mercredi 3 avril 2013

L'art français de la guerre (Alexis Jenni)

gallimard, 640 pages

Quatrième de couverture :


«J'allais mal ; tout va mal ; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails.
Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.»


Mon avis :

Au début, il y  une incertitude – s'agit-il réellement d'un roman, n'est-ce pas plutôt un essai ? – tant la fiction semble être réalité. Alexis Jenni divise son roman en deux parties, les commentaires 1 à 7 en alternance avec les romans 1 à 6. Les commentaires donnent la voix au narrateur, qui analyse la société dans laquelle il vit avec un regard critique et s'embrouille dans ses monologues comme dans sa vie. Les romans sont quant à eux une mise en abyme des rencontres du narrateur avec l'ancien militaire Victorien Salagnon.
Partant de la constatation que la France actuelle détourne les yeux de ses militaires ("En France on ne sait pas quoi penser des militaires, on n'ose même pas employer un possessif qui laisserait penser que ce sont les nôtres : on les ignore, on les craint, on les moque"), Jenni fait évoluer son récit de la prise de conscience encore molle et distancée d'un homme qui regarde les nouvelles dans la chaude sécurité du lit dans lequel il vient de faire l'amour, totalement coupé de l'hiver extérieur, à un questionnement concret lorsque le narrateur rencontre un ancien parachutiste dans la banlieue lyonnaise. En échange de cours de dessin, le narrateur rédige les mémoires de celui qui a été acteur dans les guerres qui ont le plus marqué la France. Parallèlement, le narrateur remarque une importante militarisation en France, les troupes de bottes lacées-bérets remplaçant peu à peu celles des chaussures cirées-képis. Analysant le champ lexical utilisé lors des interventions des forces de l'ordre, le narrateur remarque la similitude inquiétante avec celui des guerres d'Indochine ou d'Algérie. Alexis Jenni ne manque pas d'illustrer ces thèses avec le récit des mémoires du parachutiste Salagnon :

"Et lui ?" 

Tous trois debout ils regardèrent le jeune Arabe contre le mur, qui les suivait des yeux sans rien dire. "Son prénom et sa petite croix, c'est une couverture ? 
– Il est vraiment catholique et baptisé. Il a choisi son prénom au moment du baptême, parce que l'ancien était celui du prophète, qu'il veut laisser en dehors de ça. Il s'est converti pour devenir prêtre. Il veut connaître Dieu, et il a trouvé les études islamiques imbéciles. Assis à quarante gamins à répéter le Coran sans le comprendre, devant un type maniaque qui joue du bâton à la moindre erreur, ça mène juste à la soumission, mais la soumission au bâton, pas à Dieu. l'Amour et l'Incarnation lui ont paru plus proches de ce qu'il ressentait. Il n'est plus musulman, mais catholique. Je réponds de lui, vous pouvez le détacher et le renvoyer en France avec moi.
– Il va rester avec nous.
– Il ne sait rien.
– Nous allons nous en assurer nous-mêmes.
– Il n'est plus musulman, vous dis-je ! Rien ne s'oppose à ce qu'il soit un Français, comme vous et moi.
– Vous ne savez pas exactement ce qu'est l'Algérie, mon père. Il restera Musulman, c'est-à-dire sujet français ; pas citoyen. Arabe, indigène, si vous voulez.
– Il s'est converti.– On ne quitte pas le statut de Musulman en se convertissant. Il peut être catholique s'il veut, ça le regarde, mais il reste Musulman. Ce n'est pas un adjectif. On ne change pas de nature.
– La religion n'est pas une nature !
– En Algérie, si. Et la nature donne des droits, et en enlève."
Le jeune homme accroupi contre le mur ne bougeait ni ne protestait. Il suivait la discussion d'un air attristé, découragé. La terreur viendrait plus tard.
"Allez-y, mon père ; ils savent ce qu'il font. Ce qu'ils disent semble absurde, mais ici, ils ont raison." 
(p. 560-561)

Le titre du roman fait référence à un traité militaire de la Chine du VIe-Ve siècle av. J.-C. dont la stratégie se base sur la connaissance de l'ennemi et du terrain, dans le but d'obtenir la victoire sans une seule perte humaine, un peu à la manière d'une guerre psychologique. Jenni s'appuie également sur les épopées grecques, dont il sème des allusions tout au long de son roman ; Salagnon, qui a épousé une Pied-noir, Eurydice, ne se retournera jamais sur son passé, avant de rencontrer le narrateur, pareil à Orphée, et son oncle, également militaire, n'a d'autre livre que l'Iliade, qu'il connaît parfaitement au moment de mourir. De manière plus générale, Jenni décrit les scènes de combats en suivant une esthétique très plastique qui n'est pas sans rappeler celle des scènes de guerre d'Homère. 
Une oeuvre très riche donc, critique, et qui recèle plusieurs niveaux de lecture différents, ce qui rend le roman de Jenni passionnant et incite à la relecture.

jeudi 28 mars 2013

Mémoires d'une jeune fille rangée (Simone de Beauvoir)

Personne n'a jamais songé à m'informer que les romans de Beauvoir ne ressemblent pas du tout à sa coiffure austère. Je pense que ceci est une conspiration mondiale contre ma personne.


