Jean Anouilh, c'est les souvenirs d'après-midi théâtre en cours de français, lorsque j'étais en 9ème (pour les amis Français, c'est l'année qui précède l'entrée au lycée). Nous avions lu Le bal des voleurs et notre professeur voulait nous faire jouer la pièce. J'étais la vieille dame riche, une bague à chaque doigt, un parfum de grand-mère et des crises de nerfs à tout bout de champ. Je tenais les trois-quart des répliques (la quantité de texte à mémoriser avait été d'ailleurs, si je me connais bien, le motif de mon choix pour ce personnage. C'était l'époque bénie de mes excès de zèle) et j'étais fière de mon travail, de ces longues tirades que je connaissais sur le bout des doigts.
Une pièce drôle, avec sa petite morale et quelques penchants vers l'absurde.
Le professeur m'avait dit qu'il fallait lire l'Antigone d'Anouilh, puisque j'aimais bien cet auteur. Au lycée on m'en a parlé. A l'université, on m'en a parlé. Et voici, jeudi dernier, qu'en rapportant les livres pour mon travail d'histoire, je me trouve face au rayon poésie. Juste dessous, le théâtre. D'abord Les justes qui me font coucou, puis Antigone. Samedi matin, je terminais la pièce, Hémon enlaçait Antigone dans une étreinte ultime et éternelle.La table ronde, 122 pages
Quatrième de couverture:
Il n'y en a pas - en même temps, on peut espérer que vous connaissez l'intrigue de cette tragédie grecque!
Mais je copie un extrait:ANTIGONE: Pourquoi le faites-vous?
CRÉON: Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être puissant...
ANTIGONE: Il fallait dire non, alors!
CRÉON: Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m'a pas paru honnête. J'ai dit oui.
ANTIGONE: Eh bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai pas dit "oui"! Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires? Moi, je peux dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit "oui".
Mon avis: *****
J'ai un faible certain pour les tragédies grecques. Leurs protagonistes sont les plus beaux - y a-t-il femme plus belle que la petite Antigone, maigre et mal peignée, mais sincère, fidèle à elle-même jusqu'au bout, entière, radicale dans sa quête de liberté et d'absolu?
La pièce a été écrite pendant la Seconde guerre mondiale, et sans doute elle traite du tyran, de son pouvoir, et surtout des limites de sa force, face aux Justes (j'y reviendrai tout à l'heure dans ma critique des Justes de Camus). Que peut Créon face à Antigone? Il est obligé de mettre sa sentence à exécution, il a le pouvoir et la faiblesse, elle a la force et la vérité. Qu'est-ce que l'autorité, s'il faut user de violence pour la maintenir? Une coquille vide, une erreur. Loin de la justice et de la vérité.
une belle leçon de vie, sur la fidélité à sa propre vérité, celle du coeur, pas celle du pouvoir.
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lundi 26 janvier 2009
Antigone (Jean Anouilh)
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