mardi 20 juillet 2010

VFCO, Tákacs-Nagy, Argerich, Guerrier et Gringolts, de Haydn à Shchedrin

Ce blog est décidément dans un état léthargique. Pourtant ma vie en ce moment est loin de l'être, puisque j'ai enfin réussi à me glisser dans le staff du Festival de Verbier, et que je suis donc débordée de concerts à écouter. Par exemple: faut-il aller écouter Berlioz , l'ouverture Le Corsaire, Le concerto pour violon et orchestre n°2 de Bartók et Don Quichotte de Strauss (Dutoit, Kavakos, Bashmet et Maisky) ou Lugansky, avec Chopin et le 2ème sonate de Rachmaninov? Est-ce que je pourrais écouter Berlioz et Bartók, et courir à l'autre concert pour entendre Rachmaninov?

Mais parlons un peu de ce que j'ai vu. Rien de moins que la grande Martha, et je suis encore presque stupéfaite d'avoir réussi à l'entendre en live, accompagnée du Verbier Festival Chamber Orchestra et de l'excellent (et beau!) trompettiste David Guerrier, sous la direction du chef hongrois Gábor Tákacs-Nagy, avec qui la pianiste avait déjà collaboré lors du Verbier Festival 2009, pour le concerto pour piano N°2 de Beethoven. A voir, le succès fou de ce concert les a poussé à renouveler l'expérience. J'en suis ravie: le concerto pour piano et trompette n°1 de Shostakovich était brillant de technique, vivacité et finesse. Martha Argerich ne montre pas beaucoup ses émotions, en revanche elle les canalise dans ses doigts qui volent avec une agilité surprenante, et une puissance par moment presque animale. Argerich est cette femme qui semble jouer tout avec amusement, détachement, comme si la partition était un jeu avec l'orchestre et le chef, elle a cette approche riante également pour ce concerto, ce qui colle bien avec la musique de Shostakovich, riante à l'excès, virant dans des rythme durs et obstinés de révolte lorsque le rire n'est plus possible, passages joués avec une intensité qui donne les frissons. Mais ne parlons pas que de Martha - le trompettiste surprend lui aussi avec une palette de son très large et un son d'une douceur qui n'est pas sans rappeler celle du cor, il saute du son brillant typique à son instrument à quelque chose de beaucoup plus voilé et intime, une précision d'attaque et la capacité de se marier avec la sonorité du piano, chose difficile de part les caractéristiques très différentes de ces instruments.

Quant à Gábor Tákacs-Nagy, il est comme toujours souriant, vif, rebondissant, avec beaucoup d'intensité dans le regard, il est quelqu'un qui, comme Bernstein, dirige avant tout avec le visage.


La symphonie en Ut Majeur N°97 de Haydn souffre malheureusement quelque peu de l'orage qui avait décidé de lancer ses grêlons sur la tente à ce moment précis. (merci.), mais on peut deviner que les passages doux était aussi bien jouer que les grands traits, quelques fautes de démarrages dans le premier mouvement, mais dès le second, le Verbier Festival Chamber Orchestra (re)trouve son unité et joue avec une énergie que Tákacs-Nagy doit parfois un peu tempérer.

En seconde partie, le concerto parlando pour violon et trompette et orchestre à cordes de Rodion Shchedrin, compositeur que j'apprécie beaucoup (j'avais ce soir-là une carte à son nom, à côté de lui (vive la coloc qui distribue les tickets aux VIP!)(qui bien souvent ne viennent pas). Concerto dans lequel Shchedrin joue avec des sonorités inattendues issues de l'union entre la trompette (toujours Guerrier) et le violon (Ilya Gringolts). Je retiendrai un très beau passage dans lequel l'orchestre et le violon se fondent et ressortent à tour de rôle - et le sourire du compositeur.

En finale, la première symphonie de Bizet, entendue ce printemps à Vienne, avec un orchestre très connu (Gewandhaus Leipzig? je ne me souviens plus). Le dernier mouvement, sorte de tarentelle, brouhaha que le chef d'orchestre à Vienne tentait vainement d'organiser un peu était joué ici avec une précision époustouflante. Lorsque l'on pense que cet orchestre du Festival de Verbier joue presque chaque soir un programme différent, on peut les applaudir très fort et huer l'orchestre de ce printemps, qui faisait une tournée avec cette symphonie sans se prendre la peine de la travailler vraiment.