Folio, 480 pages


Quatrième de couverture :

«Je rêvais d'être ma propre cause et ma propre fin ; je pensais à présent que la littérature me permettrait de réaliser ce vœu. Elle m'assurerait une immortalité qui compenserait l'éternité perdue ; il n'y avait plus de Dieu pour m'aimer, mais je brûlerais dans des millions de cœurs. En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence. En même temps, je servirais l'humanité : quel plus beau cadeau lui faire que des livres? Je m'intéressais à la fois à moi et aux autres ; j'acceptais mon "incarnation" mais je ne voulais pas renoncer à l'universel : ce projet conciliait tout ; il flattait toutes les aspirations qui s'étaient développées en moi au cours de ces quinze années.»


Mon avis :

Aidée de lettres, d'albums photo et de ses journaux intimes, Simone de Beauvoir retrace son parcours depuis ses premières années jusqu'au décès tragique de sa meilleure amie Zaza Mabille. On suit l'évolution de la petite Simone qui veut écrire pour qu'on l'écoute ("à la question Que voulez-vous faire plus tard ? je répondis d'un trait : Être un auteur célèbre."), enfant capricieuse et convaincue de sa supériorité, jalouse, curieuse, engagée. Avec une humilité et une justesse d'analyse exemplaires, elle relate son adolescence difficile, le rapport avec le corps et la découverte de la sexualité, autant de sujets tabous au sein d'une famille marquée par le catholicisme intransigeant de sa mère. Beauvoir raconte les lents étés insouciants à la campagne et sa foi qui s'effondre :
Je devais fatalement en arriver à cette liquidation. J'étais trop extrémiste pour vivre sous l'oeil de Dieu en disant au siècle à la fois oui et non. (...) Je ne concevais pas d'accommodements avec le ciel. Si peu qu'on lui refusât, c'était trop si Dieu existait ; si peu qu'on lui accordât, c'était trop s'il n'existait pas. Ergoter avec sa conscience, chicaner sur ses plaisirs ; ces marchandages m'écoeuraient. C'est pourquoi je n'essayai pas de ruser. Dès que la lumière se fit en moi, je tranchai net. (p. 181.)
La langue de Beauvoir est splendide et son intuition poétique est en effet celle d'un écrivain. Avec des comparaisons et des métaphores d'une justesse rare, elle modèle son récit au delà des mots, en y ajoutant des couleurs, des textures, des odeurs et des sons, et parvient ainsi à transmettre au lecteur l'essence de l'instant qu'elle décrit.
Je plongeais mes mains dans la fraîcheur d'un massif de lauriers-cerises ; l'eau de la fontaine coulait en glougloutant sur une pierre verdâtre ; parfois, une vache frappait de son sabot la porte de l'étable : je devinais l'odeur de la paille et du foin. Monotone comme un coeur qui bat, une sauterelle stridulait ; contre le silence infini, sous l'infini du ciel, il semblait que la terre fît écho à cette voix en moi qui sans répit chuchotait : je suis là mon coeur oscillait de sa chaleur vivante au feu glacé des étoiles. (p. 108.)
Beaucoup se retrouveront sans doute dans cette quête de soi que Simone de Beauvoir raconte dans ses mémoires ; je regrette un peu de n'avoir pas lu ce livre durant ma propre adolescence et il est certain que si j'étais professeur de français au lycée, je ferais figurer cette oeuvre à mon programme !

jeudi 7 février 2013

Tharaud fait un boeuf ou la fascination pour les Années Folles

[chronologiquement, ce billet vient avant celui consacré à Couperin]

