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dimanche 12 septembre 2010

Tannhäuser, ou premier opéra après deux mois de pause

J'essaie d'être plus constante, mais comme tout le monde: j'ai une pile d'enregistrements à écouter, de livres à lire, de langues à apprendre et d'expos à visiter, accessoirement je suis sensée étudier et travailler pour gagner les sous nécessaires pour mener à bien la liste de piles mentionnées plus haut. Mais donc, j'essaie.

Après deux mois de pause, j'étais toute impatiente de retourner à la Staatsoper, avec le nouvel intendant et le nouveau directeur artistique, respectivement Dominique Meyer (c'est malgré l'orthographe, un homme) et Franz Welser-Möst (qui dirigeait déjà chaque deuxième opéra de la saison précédente). Ouverture de la saison 2010-2011 avec Tannhäuser, avec les mêmes chanteurs, sinon le génial Gerhaher, remplacé par Matthias Goerne, un peu moins génial (oui quand-même, puisque Gerhaher est le meilleur chanteur du monde et plus). Comme en juin 2010, dans la mise en scène de Claus Guth, avec Johan Botha en Tannhäuser, Anja Kampe en Elisabeth et Welser-Möst au pupitre. Vocalement, Botha a nettement mieux assuré sa partie, tandis que le bariton un peu trop dur de Goerne ne parvenait pas à faire oublier la voix magnifique de Gerhaher. Mais c'est surtout l'orchestre qui a surpris, avec une générosité et une précision u jeu qu'on n'a malheureusement que rarement à l'opéra. Nul doute que pour ce premier opéra de la saison, les Wiener avaient un grand plaisir à jouer, à jouer bien, non seulement proprement, mais avec beaucoup d'émotions, comme s'ils avaient redécouvert Wagner. Nul temps pour s'ennuyer durant ces 4h30.

Et puis comme il ne faut surtout pas chômer, Franz Welser-Möst est venu dans l'église des St-Augustins pour nous (le choeur d'église) diriger. Messe du couronnement de Mozart, selon ses désirs, avec beaucoup de sourires et de surprises.

lundi 21 juin 2010

Tannhäuser

J'avais prévu d'écrire ce post en allemand pour faire taire les mauvaises langues qui se plaignent d'être lésées parce que tous mes blogs sont rédigés en français. Mais du coup, mes lecteurs francophones risqueraient de crier à l'injustice. Dilemme. Éventuellement, un jour où je serais super-motivée, par exemple un jour d'été pluvieux, glacial, après avoir tenté d'exposer un opéra en allemand à neuf heures trente du matin, devant une peluche et une coloc' qui sait déjà tout et rigole sous cape, par exemple aujourd'hui, je ferai une version allemande de ce carnet (version que je tiendrai trois articles et demi, mais bon, hein).
Hier soir, après un mois (!) je suis retournée à la Staatsoper pour Tannhäuser. Avec ma coloc'.


Tannhäuser
Richard Wagner
Wiener Staatsoper
20.06.2010, 18:00

Dirigent: Franz Welser-Möst
Inszenierung: Claus Guth
Tannhäuser: Johan Botha
Wolfram: Christian Gerhaher
Hermann: Ain Anger
Elisabeth: Anja Kampe
Venus: Michaela Schuster

Pour cette production de Tannhäuser, la Staatsoper a recouru au metteur en scène Claus Guth pour ouvrir de nouvelles perspectives. L'accueil du public était, lors de la première, plutôt mitigé, mais lors de cette seconde représentation unanimement applaudie. Claus Guth ne propose pas une réforme totale de la mise en scène, il se borne à transposer l'action au XIXe siècle, en adaptant quelques paramètres pour rendre cette "actualisation" plausible. Le choeur des pèlerins devient un choeur de malades mentaux, et Tannhäuser est en réalité possédé, semble scizophrène aussi, et guérit finalement de ses troubles.
La première scène se passe devant et dans un miroir, solution astucieuse pour thématiser la montagne de Vénus. Tannhäuser quitte pour ainsi dire le miroir de ses hallucinations et tente un retour à la normalité. Nous nous trouvons dans une grande salle toute de marbre et de lustres, dans laquelle aura lieu le concours de chant dont le vainqueur gagnera la belle et vertueuse Elisabeth, fille de Hermann. Les concurrents apprennent que Tannhäuser a été victimes d'halucinations, qu'il souffres de troubles mentaux et ce dernier se voit chassé. Il est alors interné dans un hôpital psychiatrique, dans lequel il semble mourir. Elisabeth allume un cierge et se sacrifie pour lui en avalant à pleine mains les médicaments destinés au malade. Entre Wolfram, qui assiste à la mort d'Elisabeth, qu'il aimait en secret. Celui-ci quitte la pièce pour entrer dans la chapelle et songe à se donner la mort, cachant le crucifix sous un banc pour se dérober aux yeux de Dieu. Au moment où il s'apprête à se tuer, Tannhäuser fait irruption sur scène. Il cherche la montagne de Vénus. Wolfram doit apprendre qu'il n'a pas su être guéri et cherche à se protéger contre la folie de Tannhäuser en brandissant le crucifix. Le choeur des internés chante alors la rédemption grâce à Elisabeth, ce qui guérit Tannhäuser de sa folie.
Claus Guth apporte une approche intéressante à l'histoire, mais garde des incohérences au niveau du texte et des actions, notamment le concours de chant, qui n'entre pas dans le côté très froidement réaliste, un peu à la Wozzeck, de la mise en scène.
Musicalement, les chanteurs dans l'ensemble étaient excellents, sinon Botha, que l'on apprécie normalement comme l'un des meilleurs chanteurs de la Staatsoper, et qui a chanté excessivement mal comparé à ce qu'il offre d'habitude. Comme l'a déjà remarqué Laura, la découverte de cet production est sans conteste la voix de Christian Gerhaher. Claire et précise, moins imposante que celle de Botha (la différence du tour de taille?) mais plus fraiche, c'est la voix parfaite du "Jüngling" pur et bon, que l'on aime immédiatement. Il chante sans prétention mais avec un soucis du son et une diction très soignée, et lors des moments d'émotion plus intense, il sait aussi donner plus de puissance et peut alors se mesurer au grand Botha.
L'orchestre, sous la baguette de Welser-Möst, chouchou du public et de la politique de la Staatsoper, a montré une fougue quasi juvénile et une très grande générosité du son, qui était indiscutablement à son apogée lors des grands chants chorals finaux. Peut-être quelques imprécisions rythmiques dans les violoncelles et dans les cuivres parfois.
Dans l'ensemble, comme tous les opéras de Wagner jusqu'ici, une production de haut niveau, dans laquelle on sent le travail qu'il y a eu derrière (contrairement à Tosca ou à la Traviata).