Premier concert à Verbier, j'en redemande!

lundi 21 juin 2010

Tannhäuser

J'avais prévu d'écrire ce post en allemand pour faire taire les mauvaises langues qui se plaignent d'être lésées parce que tous mes blogs sont rédigés en français. Mais du coup, mes lecteurs francophones risqueraient de crier à l'injustice. Dilemme. Éventuellement, un jour où je serais super-motivée, par exemple un jour d'été pluvieux, glacial, après avoir tenté d'exposer un opéra en allemand à neuf heures trente du matin, devant une peluche et une coloc' qui sait déjà tout et rigole sous cape, par exemple aujourd'hui, je ferai une version allemande de ce carnet (version que je tiendrai trois articles et demi, mais bon, hein).
Hier soir, après un mois (!) je suis retournée à la Staatsoper pour Tannhäuser. Avec ma coloc'.


Tannhäuser
Richard Wagner
Wiener Staatsoper
20.06.2010, 18:00

Dirigent: Franz Welser-Möst
Inszenierung: Claus Guth
Tannhäuser: Johan Botha
Wolfram: Christian Gerhaher
Hermann: Ain Anger
Elisabeth: Anja Kampe
Venus: Michaela Schuster

Pour cette production de Tannhäuser, la Staatsoper a recouru au metteur en scène Claus Guth pour ouvrir de nouvelles perspectives. L'accueil du public était, lors de la première, plutôt mitigé, mais lors de cette seconde représentation unanimement applaudie. Claus Guth ne propose pas une réforme totale de la mise en scène, il se borne à transposer l'action au XIXe siècle, en adaptant quelques paramètres pour rendre cette "actualisation" plausible. Le choeur des pèlerins devient un choeur de malades mentaux, et Tannhäuser est en réalité possédé, semble scizophrène aussi, et guérit finalement de ses troubles.
La première scène se passe devant et dans un miroir, solution astucieuse pour thématiser la montagne de Vénus. Tannhäuser quitte pour ainsi dire le miroir de ses hallucinations et tente un retour à la normalité. Nous nous trouvons dans une grande salle toute de marbre et de lustres, dans laquelle aura lieu le concours de chant dont le vainqueur gagnera la belle et vertueuse Elisabeth, fille de Hermann. Les concurrents apprennent que Tannhäuser a été victimes d'halucinations, qu'il souffres de troubles mentaux et ce dernier se voit chassé. Il est alors interné dans un hôpital psychiatrique, dans lequel il semble mourir. Elisabeth allume un cierge et se sacrifie pour lui en avalant à pleine mains les médicaments destinés au malade. Entre Wolfram, qui assiste à la mort d'Elisabeth, qu'il aimait en secret. Celui-ci quitte la pièce pour entrer dans la chapelle et songe à se donner la mort, cachant le crucifix sous un banc pour se dérober aux yeux de Dieu. Au moment où il s'apprête à se tuer, Tannhäuser fait irruption sur scène. Il cherche la montagne de Vénus. Wolfram doit apprendre qu'il n'a pas su être guéri et cherche à se protéger contre la folie de Tannhäuser en brandissant le crucifix. Le choeur des internés chante alors la rédemption grâce à Elisabeth, ce qui guérit Tannhäuser de sa folie.
Claus Guth apporte une approche intéressante à l'histoire, mais garde des incohérences au niveau du texte et des actions, notamment le concours de chant, qui n'entre pas dans le côté très froidement réaliste, un peu à la Wozzeck, de la mise en scène.
Musicalement, les chanteurs dans l'ensemble étaient excellents, sinon Botha, que l'on apprécie normalement comme l'un des meilleurs chanteurs de la Staatsoper, et qui a chanté excessivement mal comparé à ce qu'il offre d'habitude. Comme l'a déjà remarqué Laura, la découverte de cet production est sans conteste la voix de Christian Gerhaher. Claire et précise, moins imposante que celle de Botha (la différence du tour de taille?) mais plus fraiche, c'est la voix parfaite du "Jüngling" pur et bon, que l'on aime immédiatement. Il chante sans prétention mais avec un soucis du son et une diction très soignée, et lors des moments d'émotion plus intense, il sait aussi donner plus de puissance et peut alors se mesurer au grand Botha.
L'orchestre, sous la baguette de Welser-Möst, chouchou du public et de la politique de la Staatsoper, a montré une fougue quasi juvénile et une très grande générosité du son, qui était indiscutablement à son apogée lors des grands chants chorals finaux. Peut-être quelques imprécisions rythmiques dans les violoncelles et dans les cuivres parfois.
Dans l'ensemble, comme tous les opéras de Wagner jusqu'ici, une production de haut niveau, dans laquelle on sent le travail qu'il y a eu derrière (contrairement à Tosca ou à la Traviata).