Entre les paillettes et les chapeaux cloche, il n'y a qu'à descendre dans la rue pour voir que les années 1920 sont à la mode. Comme par hasard, ma fac propose un cours sur l'entre-deux-guerres. Et comme par hasard, peu avant Noël, je découvrais un CD intitulé Le Boeuf sur le toit : Swinging Paris dans nos bacs, au magasin de disques dans lequel je travaille. Ça tombe à pic : je m'apprête justement à rédiger un travail sur le groupe des Six et le Boeuf sur le toit. J'ai donc dissimulé le CD au milieu du bac pour qu'il survive aux achats compulsifs de Noël et que je puisse l'écouter tranquillement après les fêtes. Je découvre Alexandre Tharaud, et il se trouve que je le kiffe grave sa race. Mais genre vraiment grave. Alors à chaque fois qu'un client passe la porte, j'éteins vite le lecteur, de peur qu'il ne m'achète le disque (oui, je sais...). Parce que ça m'était arrivé une fois, avec un enregistrement de Bach par David Fray ; une cliente, au moment de passer à la caisse, avait décrété : c'est beau ce que vous avez dans le lecteur, je le prendrai aussi. C'était le seul exemplaire qu'on avait au magasin et je n'avais même pas fini de l'écouter, OH! Forcément, maintenant je me méfie.

Label : EMI
Date de parution : 2012
Durée totale : 67'25
Le Boeuf sur le toit. Swinging Paris, Alexandre Tharaud

Donc Alexandre Tharaud, l'homme qui me fait carrément aimer Couperin. Ici, ce sont des arrangements jazzy de grandes pièces de Chopin et Liszt par Clément Doucet, des blues de Jean Wiéner, du Gershwin, des compositions de Ravel et Milhaud pétillantes qui frémissent sous les doigts du pianiste. Et ce sont Bénabar, Juliette, Nathalie Dessay, Madeleine Peyroux Frank Braley et guillaume Gallienne qui se glissent dans la peau des chanteuses et chanteurs qui faisaient vibrer la scène des cabarets, des music-hall et des cafés-concerts des années 20. Le résultat est un condensé de légèreté et qui donne l'impression que les musiciens se sont retrouvés spontanément pour s'amuser ensemble, à l'improviste. Sauf qu'il y a le piano virtuose irréprochable de Tharaud (peut-être un peu trop parfait pour ce type de musique qui se veut plutôt populaire et anti-académique ?) et le choix du programme, qui témoignent du soin avec lequel cet album a été créé. Le toucher de Tharaud, clair et précis comme les cordes pincées d'un clavecin, et le soucis d'une sonorité qui reste ronde et pleine autant dans les petites notes piquées que dans les grands accords, trahissent sa formation classique. C'est donc de la musique de divertissement frottée au savon et rendue adaptée à une salle de concert. Mais peu importe finalement, car la composante principale, la joie simple de jouer, les rires et sourires complices que l'on devine dans la face cachée de l'enregistrement, demeure intacte.
Un album qui fait sourire et diffuse cette insouciance (un peu forcée) des Années Folles.

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PS : Fort de ce succès, EMI fait péter les archives et sort un coffret de 4 CDs autours du mythique duo que formaient les pianistes Clément Doucet et Jean Wiéner, qui sort demain.

samedi 2 février 2013

Tic, toc, choc, le baroque qui a la frite

Je tiens un scoop : J'écoute du Couperin pour le plaisir. Oui, Couperin pour le plaisir. Depuis que j'ai découvert l'enregistrement d'Alexandre Tharaud, je me lève une heure plus tôt pour mettre le disque et retourner sous la couette pour écouter Couperin en poussant des soupirs d'extase. D'ailleurs, à bien réfléchir, je crois que c'est même la première fois de ma vie que je parle de ce compositeur, parce qu'avant Tharaud, il était l'anti-orgasme absolu, un peu comme Scarlatti avant Horowitz. Alors voilà, parlons-en.

Label : Harmonia Mundi
Date de parution : mars 2007
Durée totale : 65'18
Couperin : Tic, toc, choc, Alexandre Tharaud

Pour cet enregistrement, Alexandre Tharaud dit avoir réuni les pièces les plus 'pianistiques' de Couperin, en mettant l'accent sur l'aspect ludique de certaines d'entre elles... (Harmonia mundi) Les barricades mistérieuses, aux airs de préludeouvrent le programme. Un timbre soyeux, épais, lourd et sombre comme du velours, surpris brusquement par les notes cristallines et lumineuses comme des gouttes de rosée étincelant au soleil de Tic, toc, choc ou les maillotins. Clarté des notes répétitives, staccato délicatement ciselé, une pièce virtuose. Tout au long du CD, Alexandre Tharaud semble s'amuser à varier les sonorités comme un acteur qui prend plaisir à interpréter différents personnages. Et il me semble que c'est dans cette joie de jouer que réside tout l'attrait cet enregistrement en particulier et du piano de Tharaud en général. Chaque pièce est une première fois, comme si le pianiste découvrait la musique à l'instant, et cet émerveillement spontané produit un jeu haut en couleurs et d'une sincère fraicheur. Le pianiste raconte d'ailleurs avoir à un moment de sa vie décidé de renoncer à posséder son propre piano et ne travailler plus que chez des amis. Il crée ainsi une situation de manque qui se traduit par une nécessité impérieuse de jouer. Et c'est exactement ainsi que sonne l'enregistrement : ce n'est pas joué "encore une fois", mais "enfin à nouveau".

