Araiza, Benackova, Raimondi
Orchester, Chor und Ballet der wiener Staatsoper, Binder Deutsche Grammphon, 2006
Faust, l'opéra phare de Tintin, l'air des bijoux de la Castafiore. Le chœur des soldats. Il s'agit d'un de ces opéras que peu ont vu, mais que beaucoup fredonnent les airs sous la douche.
L'avant-dernier volet de ma semaine faustienne - que j'aurais pu rendre plus étoffée, mais j'ai choisi de me limiter à trois formes de l'intrigue: écrite, jouée et mise en musique.
Mais vu ma lenteur à mener à bout ce programme, je pourrais tout aussi bien intégrer Mephisto Walzer de Liszt et la Damnation de Faust de Berlioz. Wait and see.
Je me trouve face à un problème de taille: j'ai attendu si longtemps d'écrire ma critique sur l'opéra que je peine à me souvenir avec précision de ce que j'avais vu et entendu.
Ich muss mal tüchtig nachgrübeln.
Mon favori était Raimondi dans le rôle de Méphistophélès, tant par la voix que par sa gestuelle et son aisance à se couler dans la peau de son personnage diabolique. Il a du coffre et un son parfois un peu rauque, âcre plutôt, comme pour avoir par trop souvent respiré les vapeurs sulfureuses de l'enfer. Souverain, mesquin, horrible, il donne la chair de poule tout en fascinant par la calme assurance qui est la sienne. On comprend que Faust ait été séduit par ce mystérieux et charismatique personnage.
L'excellence de Méphistophélès est généreusement encadrée par un Faust et une Marguerite tragiques et lyriques, descendants en droite ligne des héros de l'opera seria. Des voix riches et parfaitement à l'aise, même dans les passages plus virtuoses, des mimiques violentes, frôlant parfois l'exagération - mais n'oublions pas qu'il s'agit malgré tout d'une tragédie (d'où un jeu débordant de pathos par moment) , dans laquelle Méphistophélès ferait figure de noir bouffon qui, par l'insolence de ses actes, amène parfois un sourire sur le visage du spectateur.
L'art de ce couple malheureux atteint sans doute son paroxysme lors du dernier duo, Faust cherchant à faire évader Marguerite qui, elle, refuse de le suivre.
L'opéra est des plus plaisants, la musique de Gounod est facile d'accès, un lyrisme poignant qui alterne avec des chœurs plus populaires qui l'oreille retient facilement. La mise en scène reste sobre, bien qu'elle soit très sophistiquée. Elle joue avec le sentiment de confusion associé au pouvoir maléfique de Méphistophélès, notamment par le jeu d'images symboliques en transparence et les mouvements langoureux et brutaux à la fois du corps de ballet. Une scène superbement réussie qui illustre bien cette tactique scénique est le jugement de Marguerite, dans lequel la musique d'orgue sacrée fait place à une quasi cacophonie diabolique, tandis que l'autel devient guillotine et les nonnes des démons presque nus qui dansent une ronde qui rappelle la chorégraphie de Béjart sur le Sacre du Printemps.
Une petite touche d'humour kitsch lorsque Méphistophélès, pour suspendre le temps, jette sur ceux qu'il veut immobiliser des paillettes dorées, comme dans un dessin animé de Walt Disney (!).
mardi 21 octobre 2008
DVD Opera Review: Faust (Gounod)
lundi 20 octobre 2008
jeudi 4 septembre 2008
DVD Opera Review Mazeppa (Tchaikovsky)
Putilin, Aleksashkin, Loskatova, Diadkova
Kirov Opera, Chorus and Ballet, Gergiev
Philips, 1996
Je vous préviens, la note de ce jour risque d'être d'une subjectivité extrême: dès qu'il est question d'opéra russe, j'en perds totalement le nord, et si en plus il s'agit du duo Pouchkine-Tchaikovsky, dirigé par Gergiev, inutile d'espérer la moindre objectivité de ma part.
Therefore: sublime, ma bonne dame, su-bli-me!
Le livret de Mazeppa se base sur des écrits poétiques Poltava du grand Pouchkine, qui s'est lui-même inspirée de la vie du chef des cosaques (hetman) Mazeppa.