mardi 15 juin 2010

Oblomov (Ivan Goncharov)

Entre les discussions interminables devant l'institut de musicologie, les folies avec ma nouvelle colocataire, les pulsions culinaires, les exposés et le travail jusqu'au petit matin, le temps pour lire s'est réduit à un minimum déjà presque plus vital. D'autant plus que depuis que je vis à Vienne, j'ai troqué mes trois heures de train quotidiennes durant lesquelles j'avalais volontiers une bonne cinquantaine de pages contre dix minutes de bicyclette.
Je doute avoir dépassé les 10 romans lus depuis janvier. Mais au moins, que de bonnes lectures!
Parmi elles, Oblomov, roman que je me réjouissais de lire depuis longtemps, jamais trouvé en librairie jusqu'à ce jour de fin d'hiver où je l'ai découvert dans un bac de livres au rabais. Deux euros pour mon Ilya Ilich!


penguin classics, 496 pages


Quatrième de couverture:

The sly, subversive side of the nineteenth-century Russian literary character -- the one which represents such a contrast to the titanic exertions of Tolstoy and Dostoevsky -- was most fully realized in Ivan Goncharov's 1859 masterpiece, OBLOMOV. This magnificent farce about a gentleman who spends the better part of his life in bed is a reminder of the extent to which humor, in the hands of a comic genius, can be used to explore the absurdities and injustices of a social order.

Mon avis: *****
Je m'attendais à beaucoup, j'ai même encore été surprise en bien. L'histoire est d'une grande finesse, les caractères analysés et décrits avec un soin méticuleux propre à la littérature russe. Oblomov, c'est ce jeune homme doux et intelligent, avachi sur son sofa. Oblomov, c'est ce révolutionnaire du dimanche. Rien ne résiste à sa paresse, toutes les excuses sont bonnes pour repousser le moment où il faudra, d'un geste adroit, glisser les deux pieds simultanément dans les pantoufles. Ivan Goncharov (1812-1891) publie son roman en 1859, et celui-ci jouit immédiatement d'une grande popularité. Oblomov incarne cet aristocrate oisif, tombé dans l'apathie la plus totale, facile à duper en raison de sa paresse. Être ou ne pas être- Oblomov répond non, et seule Olga réussira à le faire douter un peu de cette réponse, sans toutefois parvenir à l'ébranler totalement. La popularité de ce récit est telle que l'on emploie en Russie le terme que l'ami Andrey Stolz invente pour décrire et insulter Ilya Ilich Oblomov: Oblomoverie, en russe Обломовщина (Oblomovshchina), désignant une personne dans un état de profonde inertie, proche du personnage de Goncharov. Un récit qui interpelle, qui dénonce la part d'oblomoverie qui sommeille en chacun de nous, un récit qui oeuvre comme l'ami fidèle, l'allemand Stolz, qui vient réveiller Oblomov: c'est maintenant ou jamais.

samedi 30 janvier 2010

Confessions d'un bourgeois (Sándor Márai)

Intersemestre, nouveau job (à l'opéra!) et donc relative sécurité financière, coloc' gone partying et B. en quarantaine avec sa grippe, tous les astres coïncident pour que je revienne peupler de quelques mots cet espace laissé longtemps à lui-même. Avec une critique d'un livre merveilleux que j'ai malheureusement dû me résoudre à terminer hier soir, grelottant dans mon lit sous la lumière cinglante du plafonnier. J'ai acheté une table de nuit et une lampe de chevet ce matin, et puis j'ai commencé les Trois Mousquetaires. (Mais je ne crois pas que je les terminerai aujourd'hui.)