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Pour les Autrichiens qui se promènent sur ce blog (bonjour !) : Tharaud sera de passage à Vienne avec le concerto pour la main gauche de Ravel, ce sera le 11 mai 2013 à 19:30 au Musikverein

dimanche 27 janvier 2013

Le sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari)

Actes Sud, 208 pages


Quatrième de couverture : 


Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d'irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l'âme humaine à se corrompre.
Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d'une écriture somptueuse d'exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s'effondrer les mondes qu'ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d'échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.


Mon avis :

J'ai lu beaucoup de critiques très positives, il a reçu le Prix Goncourt (quand-même !), bref : tout le monde semble adorer à la fois l'histoire et le style, je dois être une idiote solitaire qui n'a rien compris. Tant pis, j'assume. L'histoire en elle-même, la chute d'une utopie, la fin d'un monde (celui du petit bistrot d'un village corse) est une actualisation intéressante de la chute de l'Empire romain. Il y a beaucoup de petits symboles jetés ça et là au long du roman, et c'est peut-être de ma faute si je ne connais pas assez bien cette période de l'histoire pour saisir tous les clins d'oeil de l'auteur et découvrir toute la richesse du récit. Admettons.
Champ lexical de la putréfaction, de la nausée et des accouplements, les hommes ne pensent qu'à boire et coucher avec les serveuses du bar, les femmes ne sont que des prostituées voleuses et pleurnichardes.  On se retrouve dans Céline, Voyage au bout de la nuit. Utiliser des images qui évoquent la décomposition et la décadence, évidemment, c'est en rapport avec le thème choisi. Mais faut-il vraiment y rester bloqué pendant près de 200 pages? Le style manque de finesse, les mots perdent leur poids et le dégout, à force de répétition, se transforme en lassitude. Quel soulagement alors d'ouvrir le dernier chapitre dans lequel enfin on quitte le style visqueux pour une langue précise et nette, et qui exprime tellement plus.
Je reste perplexe et vaguement inquiète : pourriture, bave et sperme – est-ce là vraiment tout ce que la littérature française a à offrir ? Notre société a-t-elle l'âge mental d'un enfant de cinq ans, fasciné par tout ce qui le dégoute ? 
Au final, le roman de Ferrari en soi me dérange moins que le fait qu'on lui ait attribué le Goncourt. Il me semble qu'un écrivain n'est pas seulement un habile conteur d'histoires mais aussi un artiste de la langue, quelqu'un qui fait de la musique et de la peinture avec les mots. Et c'est là une qualité que je retrouve de moins en moins dans la littérature actuelle. 

lundi 14 janvier 2013

Im Bett zusammen lesen

(Ce blog revit, c'est fou!)
Le dernier recueil de poèmes de Thomas Kunst (souvenez-vous de ce poème que j'aime tant) dans les mains. Le même papier élégant que celui des Éditions Actes Sud, une odeur de colle subtile, presque fruitée et surtout le rythme des vers, cette musique de va et vient têtu et monotone comme le clapotis des vagues:

Gehe heute Nacht bitte nicht mehr zurück
In deine Wohnung, du kannst auch gern in
Deiner Lieblingstasse schlafen, die neben
Meiner Lieblingstasse steht, wir spielen
Vorher Stadt Land Name Tier Gewässer und
Vernichten die Zettel gleich wieder, wenn
Die Ergebnisse zu eng zusammenliegen,
Nonnenfalter, Niersteiner See, wir steigen
Nach dem Match in voller Montur über die
Beiden Henkel tief in unsere Tassen
Runter, in deinem Bett war gestern Tee
Für deine Atemwege, am nächsten
Morgen, bevor du dann in deinem Wagen
Davonschneist, gehst du zum letzten
Mal bei den vier Papiertonnen in meinem
Hinterhof vorbei und schmeißt unsere klein-
Gefetzten, gereizten, von Schnee und
Licht noch einmal richtig aufgeheizten
Spielberichte in die Tonne, die
Dir von innen jetzt am wenigsten
Entgegenkommt, es gibt gar keine
Nonnenfalter im Niersteiner See.