La vie romansesque de Mazeppa, un personnage historique redécouvert au XIXe, a inspiré une nombre de compositeurs, écrivains et cinéastes, tels Liszt (étude transcendante Mazeppa n°4 et poème symphonique du même nom), Byron (poème Mazeppa), Hugo (Les Orientales) et Pouchkine, ou encore les films de Illienko et Dudley.
L'opéra de Tchaikovsky, créé en 1884 au Théâtre Bolchoï à Moscou, se base donc du poème Poltava de Pouchkine. Il se construit sur 3 actes et réunit une distribution assez classique.
Qu'est-ce qui est sensationnel dans cet opéra?
Eh bien tout d'abord les chanteurs, pas très connus sous nos latitudes, mais apparemment très appréciés en Russie. Des voix russes généreuses, coulantes, lyriques et passionnées. Peut-être un peu forcée chez Larissa Diadkova, qui palie ses difficultés par un jeu très expressif.
Ensuite l'orchestre du Mariinsky, qui se livre entièrement à cette oeuvre profondément romantique. Il n'y a pas une imprécision, pas un registre qui étouffe les autres, rien. A sa tête, Gergiev et sa baguette impulsive, des gestes qui viennent du coeur et non de la tête. J'ai lu, je pense dans une critique de concert, que le chef titulaire du Mariinsky, c'était la 'force brute'. Et en effet, le petit caucasien (il est originaire d'Ossétie du Nord, je vous glisse cela en passant puisque cette région fait beaucoup parler d'elle en ce moment) dirige avec les tripes là ou d'autres font appel à leur intelligence. Et c'est cela, la force de Valery Gergiev: il laisse sa raison au vestiaire lorsqu'il dirige de la musique russe, qui plus est, de la musique Sturm und Drang. Car qu'y a-t-il de plus irrationnel et instinctif que les élans de l'âme russe - déjà très passionnée de nature - combinée avec les débordements du mouvement romantique?
Sans oublier l'union de Pouchkine avec Tchaikovsky, deux figures de proue dans l'histoire du romantisme russe, qui, on le voit déjà bien dans Eugène Onéguine, s'accordent à merveille, les mots de l'un renfoçant la musique de l'autre et vice-versa. Tchaikovsky écrit des duos d'amour renversant (Mazeppa et Maria, dans la deuxième scène du second acte) et on retrouve des accents de musique populaire et liturgique dans les choeurs , chantés avec tant de ferveur et d'intensité que cela fait frissonner (le choeur qui accompagne pa prière des condamnés, à la fin de l'acte deux). Ce sont peut-être les choeurs que j'aime le plus dans les opéras russes, et que nulle autre école ne sait rendre aussi profonds et généreux.
Bref, musicalement parlant, c'est tellement wahou! que même une mise en scène très réaliste et un jeu qui manque parfois cruellement de naturel ne peuvent rien contre elle. L'oeuvre est si sublime qu'elle capte toute notre attention, et on pourrait, somme toute, bien se passer de la mise en scène, la musique se suffit à elle-même.
(De toute façon, la langue russe étant la plus belle de toutes les langues jamais parlées, un opéra russe ne peut qu'être parfait.)
Allez, les copains, je retourne à Boulgakov, c'est trop bien! (Malheureusement j'arrive à la fin.) Et puis il faut que je travaille mon violon aussi, parce que - tu te rends compte?! - je joue la 5ème de Beethoven (oui, oui, celle qui commence par ta-ta-ta taaaaa)!
dimanche 31 août 2008
DVD Opera Review Oedipus Rex (Stravinsky)
Norman, Langriedge, Terfel, Tanaka Tokyo Opera Singers, Shinyu-Kai Chorus, Saito Kinen Orchestra, Ozawa Philips, 1992
Une œuvre qui s'inscrit parfaitement dans les choix du compositeur russe de traiter des sujets à caractère païen (Le Sacre du Printemps, L'Oiseau de Feu). Donné pour la première fois en 1927, Oedipus Rex fut d'abord présenté sous forme d'oratorio à Paris et aux Etats-Unis et ne sera monté comme un opéra qu'à partir de 1928. Stravinsky associe des scènes dramatiques d'opéra, chantées en latin, à une narration d'oratorio, parlée dans la langue du public.