livre de poche, 571 pages


Quatrième de couverture:

Avec cette grande " histoire de famille " inspirée par la vie des siens, l'écrivain hongrois Sandor Marai (1900-1989) écrit sa Confession d'un enfant du siècle, tout à la fois itinéraire personnel et description subtile de la bourgeoisie hongroise au début du siècle. Marai, intellectuel, voyageur, journaliste à la Frankfurter Zeitung, fréquentant à son heure les cercles de Montparnasse, se souvient de ses ancêtres, riches artisans d'origine saxonne ou morave, des traditions et des idéaux qui ont peu à peu pétri un milieu épris de démocratie et de modernité avant que, à l'image des Buddenbrook de Thomas Mann, son accession au pouvoir et l'oubli de ses devoirs ne le condamnent au déclin. Mêlant mémoires et confessions, retraçant son propre parcours d'artiste, l'auteur de La Conversation de Bolzano et des Révoltés dit sa fidélité aux origines, évoque le bonheur d'une petite ville hongroise de province où cohabitent Hongrois, Allemands, Slovaques, Juifs, et qui prend rapidement la dimension du monde.



Mon avis: *****
Évidemment, j'ai adoré. Déjà rien que le terme "bourgeois", carrément dans le titre. Et puis la période, le XXe siècle naissant. Et l'exotisme de l'auteur - je n'avais encore jamais touché à la littérature hongroise. Sándor Márai nous raconte son enfance entre Kassa et Budapest, dépeint les mœurs de sa ville natale, relate sa vie de bohème à travers l'Europe d'abord, puis le monde. Il y a les femmes qu'il rencontre et qu'il oublie ensuite, les années parisiennes dans l'entre-deux-guerres, les commérages à Pest et les écrivains qui hantent les cafés de Buda. Les souvenirs de grandes vacances à la campagne, la naissance d'une vocation, celle de journaliste, celle d'écrivain. Et cette extraordinaire solitude qui se colle à ses pas.
C'est très bien écrit, cela révèle - Sándor Márai écrivain n'a pas perdu pour autant sa fibre journalistique - des pans entiers d'Histoire, observée sous un tout autre angle, et l'on se retrouve dans son introspection très subtile. Du moins je m'y retrouve!

mercredi 16 septembre 2009

Melnitz (Charles Lewinsky)

Da bin ich wieder, habe eben noch einen kleinen starken Kaffee getrunken um nicht sofort schlafen gehen zu müssen - ich habe heute nachmittag ein neues Buch gekauft, Literatur Nobelpreis Le Clézio.


dtv, 784 Seiten


Klappentext:


Eine jüdische Familienchronik vor dem Hintergrund der Schweizer Geschichte in den Jahren 1871 bis 1945.


Meine Meinung: *****
Seit ich Dürenmatt im Gymnasium gelesen hatte, und das ist jetzt immerhin schon über vier Jahre her, war mir nichts mehr interessantes aus der Schweiz in die Hände geraten. Dieses Buch wurde in der Westschweizer Zeitung Le Temps vorgestellt samt (schweizer) Autor. Familienroman. Judentum - Her damit! Wo ich es gekauft habe, hatte ich gerade Kafkas Tagebücher und Hesses Steppenwolf gelesen und brauchte dringen eine etwas leichtere Lektüre. Wieder mal so was Buddenbrooksartiges, dick, mit vielen Leuten in denen man sich verlieben kann.
Charles Lewinsky hat hier einen gelungenen Roman geschrieben, der sich immer zwischen heiteren Humor und trauriger Resignation bewegt. Die jüdische Kultur, wird liebevoll durch die Figuren, jiddische Ausdrücke und kleine Bemerkungen zwischendurch geschildert.
Die Erzählung verläuft so zu sagen zyklisch, beginnt und endet mit demselben Satz. Immer wenn er sgestorben, kam er wieder zurück. Sie ist eine Geschichte der Schweizer Juden in der Schweiz, die durch die Chronik der Familie Meijer dargestellt wird und umfasst das kurze Katastrophen Jahrhundert, vom Ende des Franco-Preussischen Krieg, 1871 bis zum Ende des zweiten Weltkrieges 1945. Dabei versuchen die Charaktere leicht und fröhlich durch das Leben zu wandern, doch immer wieder taucht Onkel Melnitz auf, der uralte Jude, den niemand sehen will, träger der Verfolgungsgeschichte, Gedächtnis aller tragischen Schicksale ermordeten Juden, der ein jeden wieder einprägt, dass sie nie in Sicherheit sein werden, und dass es leider nichts hilft, wenn sie ihre inner Stimme überhören.
Es liest sich schnell, man öffnet das Buch und kriegt es nur schwer wieder zu!