Thomas Kunst, Legende vom Abholen, Berlin: Edition Rugerup, 2011, p. 76.

samedi 12 janvier 2013

Die Welt von Gestern: Erinnerungen eines Europäers (Stefan Zweig)

Fischer Taschenbuch Verlag, 512 pages


Quatrième de couverture:

Erinnerungen an die Welt von Gestern – an die bürgerliche Welt, die in zwei Weltkriegen unterging. Erinnerungen an das alte Wien, und an ein unstetes Leben: Europa auf der Flucht vor sich selbst. Stefan Zweigs Lebensgeschichte und zugleich die seiner Generation. 


Mon avis:

Un livre lu durant les deux jours passés dans le train entre l'Autriche et la Suisse, dans une urgence fiévreuse dont Zweig lui-même me livre l'explication lorsqu'il s'interroge sur les raisons du succès que rencontrent ses romans: il est, écrit-il, un lecteur impatient. Seuls les textes qui tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne lui procurent une satisfaction parfaite. Impatience qui n'épargne d'ailleurs même pas les grands classiques de la littérature, ainsi qu'il a l'honnêteté de l'admettre.*
Dans ce récit autobiographique rédigé dans l'exil brésilien entre 1939 et 1941, Zweig dresse un portrait critique et très juste de l'Europe du tournant du siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Portrait d'une société bourgeoise au bord du gouffre, d'une jeunesse nouvelle qui rejette en bloc tout ce qui s'apparente de près ou de loin à la tradition, portrait également d'un artiste profondément cosmopolite, qui cherche son rôle dans une Europe qui dresse ses peuples les uns contre les autres au nom d'un nationalisme artificiel. 
Le texte s'ouvre sur l'Europe d'avant-guerre, lente et majestueuse comme un roi patriarcal, dans l'illusion d'une sécurité inébranlable. L'Europe des hommes respectables et barbus, et qui fait rimer sagesse avec vieillesse. Zweig raconte ses années de Bohème, Berlin, Paris, Londres, Bruxelles, les amitiés nouées avec Rolland et Verhaeren. Et cette nuit de l'été 1914, dans le dernier train de nuit qui circule entre la Belgique et l'Autriche, à bord duquel Zweig figure les premiers témoins de la violation de la neutralité belge par les troupes allemandes en vertu du plan Schlieffen. Il relate sa correspondance passionnée avec Rolland et les articles publiés depuis l'exil suisse, le retour dans une Autriche dévastée et la famille impériale bannie, croisée à la frontière autrichienne. Zweig formule une analyse très pertinente sur les changements qui s'opèrent dans la société. Après avoir narré l'Europe à barbe blanche, il décrit une Europe nouvelle, jeune et imberbe, et suit avec effroi la montée des extrêmes avant de fuir les uniformes marrons en émigrant au Brésil.
Je vous livre ici un passage sur l'Europe de l'entre-deux-guerre qui m'éblouit par la justesse de son analyse. (Désolée, c'est en allemand, je ne me sens pas le courage de traduire.)