Pour cette production japonaise, j'ai donc eu droit à une narratrice en kimono et à la figure poudrée de blanc, et je dois dire que l'union latin-japonais n'est pas ce qu'il y a de plus heureux sur terre, les deux langues n'ayant aucun rapport entre elles, alors que dans notre monde occidental, le latin fait partie du passé collectif, non seulement dans les cultures dites 'latines', mais jusque chez les Germains, lesquels ont gardé jusqu'à ce jour des expressions latines dans le langage courant (stante pede, litt. stehenden Fusses, 'de pied levé' (immédiatement), ou encore le verbe stehen (se tenir debout), qui vient à coup sûr du verbe latin stare, qui porte la même signification. Mais trève de tribulations linguistiques et éthymologiques!) Ormis donc ce décalage entre le latin des chanteurs et le japonais de la narration, un autre point linguistique m'a frappé: le choix de Stravinsky de faire traduire les vers de Cocteau en latin, alors qu'Oedipe fait partie des tragédies grecques! Il semblerait qu'il aie tout naturellement songé au grec ancien - une langue aux accents si exquis! - avant de jeter son dévolu sur le latin un medium qui, selon Stravinsky, n'est pas mort, mais changé en pierre. On retrouvera d'ailleurs cette association à la pierre dans la mise en scène, mais j'y reviendrai. Le compositeur concentre son attention sur les passages dramatiques de la tragédie, épurant l'intrigue, pour ne garder que les dialogues. Les actions principales sont confiées au récitant, de sorte qu'il en résulte des tableaux scéniques extrêmement statiques - d'où le côté oratorio de la pièce.
Ce caractère figé, dénué d'action, se retrouve à plus petite échelle au niveau des personnages. Tous portent des costumes imitant de statues païennes - en pierre - et ne bougent que la tête et les bras, immobiles comme des pierres. Seuls les messagers sont vêtus 'normalement' et se meuvent librement. La rigidité de la pierre se retrouve dans la musique de Stravinsky, tant au niveau du rythme, que de l'harmonie, simplifiée à l'extrême, du moins si l'on compare avec les autres pièces du compositeur.
Une oeuvre qui mise gros sur la symbolique. Ceux qui me connaissent un peu savent que j'ai un faible très certain pour les allusions de ce type, tant dans la littérature que dans l'art, la musique et le théâtre (donc non, je ne m'ennuie jamais dans un opéra de Wagner), parce que c'est comme une barque sans fond: il reste toujours quelque chose à découvrir. Je peux lire Le Maître et Marguerite une fois par jour pendant vingt ans, il me restera encore des aspects inconnus à trouver. C'est post-mégalo dantesque! Mais je fais encore une digression...
La mise en scène de Julie Taymor combine l'action d'une Grèce encore très archaïsante avec des décors qui rappellent les décombres de la Seconde Guerre Mondiale, tout particulièrement dans le premier choeur Caedit no pestis, durant lequel on voit des corps sans vie, squelettiques, les yeux ouverts d'étonnement dans une mort survenue si vite qu'ils n'ont pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Hiroshima dans Thèbes. Des images d'une violence brute que j'ai eu peine à supporter. Maquillages et costumes transforment les chanteurs et danseurs en troupes de mort-vivants loqueteux, faméliques et d'un beige sale, tandis que les caractères principaux se parent d'éléments de cultes païens primitifs.
La splendide Jessye Norman meurt dans une scène de suicide qui coupe le souffle, l'affreux pantin, miroir d'Oedipe, laisse là son armure d'innocent inconscient de sa faute et, nu et aveugle, quitte Thèbes en rampant, alors qu'une pluie bienfaisante, dont le doux bruissement sonne comme une délivrance, purifie la ville et ses habitants, lavés de leur grimage crasseux.
Un chef d'oeuvre avec une distribution excellente, soutenue par la main de fer du chef japonais Seiji Ozawa.
A voir absolument.
