ans après les événements évoqués, ces Mémoires composent une fresque saisissante de la Hongrie à une époque cruciale de son histoire et mettent en lumière le trajet bouleversant de l'auteur des Braises. Avec verve et sensibilité, Marai raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques en Hongrie en 1944 et l'instauration du régime communiste. L'écrivain doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet. Isolé et impuissant, Marai décide de quitter son pays : "Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur", écrit-il la nuit de son départ, en 1948.

Mon avis: *****

J'ai adoré. Bon bien sûr, du moment que j'admire profondément Márai, que j'ai une fascination particulière pour l'Europe torturée du XXe siècle et une attirance pour l'Europe de l'Est, et depuis que j'y ai remis les pieds ce printemps, pour la nostalgique Budapest, le contraire eut été surprenant.
Ce livre est une mine d'or pour tous ceux qui s'intéressent à la Hongrie, aux "colonisations soviétiques" des années 50, à la situation de Budapest durant cette période cruciale de 1945-1948. L'auteur narre la cohabitation avec les soldats russes, l'appartement de fortune, la solitude des Hongrois, ce peuple étrange, à cheval entre Orient et Occident, coincé entre les peuples germains et les Slaves, à la recherche fébrile et désespérée de son identité. C'est une histoire de la littérature hongroise aussi, Jókai, Babits, Kosztolányi, Krudy, Vörösmarty, et tant d'autres, chacun est honoré, par quelques vers cités, par des anecdotes, par un chapitre plein d'admiration.
C'est avant tout le cri d'un écrivain, revenu au pays après une visite en occident, parce que sa seule raison d'être, c'est le hongrois, si solitaire dans sa différence avec les autres langues. Cet écrivain qui décide de parler dans sa langue maternelle, de se taire dans sa langue maternelle. Avant d'arriver à la conclusion que rester, c'est courir le danger de succomber aux lavages de cerveaux de la propagande communiste.
Et pour moi, c'est le début d'une découverte: celle de la richesse de la littérature hongroise, de son essence aussi, un peu.

samedi 30 janvier 2010

Confessions d'un bourgeois (Sándor Márai)

Intersemestre, nouveau job (à l'opéra!) et donc relative sécurité financière, coloc' gone partying et B. en quarantaine avec sa grippe, tous les astres coïncident pour que je revienne peupler de quelques mots cet espace laissé longtemps à lui-même. Avec une critique d'un livre merveilleux que j'ai malheureusement dû me résoudre à terminer hier soir, grelottant dans mon lit sous la lumière cinglante du plafonnier. J'ai acheté une table de nuit et une lampe de chevet ce matin, et puis j'ai commencé les Trois Mousquetaires. (Mais je ne crois pas que je les terminerai aujourd'hui.)

livre de poche, 571 pages


Quatrième de couverture:

Avec cette grande " histoire de famille " inspirée par la vie des siens, l'écrivain hongrois Sandor Marai (1900-1989) écrit sa Confession d'un enfant du siècle, tout à la fois itinéraire personnel et description subtile de la bourgeoisie hongroise au début du siècle. Marai, intellectuel, voyageur, journaliste à la Frankfurter Zeitung, fréquentant à son heure les cercles de Montparnasse, se souvient de ses ancêtres, riches artisans d'origine saxonne ou morave, des traditions et des idéaux qui ont peu à peu pétri un milieu épris de démocratie et de modernité avant que, à l'image des Buddenbrook de Thomas Mann, son accession au pouvoir et l'oubli de ses devoirs ne le condamnent au déclin. Mêlant mémoires et confessions, retraçant son propre parcours d'artiste, l'auteur de La Conversation de Bolzano et des Révoltés dit sa fidélité aux origines, évoque le bonheur d'une petite ville hongroise de province où cohabitent Hongrois, Allemands, Slovaques, Juifs, et qui prend rapidement la dimension du monde.



Mon avis: *****
Évidemment, j'ai adoré. Déjà rien que le terme "bourgeois", carrément dans le titre. Et puis la période, le XXe siècle naissant. Et l'exotisme de l'auteur - je n'avais encore jamais touché à la littérature hongroise. Sándor Márai nous raconte son enfance entre Kassa et Budapest, dépeint les mœurs de sa ville natale, relate sa vie de bohème à travers l'Europe d'abord, puis le monde. Il y a les femmes qu'il rencontre et qu'il oublie ensuite, les années parisiennes dans l'entre-deux-guerres, les commérages à Pest et les écrivains qui hantent les cafés de Buda. Les souvenirs de grandes vacances à la campagne, la naissance d'une vocation, celle de journaliste, celle d'écrivain. Et cette extraordinaire solitude qui se colle à ses pas.
C'est très bien écrit, cela révèle - Sándor Márai écrivain n'a pas perdu pour autant sa fibre journalistique - des pans entiers d'Histoire, observée sous un tout autre angle, et l'on se retrouve dans son introspection très subtile. Du moins je m'y retrouve!