 (…) innerlich vollzog sich eine ungeheure Revolution in diesen ersten Nachkriegsjahre. Etwas war mit den Armeen zerschlagen worden : der Glaube an die Unfehlbarkeit der Autoritäten, zu dem man unsere Jugend so überdemütig erzogen. Aber hätten die Deutschen ihren Kaiser weiter bewundern sollen, der geschworen hatte zu kämpfen "bis zum letzten Hauch von Mann und Roß" und bei Nacht und Nebel über die Grenze geflüchtet war, oder ihre Heerführer, ihre Politiker oder die Dichter, die unablässig Krieg auf Sieg und Not auf Tod gereimt? Grauenhaft wurde erst jetzt, da der Pulverkampf sich über dem Land verzog, die Verwüstung sichtbar, die der Krieg hervorgerufen. Wie sollte ein Sittengebot noch als heilig gelten, das vier Jahre lang Mord und Raub unter dem Namen Heldentum und Requisition verstattet? (…) So weit sie wache Augen hatte, sah die Welt, daß sie betrogen worden war. (…) Was Wunder, wenn da eine ganze junge Generation erbittert und verachtungsvoll auf ihre Väter blickte, die sie sich erst den Sieg hatten nehmen lassen wollen und dann den Frieden? (…) War es nicht verständlich, wenn jedwede Form des Respekts verschwand bei dem neuen Geschlecht? Eine ganz neue Jugend glaubt nicht mehr den Eltern, den Politikern, den Lehrern; jede Verordnung, jede Proklamation des Staates wurde mit misstrauischem Blick gelesen. Mit einem Ruck emanzipierte sich die Nachkriegsgeneration brutal von allem bisher Gültigen und wandte jedweder Tradition den Rücken zu, entschlossen, ihr Schicksal selbst in die Hand zu nehmen, weg von alten Vergangenheiten und mit einem Schwung in die Zukunft. Eine vollkommen neue Welt, eine ganz andere Ordnung sollte auf jedem Gebiete des Lebens mit ihr beginnen; und selbstverständlich begann alles mit wilden Übertreibungen. Wer oder was nicht gleichaltrig war, galt als erledigt. Statt wie vordem mit ihren Eltern zu reisen, zogen elfjährige, zwölfjährige Kindern in organisierten und sexuell gründlich instruierten Scharen als „Wandervögel“ durch das Land bis nach Italien und die Nordsee. In den Schulen wurden nach russischem Vorbild Schülerräte eingesetzt, welche die Lehrer überwachten, der "Lehrplan" umgestoßen, denn die Kinder sollten und wollten bloß lernen, was ihnen gefiel. Gegen jede gültige Form wurde aus bloßer Lust an der Revolte revoltiert, sogar gegen den Wille der Natur, gegen die ewige Polarität der Geschlechter. Die Mädchen ließen sich die Haare schneiden, und zwar so kurz, daß man sie in ihren "Bubiköpfen" von Burschen nicht unterscheiden konnte, die jungen Männer wiederum rasierten sich die Bärte, um Mädchenhafter zu erscheinen, Homosexualität und Lesbierinnentum wurden nicht nur aus innerem Trieb, sondern als Protest gegen die althergemachten, die legalen, die normalen Liebesformen große Mode. Jede Ausdrucksform des Daseins bemühte sich, radikal und revolutionär aufzutrumpfen, selbstverständlich auch die Kunst. Die neue Malerei erklärte alles, was Rembrandt, Holbein und Velasquez geschaffen, für abgetan und begann die wildesten kubistischen und surrealistischen Experimente. Überall wurde das verständliche Element verfemt, die Melodie in der Musik, die Ähnlichkeit im Portrait, die Faßlichkeit in der Sprache. Die Artikel "der, die das" wurden ausgeschaltet, der Satzbau auf den Kopf gestellt, man schrieb "steil" und "keß" im Telegrammstil, mit hitzigen Interjektionen, außerdem wurde jede Literatur, die nicht aktivistisch war, das heißt, nicht politisch theoretisierte, auf den Müllhaufen geworfen. Die Musik suchte starrsinnig eine neue Tonalität und spaltete die Takte, die Architektur dreht die Häuser von innen nach außen, im Tanz verschwand der Walzer vor kubanischen und negroiden Figuren, die Mode erfand mit starker Betonung der Nacktheit immer andere Absurditäten, im Theater spielte man „Hamlet“ im Frack und versuchte explosive Dramatik. Auf allen Gebieten begann eine Epoche wildesten Experimentierens, die alles Gewesene, Gewordene, Geleistete mit einem einzigen hitzigen Sprung überholen wollte; je jünger einer war, je weniger er gelernt hatte, desto willkommener war er durch seine Unverbundenheit mit jeder Tradition – endlich tobte sich die große Rache der Jugend gegen unsere Elternwelt triumphierend aus. (…) Biedere, brave, graubärtige Akademieprofessoren übermalten ihre einstigen, jetzt unverkäuflich gewordenen „Stilleben“ mit symbolischen Würfeln und Kuben, weil die jungen Direktoren (überall suchte man jetzt Junge und besser noch: Jüngste) alle andern Bilder als zu "klassizistisch" aus den Galerien räumten und ins Depot stellten. (…) Überall lief das Alter verstört der letzten Mode nach; es gab plötzlich nur den einen Ehrgeiz, "jung" zu sein und hinter der gestern noch aktuellen eine noch aktuellere, noch radikalere und noch nie dagewesene Richtung prompt zu erfinden.
Welch eine wilde, anarchische, unwahrscheinliche Zeit, jene Jahre, da mit dem schwindenden Wert des Geldes alle andern Werte in Österreich und Deutschland ins Rutschen kamen! Eine Epoche begeisterter Ekstase und wüster Schwindelei, eine einmalige Mischung von Ungeduld und Fanatismus.
Zweig, Die Welt von Gestern, Frankfurt a/M: Fischer Taschenbuch Verlag, 2012, p. 339-343.