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Pour approfondir, il y a une brève analyse intéressante ici.
jeudi 28 août 2008
DVD Opera Review: La Cenerentola (Gioachino Rossini)
Von Stade, Araiza, Montarsolo, Desderi
Orchestra e coro del teatro alla Scala, Abbado
Deutsche Grammophon, 2005En lavant le carrelage de la cuisine, il y a de cela quelques jours, j'écoutais Radio Swiss Classic, qui diffusait justement l'ouverture de La Cenerentola de Rossini. Un opéra que je connaissais très mal, exception faite de l'ouverture si entraînante, comme toutes les ouvertures de Rossini finalement. Quelques années plus tôt, je jouais une composition pour piano à quatre mains intitulée La Cenerentola, et qui, aux dires de la compositrice - Borislava Taneva, pianiste, compositrice et professeur bulgare, qui me donnait des cours lors de mon stage de musique de chambre en Bulgarie en 2005 et 2006 - s'inspirait grandement de l'opéra de Gioachino Rossini. A ce moment-là, j'avais dû la croire sur parole, la musique de ce conte m'étant encore parfaitement inconnue.
La Cenerentola était ensuite à l'affiche du répertoire de musique du XIXe à savoir pour l'examen d'histoire de la musique, et là, comme pour tous les opéras de Rossini, impossible de reconnaître les airs et encore moins de les ordonner dans l'oeuvre. Si j'étais tombée sur cet opéra lors de l'examen, j'aurais tout au plus pu bégayer ...Rossini...? et prier pour que le hasard me fasse prononcer le bon opéra. J'avais donc eu la lumineuse idée d'allier le visuel à l'auditif, pour me mettre ces airs dans la tête, once and forever, et de regarder l'opéra en question.
Seulement... Voilà.
Sept mois plus tard, par un après-midi frileux d'août, un bol de thé vert brûlant, et les rires en regardant l'opera-buffa de Rossini.
Musicalement parlant, je me suis plus raccrochée à l'orchestre, mené par la main à la fois passionnée et réfléchie du maestro Claudio Abbado. Des phrases généreuses, de la précision dans les détails, musicalité et technique s'allient dans une harmonie parfaite. Du côté de la scène, aucun chanteur ne m'a réellement convaincu. Tout au plus le Principe, avec un ténor très doux (la voix qui serait celle qu'a, dans mon imagination, le loup dans Le petite Chaperon Rouge après avoir mangé de la farine pour changer de voix), et les deux soeurs, qui ont l'avantage d'être aussi très bonnes commédiennes, sans peur du ridicule. Quant au personnage principal, Cendrillon, je l'ai trouvé trop pathétique, mal à l'aise dans les passages virtuoses typiques de Rossini, et franchement métallique dans les graves. Le beau-père a une voix typique de basse d'opéra bouffe, maladroite et comique (tollpatschig), et des mimiques incroyables. Il dégage une énérgie débordante et se prend au jeux avec un plaisir évident, ne laissant pas une occasion passer pour faire une nouvelle grimace. Peut-être est-ce un peu primaire, mais qu'est-ce qu'il est drôle!
Un petit bémol toutefois pour la mise en scène, dans laquelle les protagonistes tournent trop souvent le dos à la caméra, cette même caméra qui nous montre en détail la Scala de Milan pendant toute l'ouverture, alors qu'on aimerait tout de même apercevoir, ne serait-ce qu'une seule fois au moins, le visage de Claudio Abbado...
Et puis un opéra joué apparemment sans public, c'est si triste!
mardi 12 août 2008
DVD Opera Review: Der Rosenkavalier (R. Strauss)
Lott, von Otter, Bonney, Moll, Hornik
Chor und Orchester der Wiener Staatsoper, Kleiber
Deutsche Grammophon, 1994Auch diese Oper hatte ich vor über einem halben Jahr angefangen, nähmlich nach einer meiner Vorlesungen über die deutsche Literatur des Fin de Siècle. Pr. Würffel hatte deise Oper mehrmals erwähnt, und da fühlte ich mich dann auch verpfilichtet, als Musikwissenschaftsstudentin, diesen Rosenkavalier anzuschauen.
Gesagt, getan - oder fast. Zumindest 6 Monate nach der Prüfung (aber ich studiere ja nicht der Püfungen wegen).