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Eine andere Kritik auf dem Literaturblog.

lundi 7 septembre 2009

La mort du roi Tsongor (Laurent Gaudé)

J'ai fait un excès de zèle ce matin. Je me suis levée à 5h30 parce que je voulais faire plein de choses et que je voulais avoir le temps de les faire. J'ai manifestement oublié que j'étais encore en vacances. Résultat, à 10h j'avais terminé toutes ces choses ultra-importantes, et maintenant, il faut bien que je m'occupe.
J'avais été prise dans les mailles d'un filet de lecture, il y a quelques mois. Une carte avec deux adresses, la première à qui envoyer un livre, la seconde à copié sur six nouvelles cartes sur lesquelles ont aura ajouté sa propre adresse, que l'on enverra à six amis lecteurs, qui feront de même. Au final, tu as donc perdu un livre et gagné 36 nouveaux. Théoriquement. Pratiquement, (et heureusement aussi) je n'ai reçu qu'un seul livre, dont voici ma critique:


livre de poche, 219 pages


Quatrième de couverture:

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint ; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré -et aussi le haïssable -roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l'insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s'accomplir, de quelque manière, l'apprentissage de la honte.


Mon avis: ***
La Mort du roi Tsongor est un récit initiatique qui rappelle les tragédies classiques. Nous nous trouvons dans une Afrique primitive, belle, fière et sauvage. Dans son royaume fastueux, conquis par le feu et le sang, le roi Tsongor s'apprête à marier sa fille unique, Samilia, à un riche et jeune prince. Mais ce bonheur ne tient qu'à un fil. Il y aura Katabolonga, le fidèle sujet, qui doit tuer le roi pour venger son peuple massacré. Il y aura Sango Kerim, l'ami d'enfance et fiancé secret de Samilia, revenu réclamer son dû. Avec la mort du roi Tsongor, ce sera une guerre impitoyable entre les deux rivaux de force égale. Tous les enfants du roi Tsongor périront, tous, sauf la belle Samilia et le cadet, Souba, envoyé par son père pour lui construire sept tombeaux disséminés sur l'immense royaume.
Le récit est très brutal, bestial même, des chairs déchiquetées, des corps brûlés, des visages en bouillie. L'idée en soit est intéressante - le salut par le don de soi - mais l'importance attachée à la description obsessionnelle du carnage entre les deux prétendants est à mon sens démesurée. Il me semble qu'il aurait été plus intéressant d'analyser davantage les personnages de Samilia, Souba et Katabolonga, car au final, on referme le livre en ayant l'impression d'avoir lu un livre de guerre, et que le récit initiatique s'est déroulé furtivement dans les coulisses.

vendredi 28 août 2009

Der Steppenwolf (Hermann Hesse)


Suhrkamp, 229 Seiten


Klappentext:
Hier war meine Situation gezeichnet, die Situation des Bürgers, der Revolutionär werden möchte und den die Gewichte der alten Norm lähmen.
Peter Weiss


Meine Meinung: *****
Schon wieder einen Hesse-Roman, und schon wieder vieles nicht verstanden. Desto lieber ist mir das Buch, weil ich dann weiß - wie mit dem Glasperlenspiel - dass ich es immer wieder durchlesen kann und dass das, was ich am Anfang nicht verstanden habe, ganz langsam klar werden wird. Hesses Werk kann in vielen Richtungen angedeutet werden, sei es das Verhältnis des Künstlers/Forschers mit seiner bürgerlichen Umwelt oder das Verhängnis des Kleinbürgers, der zwar etwas Großes machen will, der jedoch von seinem drang nach finanziellem Wohlstand jedoch zurückgehalten wird. Mensch und Steppenwolf als eine Doppelfigur, die wir auch in uns selber finden können, und mit der wir uns auseinandersetzen müssen, wenn wir nicht von ihr regiert werden wollen. 