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*Letzten Endes glaube ich, stammt er [der unvermuteter Erfolg] von einer persönlichen Untugend her, nämlich daß ich ein ungeduldiger und temperamentvoller Leser bin. Jede Weitschweifigkeit, alles Schwelgerische und Vage-Schwärmerische, alles Undeutliche und Unklare, alles überflüssige-Retardierende in einem Roman, einer Biographie, einer geistigen Auseinandersetzung irritiert mich. Nur ein Buch, das ständig, Blatt für Blatt, die Höhe hält und bis zur letzten Seite in einem Zuge atemlos mitreißt, gibt mir einen vollkommenen Genuß. (...) Selbst bei den berühmtesten klassischen Meisterwerke stören mich die vielen sandigen und schleppenden Stellen (...). 
Zweig, Die Welt von Gestern, Frankfurt a/M: Fischer Taschenbuch Verlag, 2012, p. 363.


mardi 25 décembre 2012

Fool of Franui, heast Oida!*

* "heast Oida": autrichien pour "tu vois ou bien, j'entends!"

Aujourd'hui je fais de l'importation de culture. Parce que l'Autriche, c'est pas que Mozart, Sissi et les Schnitzel, mais c'est aussi Franui (ouf! parce que Mozart était un gros mal élevé, Sissi a l'air d'une potiche et je suis végétarienne)
Franui est un groupe de musiciens du Tyrol de l'ouest, à la frontière italienne. Je vous laisse avec un mini-reportage créé par leur label col legno (label le plus cool au monde, ex-aequo avec harmonia mundi). C'est sous-titré anglais, pas besoin d'être natif de Innervillgraten pour suivre.



Le principe Franui, si je peux le formuler comme ça, c'est d'abord une couleur sonore caractéristique, sorte de combinaison entre des instruments de la tradition populaire alpine (tympanon, cithare), klezmer/Europe centrale (clarinette, violon, tuba), jazz (trompette, saxophone) et sud-américain (guitare, harpe, bandonéon), et le soucis de "raconter" la musique. Le groupe n'hésite pas à introduire -en dialecte tyrolien incompréhensible et avec beaucoup d'humour- les morceaux ou à collaborer avec des comédiens pour libérer la musique du corset rigide des salles de concerts.
Franui s'est d'abord attaqué au Lied - Schubert, Brahms, Mahler. Oui, rien que ça. Les Lieder sont dépoussiérés et intelligemment assaisonnés avec un peu de Brass Band et de tango argentin, quelques zestes klezmer et une poignée de musique traditionnelle tyrolienne. Je vous propose de cliquer ici pour écouter ce qu'il en font.

Je vous propose pour commencer des extraits de leur enregistrement Brahms Volkslieder, présentés au Bregenzer Festspiele en 2008:


Et puis enfin leur tout dernier projet, Fool of Love, une mise en musique de 16 sonnets de Shakespeare, en collaboration avec le chanteur Karsten Riedel:

 

Et comme le CD est trobien et qu'il tourne en boucle dans ton lecteur, tu finis par connaître les paroles par coeur; 16 sonnets de Shakespeare en anglais élisabéthain que tu peux citer comme ça, paf! c'est quand-même trop la classe, hein, j'entends!

mercredi 19 décembre 2012

Isabelle Faust ou la Belle au bois dormant

Ce blog n'a encore jamais parlé d'Isabelle Faust. (C'est grave.)
J'ai donc choisi de vous présenter un enregistrement paru chez Harmonia Mundi, le label le plus esthétique que je connaisse - je sais, on s'en fiche, un CD, ça s'écoute (mais le klariscope vous prouvera que ce n'est pas tout à fait vrai et que le grand méchant loup du marketing est partout).
Donc Isabelle Faust. En deux temps, trois mouvements: 

Isabelle Faust naît en 1972 à Esslingen, en Allemagne. Elle commence le violon à l''âge de 5 ans, fonde un quatuor à l'âge de 11 ans et obtient le premier prix au concours Leopold-Mozart à l'âge de 15 ans. (Plan quinquennal, bonjour.) Son répertoire s'étend de Bach à Ligeti. Son intégrale des sonates de Beethoven avec le pianiste Melnikov ainsi que l'enregistrement des concertos de Berg et Beethoven sous la direction de Claudio Abbado ont été salués par un Diapason d'Or et un Gramophone award, un Diapason d'Or lui a également été décerné pour ses sonates et partitas pour violon seul (vol. I) de Bach.
Et puis elle joue le Stradivarius de 1704 "La Belle au bois dormant". (Le titre de l'article fait donc référence au violon de Faust et pas à mon activité sur ce blog.)