Meine Meinung:*****
Absolute Spitze!
Top Sänger, und Orchester, Chor und Dirigent muss man auch nicht mehr vorstellen. Nein, wirklich, alles ist da: schöne Musik, Humor, wiener Esprit, Schauspielkunst, alles.
Drei wunderschöne Frauenstimmen, die sich zum schluss in einem bezauberndem Trio voller Lyrik zusammen finden, und wenn's bei den Männer nicht so um hübsches singen geht, dann haben sie genau die charmante wiener Leichtigkeit die es für diese Rollen braucht.
Der Rosenkavalier - Strausses letzte Oper - wendet sich der grosse Richard von seiner stark chromatischen Tondichtung wie wir sie z.B. in Also sprach Zarathustra kennen ab zu einem Neoklassischem Stil, den er am Ende seines Lebens bevorzugt hat. Diese amüsante 'Komödie für Musik' ist desshalb für empfindliche Ohren eine gute Eingangstür in die Opernwelt. Später geht's vielleicht aber doch noch spannender (auch im wahrsten Sinn des Wortes!) in Salome oder Elektra zu. Mir jedenfalls gefallen diese gewagten und bewegten Opern noch besser. Doch gewiss sieht mann im Rosenkavalier ganz deutlich, wie es in Wien in der Jahrhundertwende zu und her ging.
Wie gesagt: eine sehr angenehme und unterhaltsame Oper, perfekt für ein regnerischer Sonntagnachmittag.
lundi 11 août 2008
DVD Opera review: Samson & Dalila (Saint-Saëns)
Domingo, Borodina, Leiferkurs
The Metropolitain Opera Orchestra and Chorus, Levine
Deutsche Grammophon, 1998
Une nouvelle rubrique, dans laquelle je me propose de visionner - le plus régulièrement possible, je l'espère! - des DVD d'opéras et de noter en quelques mots mon avis sur ledit DVD.Ce soir, après une journée à l'image de la météo gris monotone, j'ai décidé qu'il était temps de terminer enfin l'écoute de Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns, dont j'avais visionné l'act I et le début de l'acte II il y a plus de deux mois - what a shame.
Chose faite. Dans le jour humide qui baisse doucement, en tailleurs sur mon lit, un bol de thé des écrivains allemands, avec le casque pour un son meilleur.
Mon avis: *****
Vu la flamboyante distribution - le luxe de se payer René Pape dans un petit rôle secondaire! - je ne risquais certes pas une grande déception. Je n'ai donc rien à redire à cette production du Metropolitain Opera, mais j'aimerais tout de même souligner les belles choses.
Tout d'abord la mise en scène. Une scène assez dépouillée, épurée, jouant avec les couleurs, les ombres et les lumières, avec un petit côté symboliste que j'apprécie toujours. De beaux contrastes entre les tableaux de masse et ceux où les personnages sont seuls, en réussissant à bien séparer les caractères importants de la foule, respectivement à faire vivre l'espace vide.
Avec toujours le bleu pur et austère des Juifs, de la Loi et de la rigueur, et le rouge sensuel et érotique des Philistins, de leurs orgies et leur débauche aussi sucrée que leur hydromel.
Olga Borodina au lyrisme époustouflant, Sergei Leiferkurs âcre et machiavélique, et enfin Plácido Domingo dans sa top forme, passionné, déchiré, sa voix se faisant le miroir de son personnage dramatique, avec aisance, naturel et conviction.
Venait un orchestre dirigé par la main experte et précise du grand James Levine, qui n'a pas son pareil niveau charisme, pour coordonner autant de monde à la fois.
Quant à la musique de Saint-Saëns, elle est très riche par sa diversité, avec des accents orientaux qui donnent envie de danser, des dialogues intenses et des airs d'un lyrisme à faire pleurer jusqu'à votre poisson rouge. Saint-Saëns, dans toute sa diversité et sa liberté que lui confère son absence de style propre.