mercredi 19 août 2009

Tagebücher 1909-1912 (Franz Kafka)

Nun - jetzt wo ich Ferien und das Medikament gegen meine Heftigen Kopfschmerzen (eine rote Brille) habe , kann ich wieder frisch und munter lesen und Kommentare verfassen. Und es ist zur Zeit eh viel zu heiss, um auch nur einen einzigen Zeh in die Sonne zu wagen, also wird zu Hause geblieben, Kaffe und selbstgemachten ungezuckerten Eistee in unmegen hinuntergeschluckt, und auf der schattigen Terrasse gelesen, bis einem auch dort zu warm wird, so dass man sich dann auf das Bett legen muss, Augen zu und Bach hören. Oder auch vor entzücken auf die Entdeckung des Klavierquartetts in a-moll von Mahler den Mund nicht mehr zuzukriegen.


Fischer, 436 Seiten

Auszug:

3. I 12 Die Flammen, die auf der Gasse um einen Tiegel vor einem Neubau in den Formen von Farrenkräutern ringsherum aufwärtstrieben. * * * Der Umschwung den ein Gespräch nimmt, wenn zuerst ausführlich von Sorgen der innersten Existenz gesprochen wird und hierauf nicht gerade abbrechend aber natürlich auch nicht sich daraus entwickelnd zur Sprache kommt, wann und wo man einander zum nächstenmale sehen wird und welche Umstände hiebei in Betracht gezogen weden müssen. Endet dieses Gespräch auch noch mit einem Händedruck, so geht man mit dem augenblicklichen Glauben an ein reines und festes Gefüge unseres Lebens und mit Achtung davor auseinander.


Meine Meinung: *****
Die Tagebücher Kafkas in der Originalfassung bei Fischer erschienen, hatte ich in Paris gefunden, und anfang April angefangen, das eintauchen in Kafkas Welt, die, wie mann es aus seinen Romanen kennt, manchmal ziemlich skurril sein kann, war nicht einfach. Kafkas Tagebuch wurde auch ganz anders gestaltet, als die, die ich zuvor gelesen hatte, oder mein eigenes (das am 05 Juni 2008 seinen 10. Geburtstag gefeiert hat): Aufzeichnungen seiner Theaterbesuche, Beobachtungen anderer Leute, deren Gesten und Verhalten, literarische Bruchstücke, die 2, 5, 10 mal abgeändert werden, Selbstanalyse, usw.
Es ist hoch interessant diesem Autor sozusagen in den Kopf zu schlüpfen und mit zu erleben, wie er gedacht hat und wie er in seinem literarischem Schaffen funktionnierte.
Durchaus empfehlenswert, wäre es auch nur um reinste Poesie zu begegnen, wie etwa: Die Weissnähterinnen in den Regengüssen - mann könnte einen ganzen Gedichtzyklus, Liederopus und Film daraus fantasieren!

jeudi 13 août 2009

Fathers and Sons (Ivan Sergeyevich Turgenev)

Non, je n'ai pas eu un agenda surchargé, enfin, pas trop, disons. Mais il y avait Londres (et Londres + trois enfants turbulents + des host parents formidables = pas beaucoup de temps pour lire et écrire) et puis Verbier, et puis Dodoré, et puis maintenant il y a le Busker Festival, et mon piano (cela faisait 3 mois sans mon Schimmel et sans Beethoven, tu comprendras l'urgence de m'assoir sur mon tabouret). J'ai lu un peu, puis même beaucoup, puis je me suis cassé les yeux. (Mais je continue quand-même à lire - un peu moins). Un livre trouvé au détour d'une rue parallèle à Oxford Street, Fathers and Sons, pour pouvoir prouver à mon hostdad que je lis pas seulement des romans russes en français et pas seulement des gros pavés de musicologie. Et comme je rédige cette critique plus d'un mois après avoir l'avoir lu, ce sera court.


