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lundi 6 octobre 2008

La musique classique vieillit.

En me connectant sur internet cette après-midi, je me suis retrouvée nez à nez avec un article qui exprime la pensée que je m'étais interdit de penser (formulation à la Marguerite de Navarre):

Le public des concerts de musique classique devient de plus en plus âgé. Und was, wenn diese Generation unter dem Boden verschwunden ist? Qui perpétuera les cantates de Bach, les symphonies de Mahler, les Lieder de Wolf?

C'est pessimiste, mais n'empêche: petite, j'ai toujours pensé que les gens appréciaient la musique 'sérieuse' avec l'âge, aussi indéniablement que l'on acquiert des rides en vieillissant. Pour donner un exemple concret, j'étais persuadée que mes copines partageraient mon amour pour Liszt une fois adultes. Mais peu à peu, force m'a été de constater qu'il n'en était rien. De plus en plus d'adultes n'avaient aucune idée de qui était Scriabin et me regardaient interloqués lorsque je leur demandais comment allait déjà le troisième mouvement du concerto pour piano de Tchaikovsky.

Pourtant, j'écoute de la musique classique, moi, et rien d'autre, depuis 21 ans!

Quid alors des auditeurs de Beethoven et Rossini?
Qui sont-ils?

  • Pour la génération des cheveux gris, j'imagine qu'il s'agit avant tout de rejetons de la bourgeoisie. On voit cela fort bien, surtout à l'opéra, où ces gens de la haute société se parent en Coco Chanel pour se 'faire voir' et cultiver ainsi les relations mondaines. Mais cette catégorie-là n'occupe que les places de première catégorie.
  • Puis il y a ceux qui sont issus de la 'tradition' bourgeoisie. Il on reçu en héritage l'intérêt pour la culture, on retrouve ces gens au théâtre, aux galleries d'art. Il viennent pour le plaisir et n'occupent pas forcément les meilleures places, ne sont pas nécessairement richissimes, et peuvent très bien avoir travaillé dans les métiers qu'on dit appartenir aux couches sociales inférieures. Je pense à ce cheminot retraité rencontré au Konzerthaus de Berlin, un monsieur extrêmenent cultivé qui ne faisait néanmoins pas partie de l'élite intellectuelle.
Après ce petit tour d'horizon dans anciens de la salle, jetons un regard sur le public 'pré-ménopause'.
  • Nous avons, jen pense en première position, les intellectuels. Par goût réel, ou juste pour l'image, c'est difficile à dire. En effet, la musique classique passe pour être sérieuse, élitiste (en allemand, on va jusqu'à faire la distinction de Ernste Musik (E-Musik) et Unterhaltungsmusik (U-Musik)!), un passe-temps 'intelligent' donc. Et puis avouez que l'idée que votre professeur de littérature comparée ait assisté à la 4ème de Bruckner par Abbado vous semblera louable, alors que ce même professeur croisé lors d'un concert punk détruirait un peu son aura de professeur universitaire sérieux.

  • Vient ensuite une petite poignée de néophytes, qui a découvert la musique classique un peu par hasard, et tente de se faire une place dans ce monde fermé.
Pour terminer, un petit tour d'horizon de la frange de la population qui m'intéresse le plus: les jeunes.
  • Ceux-ci ne vont guère au concert - la musique classique c'est ringard, ça fait fils à papa - sinon ceux qui travaillent activement un instrument. Ceux-là ont reçu leur éducation musicale au travers de leur professeur de piano ou de hautbois, et se sont, à force de jouer des pages de Mozart, familiarisés avec l'E-Musik.

  • Enfin, il y a la relève: ceux qui, par goût pour les 'grandes choses du passés' ne se contentent pas de lire Shakespeare, mais iront aussi écouter Macbeth à l'opéra. Ceux-là poursuivent des idéaux différents de la majorité de leurs congénères, lesquels sont plus intéressés de connaître la mode de la saison prochaine, respectivement de s'améliorer à la wii. Ceux-là se posent des questions, cherchent des réponses, portent des regards critiques et sont prêt à nager contre le courant s'il le faut.
Malheureusement, cette catégorie me semble en voie de disparition, de plus en plus. Et cela a un effet boule de neige: si tu n'as pas accès à la musique classique, ne seraient-ce que quelques CDs épars dans la bibliothèques de tes parents, c'est difficile de se former - car la musique classique requiert une oreille un minimum formée. Il faut fournir l'effort d'apprivoiser cette musique, et beaucoup n'en ont ni la patience, ni l'envie. C'est plus rapide de dire je hais la musique classique* que d'écouter une seconde fois ce que l'on avait pas saisi à la première audition. Les étudiants impliqués sont une espèce rare. Certains professeurs espèrent visiblement que ce n'est qu'une illusion. Hélas...

Heureusement, je suis en musicologie, l'une des branches où il y a probablement le moins de ces étudiants parasites qui sont là sans trop savoir pour quoi et pourquoi. Je plains mes collègues historiens, historiens de l'art, français et allemands, qui, eux, héritent de toute cette masse de cerveaux amorphes et mous comme des légumes cuits.
Ô illustres professeurs! cessez donc enfin de materner vos étudiants! Ils sont assez grands pour rechercher tout seul les informations manquantes et combler leurs lacunes!!

*Ce qui m'a été dit textuellement il y a à peine plus d'une semaine. Pause de midi, les gens sortis s'acheter de quoi manger, je reste seule et en profite pour mettre Espace 2 et lire un peu, histoire de laver mon cerveau mis à mal par le CD de rock chrétien passé en boucle tout le matin. La foule revient, et :
- Purée, c'est qui qui met un truc pareil? Je hais la musique classique
!
J'ai rien dit. Mais j'ai pensé, lorsque cet horrible CD a recommencé à cracher ses mièvreries:

- Punaise, mais qui peut écouter une musique à ce point primaire et sirupeuse?!

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image prise ici.