Vraiment, vraiment: une magnifique interprétation de l'opéra de Saint-Saëns.
samedi 5 juillet 2008
La voix d'une femme sur les planches, la grâce d'une femme dans la fosse: Festival d'opéra d'Avenches 2008
Arènes d'Aventicum, 04.07.2008, 21:15
Verdi revient dans les arènes de la cité romaine d'Avenches pour la quatrième année consécutive, après Nabucco, Il trovattore, et Aïda, que le Festival d'Opéra d'Avenches a présenté en 2005, 2006 et 2007.
J'avais gagné deux places dans la catégorie à 70.- pour le Trouvère. J'y étais allée avec Noémie: sandwiches sur les gradins, discussions détendue avec une dame devant nous, soleil et bonne humeur. Une poignée de contrebassistes débarquent
dans la fosse, le ciel se couvre, et il pleut. Les gens sortent parapluies et pèlerines, c'est drôle, il se forme des groupes par couleur. Ainsi les fameux Hommes jaunes. Vous remarquerez aussi le magnifiqe parapluie Pombär apparentant à un élégant monsieur en complet-veston qui a payé sa place 120.- (!)...
Il avait plu, la représentation avait été annulée, et avec nos billets gagnés, impossible de changer de soir. Le plus vexant c'était que le temps de descendre à la gare, il faisait à nouveau grand soleil. Trop tard. Pour nous consoler, nous avons regardé la Dame de Pique en DVD jusqu'au petit matin.
Cette été, point de billet gratuits, mais la dernière catégorie à la caisse du soir. Soleil, grande foule: ce soir, c'est la première. Je n'ai encore jamais assisté à une première.
Le temps reste splendide, jusqu'à la fin.Guiseppe Verdi: La Traviata.
Distribution:
Violetta: Patrizia Ciofi
Alfredo Germont: Roberto Saccà
Giorgio Germont: Renato Bruson
Flora: Gabriella Bosco
Camerata suisse, direction: Graziella Contratto
Pour cette première, nous avons droit à une excellente distribution. J'ai rarement trouvé aussi peu à redire, tant dans les rôles titres que dans les figures secondaires, à l'exception peut-être du Handel donné à l'Opéra de Lausanne ce printemps.
Peut-être que le vibrato dans les aigus de Renato Bruson était un peu forcé et manquait de naturel. Mais c'est bien tout ce que je trouve à reprocher aux chanteurs.
Nous avons eu un ténor magnifique, un vrai de vrai, qui a une voix profonde et pleine jusque dans les notes les plus aigües et dont les graves sortaient toutes en rondeur et facilité. Et que dire de Partizia Ciofi! Ah la belle dame! Une voix pleine de ressources, joliment timbrée dans tous les registres, du pianissimo à peine audible au forte les plus tragiques, elle monte et descend autant que vous le voulez, sans que cela ne semble lui poser le moindre problème. Bref, une technique de fer pour une voix de velours, et une belle présence scénique. (exemple ici)
Vraiment, un très beau moment musical.
Pour ce qui est du visuel, nos places, situées sur le côté, presque derrière la scène, faussaient notre perception de la mise en scène, et je ne me sens donc pas à même de donner une critique du travail du metteur en scène. La mise en scène restait dans le cadre historique, chapeaux haut-de-forme et capes pour ces messieurs, grandes robes et coiffures sophistiquées pour ces dames.
Un plaisir visuel très certain, en revanche, était la direction de la chef d'orchestre suisse Graziella Contratto, jeune femme qui porte très bien son prénom. Sa direction énergique est tout à fait charmante, toute en gestes fluides et gracieux, tantôt sa baguette se fait très ferme, tantôt elle exécute une danse aérienne, dans la légèreté, toujours. Je n'avais jamais vu une femme diriger un orchestre auparavant, mais j'imagine qu'une directrice a deux possibilités: ou bien elle adopte le style de ses collègues masculin, ou bien elle développe son propre style. Graziella a apparemment choisi cette deuxième option. Sa manière de diriger n'a strictement rien de masculin, pas même lorsqu'elle doit remettre au pas un chœur qui s'est pris trop de libertés dans le tempo. Sa silhouette menue danse devant les musiciens, sans perdre pour autant de sa précision.
