samedi 13 décembre 2008

Baude Cordier, Belle, bonne, sage: un rondeau au XVe siècle - III

[premier volet]
[deuxième volet]


La notation maniérée


La notation dite maniérée ou ars subtilior, en comparaison à l’ars nova, qui a ses racines dans le sud de la France, notamment à Dijon, est le résultat de l’évolution de la notation musicale vers la fin du XIVe siècle. On voit apparaître peu à peu des combinaisons plus élaborées que celles possibles dans l’ars nova. Elle est utilisée simultanément à la notation française et mélangée.[1]
La notation, enrichie de nouveaux signes, permet dès la seconde moitié du XIVe siècle une plus grande palette de rythmes. En effet, on emploie maintenant des notes noires, blanches et rouges, pleines, évidées, à demi évidées. Un grand changement se trouve dans le fait que la notation est montée en grade. Elle n’est plus une simple servante de la musique, mais un art à part entière. Certaines pièces contiennent un niveau de complexité rythmique tel qu’il faut se demander si la partition était destinée à être jouée, ou si au contraire il s’agissait d’un simple exercice d’écriture, tant on peut avoir l’impression que parfois, le compositeur faisait compliqué uniquement pour ne pas faire simple ![2] Cela correspond peut-être également à une volonté des artistes de ne pas être compris de la masse, mais uniquement par d’autres «initiés». Dans ce cas, la notation maniérée pourrait être considérée comme une sorte de «Fin de Siècle» du XVe siècle! Toutefois, il ne s’agit là que d’une hypothèse. Des compositions comme le rondeau que nous allons analyser témoignent de la force que l’action purement manuelle exerce sur l’imagination du musicien.[3]

[1] Willi Apel, Notation de la musique polyphonique 900-1600, Sprimont : Mardaga, 1998, p. 351.
[2] Ibidem.
[3] Ibidem.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

A quoi correspond une note rouge ?

la. a dit…

A un changement de mesure. En l'occurrence, ici, il s'agit d'un passage de tempus perfectum cum prolatione imperfecta à un tempus perfectum cum prolatione perfecta.
(Te voilà bien avancée.)
En gros, une mesure est parfait lorsqu'elle est composée de trois brevis et imparfaite lorsqu'elle ne contient que deux brevis, même schéma pour la brevis, parfaite si elle vaut trois semibrevis, imparfaite si elle n'en vaut que deux.
Pour mieux comprendre, tu peux prendre exemple sur noire = 2 croches (binaire) et noire = 3 croches (ternaire).
Donc ici, on a du [3;2] - qu'on peut traduire par du 3/4 - et on passe à du [3;3] - 6/8.
Pour transcrire cela, on note simplement les notes rouges comme des triolets.
Ca va, tu as compris quelque chose?

Anonyme a dit…

Yep, tout kapish, merci bien !