Label: Harmonia Mundi
Date de parution: 17.02.2012
Durée totale: 68'58

Berg | Beethoven: Violin Concertos, Isabelle Faust, Orchestra Mozart, Claudio Abbado

En choisissant de réunir le concerto de Berg et celui de Beethoven sur un CD, Abbado et Faust annoncent d'emblée que l'enregistrement mise avant tout sur le contraste. Le caractère sombre et introverti du sérialisme de Berg s'oppose s'oppose au Ré majeur lumineux de Beethoven, les pensées morbides de l'un –encore très "esprit Fin de siècle"– tranchent avec la joie communicative de l'autre. 

Le violon de Faust flotte, fragile et diaphane comme une jeune fille pâle. Comme Manon Gropius, la fille d'Alma Mahler et Walter Gropius, décédée à l'âge de 18 ans et à qui Alban Berg dédie son "Concerto à la mémoire d'un ange". Au dessous, un orchestre qui semble détraqué, qui sonne creux comme une trahison, quand il n'est pas déchiré par des sons très bruts (au tuba notamment) qui évoquent les pulsions primitives de la terre, l'aspect organique de la mort et de la décomposition. Un jeu très sombre qui marque bien l'immense espace qui sépare le violon solo de l'orchestre, sans toute fois perdre une certaine cohérence de l'oeuvre.

Beethoven s'ouvre sur la sonorité très feutrée des quatre coups de timbale et de grandes respirations qui contribuent à donner à la pièce un caractère très frais et spontané. Faust s'insère dans cet orchestre de velours avec son violon qui reste chaleureux jusque dans les aigus les plus extrêmes. C'est déjà un plaisir en soi que de se laisser porter par la douceur des aigus. Pourtant Faust va bien plus loin, elle suit Abbado dans sa quête de fraicheur et se permet quelques subtils rubato qui donnent au concerto un rendu très naturel. L'auditeur a l'impression que les musiciens inventent le concerto au fur et à mesure qu'ils le joue. La technique brillante de Faust lui permet chanter ses mesures apparemment sans effort et de dévoiler un jeu tout en délicates nuances et subtiles retenues. 

Si chacun de ces concertos reçoit une interprétation très réussie, c'est surtout réunies que ces deux pages dévoilent tous leurs parfums. Le malaise résigné du concerto de Berg s'associant par opposition au naturel gai et insouciant de celui de Beethoven.

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Autres critiques:
Res Musica
Klassik.com (en allemand)

jeudi 5 janvier 2012

Mon problème avec Jean-Pierre Léaud

François Truffaut & Jean-Pierre Léaud dans
Les Deux Anglaises et le Continent, 1971
S'il y a une chose que j'apprécie tout particulièrement dans les vacances de Noël, c'est le fait de retrouver les piles de DVDs chez mes parents. Souvent je me fais une liste de films que j'aimerais revoir, de réalisateurs que je voudrais mieux connaître et une fois de retour, je pioche dans ce qui me fait envie. Cette année, j'ai laissé l'énorme coffret de Bergman de côté pour me tourner vers le cinéma français. Pour les soirs avec ma voisine c'était Sacha Guitry, parfois un Fernandel, pour les après-midi pluvieuses la Nouvelle Vague. Sur ma liste il y avait A bout de souffle à regarder absolument et Bonjour tristesse. Je voulais aussi du Truffaut, parce qu'il y a cette chanson de Vincent Delerm où Jean-Pierre Léaud répète face au miroir Antoine Doinel! Antoine Doinel! Antoine Doinel! qui m'a donné envie de regarder à nouveau ce cycle de Truffaut. Mais hier soir, comme je n'arrivais pas à me décider quel film de la saga je voulais regarder, j'ai opté pour Truffaut-Léaud sans Doinel: Les deux Anglais et le Continent
C'est un film superbe, je crois que les deux soeurs Brown incarnent à elles deux toutes les femmes à la fois, c'est hallucinant de beauté et d'intensité. Et puis il y a Jean-Pierre Léaud qui m'exaspère parce que je trouve qu'il joue mal. Comme toujours. On dirait qu'il récite un texte appris par-coeur et qu'il effectue docilement les gestes et les intonations qu'on lui demande de faire. On sait par avance quel geste il fera parce qu'on peut le voir se dire intérieurement "là je devrai être surpris". Comme un enfant. De l'appris par-coeur, pas de ressenti.
Et puis il y a Jean-Pierre Léaud qui incarne ce garçon maladroit qui ne sait pas ce qu'il attend de lui-même et des autres, qui joue à merveille cet homme un peu paumé, intelligent mais gauche, qui a besoin que les femmes qu'il croyait dominer lui montrent ce qu'il veut et qui il est. 
Je ne sais pas quoi penser de lui, c'est toujours pareil, la première moitié du film il m'exaspère et la seconde moitié il m'émeut.