Une Camerata suisse sous une conduite féminine tout en grâce et en légèreté, précise et intelligente, avec une jeune Graziella Contratto qui sait s'imposer sans avoir recours à une direction masculine. (un exemple ici) J'ose croire qu'elle a encore un bel avenir devant elle.
La vraie perle rare, ce soir, pour moi, c'était elle. C'était Graziella Contratto.
A ceux qui en ont la possibilité, ce spectacle en vaut vraiment la peine. A voir absolument!
4, 5, 9, 11, 12, 16, 18, 19 juillet 2008, Arènes d'Avenches, 21:15. Ouverture des guichets à 18:00, fermeture des portes à 21:00
mardi 27 mai 2008
Il Babriere di Siviglia, Rossini, Stadttheater Bern
Dernière sortie des musicologues de cette année académique.
Bern, nous retrouvons l'ambiance estivale détendue de cette belle ville, les escaliers noirs de monde devant le Stadttheater.
Un an et demi après l'inoubliable Barbiere de Paisiello à l'Opéra de Lausanne (ici et là), voici un autre Barbiere, cette fois celui de Rossini, à Bern. (A quand celui de Mozart?)
Point de conte de fée ici, mais un quartier dans les sixties. Le comte d'Almaviva (Alexey Kudrya) est un beau gosse style playboy sicilien, son ami Figaro (le génial Robin Adams) un jeune en basket qui prend ses aises où qu'il se trouve. Rosina (Claude Eichenberger) est une nunuche blonde, son nounours sans cesse près d'elle et le vilain Dr.Bartolo (Lionel Peintre) est un dentiste hystérique.
Un décor de chambre au papier peint fleuri, salle d'attente de dentiste typée.
Si certaines situations que crée cette actualisation de l'intrigue provoquent beaucoup de rires, tels l'apparition d'Almaviva en Elvis Presley (avec la technique vocale rock'n roll), la plupart reste somme toute artificielle et tirée par les cheveux (Rosina qui chante son premier air en s'épilant). La (très jeune) metteur en scène semble vouloir à tout prix faire rire le public le plus possible, ce qui devient tout d'abord fatigant puis vaguement agaçant.
En ce qui concerne la prestation musicale, les chanteurs - exception faite du brillant Robin Adams - excellent mieux dans l'art de la gestuelle que dans leur technique vocale. Ainsi, on trouvera le ténor du jeune chanteur russe Kudrya quelque peu nasal et maigrichon, le soprano de Claude Eichenberger est très classique mais aussi assez fade. Quand à Lionel Peintre, il semble avoir de la peine à suivre les tempi vifs, dans son chant trop lourd et pâteux, compensé par-contre par un jeu très convaincant.
Quant à la direction, je continue à déplorer la gestuelle très moulinante de Srboljub Dinic, très large et fluide, mais qui, à mon sens, manque totalement de précision, ce que l'on a pu entendre à plusieurs reprises durant l'opéra.
Au final, un opéra très agréable, drôle et facile d'accès, une bonne soirée pour les novices qui aimeraient découvrir le monde de l'opéra, mais très qui manque de de fraîcheur et qui n'est pas très convaincant sur le plan musical.
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Critique dans Resmusica
Critique dans BlogCritics Magazine
mardi 29 avril 2008
Langsam, Wozzeck!
C'était une fin de journée, je les ai attendu sur le quai, mais ils ne venaient pas. La gare de Berne, affreuse en soi, mais toujours si délicieusement bondée. Il faut zigzaguer entre les petites grand-mères, les hommes d'affaires en complet-veston, et les maman débordées par leur marmaille bruyante.
Le soleil se pose comme une nappe de miel sur la ville. Je titube, encore profondément choquée par ma lecture dans le train - Les Bienveillantes, prix Goncourt 2006.
Devant le Theaterhaus, il y a beaucoup de jeunes assis sur les marches. Des groupes de gens qui discutent, se retrouvent, plaisantent. On dirait les avant-concerts à Berlin...
A l'intérieur, beaucoup de sièges vides nous invitent à prendre place dans les premiers rangs.
Le rideau se lève, Langsam Wozzeck!