Wordsworth classics, 200 pages


Quatrième de couverture:
Fathers and Sons is one of the greatest of nineteenth century Russian novels and has long been acclaimed as Turgenev's finest work. It is a political novel set in a domestic context with a universal theme - the generational divide between fathers and sons. Set in 1859 at the moment when the Russian autocratic state began to move hesitantely towards social and political reform, the novel explores the conflict between the liveral-minded fathers of Russian reformists sympathies and their free-thinking intellectual sons whose revolutionnary ideology threatens thestability of the state. At its centre is Evgeny Bazarov, a strong-willed antagonist of all forms of social orthodoxy who proclaims himself a nihilist ans believes in the need to overthrow all the institutions of the state. As the novel develops Bazarov's political ambitions become fatally meshed with emotional and private concerns, and his end is a tragic failure. The novel caused a bitter furore on its publication on 1862, and this, a year later, drove Turgenev from Russia.


Mon avis: ****
Ce que moi j'ai trouvé scandaleux dans ce roman, ce sont ces petits pères grassouillets et craintifs comme des chiens battus, qui se font gouverner par leurs fils! Je ne prône pas une autorité parentale despotique, mais tout de même, il y a une telle bassesse dans ces pères soumis que cela donne la nausée. Que ne s'assument-ils pas une fois et font fi de l'avis et des lubies de leurs fils! On comprend que les pères russes aient farouchement haï cette nouvelle qui les blesse si vivement en montrant du doigt leur faiblesse face à leurs enfants. L'homme déteste se trouver face à une réalité qui lui est désagréable, il peut en devenir extrêmement mesquin, jusqu'à pousser celui qui l'énonce à l'exil, comme cela fut le cas pour Turgenev.
L'écrivain russe se livre à une analyse sociologique intéressante et dont la thématique de l'enfant-roi demeure certainement encore pertinente de nos jours, 150 ans après sa publication.

mardi 7 juillet 2009

Vie et destin (Vassili Grossman)

Cela fait bientôt un mois que j'ai terminé ce roman, avec regret d'ailleurs, parce que j'ai réalisé que j'étais Victor Pavlovitch Strum. Je resterai encore dans la littérature russe, avec Turgeniev et son Father and Sons, déniché dans une libraire pour £2,99 - j'aime Londres. Mais ce n'est qu'une lecture de métro, à la maison, je savoure le grand livre du musicologue Alex Ross The Rest Is Noise. Un très bon ouvrage, j'en parlerai - pas tout de suite, il y a beaucoup de pages, et je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture en ce moment (je vis mes deux dernières semaines dans la capitale des extrêmes).

Livre de poche, 1172 pages


Quatrième de couverture:
Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l'URSS en guerre à travers le destin d'une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu'à Treblinka sur les pas de l'Armée rouge. Au-delà de ces destins souvent tragiques, il s'interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu'ils s'affrontent sans merci. Radicalement iconoclaste en son temps - le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu'une copie parvenait clandestinement en Occident -, ce livre pose sur l'histoire du XXe siècle une question que philosophes et historiens n'ont cessé d'explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d'une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d'humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

Mon avis: *****
Vie et destin continue en quelque sorte la lignée des grands chefs-d'oeuvre russes, de par l'ampleur du roman - plus de mille pages - l'attention, la fixation même pourrait-on dire portée sur la psychologie des personnages, telle qu'on la trouve chez Dostoïevski, et la réflexion philosophique sur l'histoire qui n'est pas sans rappeler Guerre et Paix.
Le regard que Grossman porte sur le système politique de son pays, l'URSS, est lucide et sans pitié, ni pour lui, ni pour les autres. En effet, s'il est usuel aujourd'hui de faire des liens entre stalinisme et nazisme, ce n'était pas encore le cas dans les années 50, lorsque Vassili Grossman a écrit l'œuvre de sa vie, révélant une pensée nouvelle, révolutionnaire sur la nature de la dictature de Staline, en véritable pionnier. Grossman nous fait vivre Stalingrad tour à tour dans la peau d'un communiste pur et dur, une mère de famille en deuil, un général Juif, un bolchevik déchu, un physicien juif brillant et lâche, un blessé allemand, et Paulus. Pour ceux qui ont lu le prix Goncourt 2007, Les Bienveillantes présentent des similitudes avec Vie et Destin, sans toutefois bénéficier du regard multiple de Grossman.
A lire.