L'orchestre joue en pleine puissance, une puissance sonore certainement pas adaptée à la petitesse de la salle. Les oreilles bourdonnent et les chanteurs ont du mal à se faire entendre. On comprend l'incident fâcheux qui s'est produit lors de la première: les musiciens, dans leur fosse, ont refusé de jouer à pleine force, arguant que leurs oreilles ne sortiraient pas intactes des moults représentations de l'opéra d'Alban Berg. Le chef, excédé, à interrompu la représentation et a fait recommencer le tout comme il l'entendait, sonorité au maximum.
L'opéra est donné d'une traite, à peine quelques instants entre les tableaux pour changer les décors. Le metteur en scène crée, avec un minimum de moyens beaucoup d'effets intéressants.
Wozzeck laisse place à des applaudissements songeurs. Il y a ceux qui n'aiment pas cette musique parfois difficile d'accès, ceux qui n'ont rien compris, et ceux qui - comme moi - se sentent interpelés, giflés par cette tragédie.
Une belle soirée à l'opéra, une soirée difficile aussi.
D'abord Les bienveillantes, puis Wozzeck... je ne suis plus loin d'adhérer à la philosophie pessimiste de Schopenhauer.
"Der Mensch ist ein Abgrund, es schwindelt einem, wenn man hinab sieht."
critiques:
Res Musica
Informations supplémentaires:
Vincent le Texier (Wozzeck)
Mardi Byers (Marie)
dimanche 27 avril 2008
Giulio Cesare in Egitto
Pour cause de rénovations de l'opéra, le spectacle aura lieu à la salle Métropole - une architecture d'après-guerre que je déteste. Devant le hall, notre groupe grossi à vue d'oeil, François qui ramène une troupe de jeunes filles, Bruno qui passe à côté de nous sans nous voir. D'autres aussi. Nos places sont tout au fond. Au parterre et au balcon.
Je ne vais pas faire une critique détaillée, consultez les liens si vous avec envie d'en savoir plus.
Avec Giulio Cesare in Egitto, opéra de Georg Friedrich Handel, l'Opéra de Lausanne signe l'une de ses plus remarquables productions. Une rumeur - non vérifiée - stipule que la Scala, ayant le projet de monter Giulio Cesare, aurait reporté l'évènement de deux ans, après avoir vu la distribution du Giulio du l'Opéra de Lausanne. Distribution brillante s'il en est: le très grand Andreas Scholl
La mise en scène de Emilio Sagi joue sur les contrastes noir et blanc, respectivement les Romains et les Egyptiens. Un noir et blanc qui se décline du bleu nuit et or au pourpre et orange, un vrai festin pour les yeux. J'ai surtout été subjuguée par les apparitions de Cléopâtre, tout en voilages de tulle blanc, avec ses dames de cour, et qui créait avec ses traînes transparentes des tableaux d'une beauté à couper le souffle.
Un plaisir pour les yeux, mais aussi - et avant tout - un plaisir pour les oreilles: la salle, assez petite, du Métropole convient très bien à ce genre d'opéra baroque, avec un orchestre réduit. La balance entre l'orchestre et les voix était excellente, vraiment. Et la qualité des chanteurs, la pureté du timbre et la virtuosité de chant était d'un niveau que je n'ai eu que rarement l'occasion d'entendre jusqu'à présent. Et puis évidemment la qualité de la musique de Handel, qui permet un opéra aussi long sans que le spectateur ne sente le temps passer.
Un moment particulièrement intense était l'air de Cléopâtre Se pietà. Tout était là pour que la scène devienne kitsch au possible: Cléopâtre, prostrée, prisonnière, la nuit, les étoiles qui scintillent et la musique. Et pourtant. Heureusement qu'il faisait noir au fond de la salle...
Vraiment, c'est long, mais qu'est-ce que c'est beau!
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Critiques:
Le Temps
Res Musica
Opera today
Opera Tattler
Chronique Dare-dare (Espace2) (audio)
Vidéo:
Se in fioritto (Andreas Scholl)
Elena de la Merced (Puccini)
Dans les coulisses de l'opéra avec Andreas Scholl
Se pietà
*Petite blague pas drôle, pour les pas Suisses (les autres devraient la connaître):
comment fait un Appenzellois pour se suicider?