dimanche 27 mars 2011

L'usage du monde (Nicolas Bouvier)

Première lecture "libre" après la pile de lectures obligatoires pour mes divers cours de littérature.

L'usage du monde

Petite bibliothèque Payot, 418 pages

Quatrième de couverture:

"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Sa lente et heureuse dérive dans les années 1953-1954 entre Genève et le Khyber Pass en compagnie du peintre Thierry Vernet a inspiré ce livre d'un flâneur émerveillé à Nicolas Bouvier (1929-1998), « un voyageur d'une espèce rare, comme Segalen et Michaux » (Jacques Meunier).


Mon avis: *****

Certainement l'un des plus beaux récits de voyage jamais écrits. L'écrivain suisse Nicolas Bouvier et le peintre Thierry Vernet prennent la route en 1953 pour un voyage à travers les Balkans, la Turquie, l'Iran et l'Afghanistan. Le récit de Bouvier, enrichi des dessins incisifs de Vernet, relate ce périple à travers l'Europe et l'Asie de l'après-guerre. Avec beaucoup de finesse et de tendresse, Bouvier peint le portraits des peuples rencontrés au fil du voyage, les artistes Serbes, les Arméniens méfiants de Tabriz, Quetta et ses barbus avides de revues pornographiques, le tavernier à l'accent d'Oxford, les nuits sans sommeil, le fléau des mouches, la malaria, les pannes, les moments de grâce, l'hospitalité inquisitrice des Persans, et celle réservée des Afghans, les camions peinturlurés, les étoiles sur le plateau désert de Turquie, le froid de Tabriz, les crues, les pistes impraticables, les bruits du bazar de Kaboul, l'enchantement de l'Afghanistan, les melons, la noblesse. Un credo à l'humanité, au voyage comme chemin vers cette humanité. "Comme une eau, le monde vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce s'insuffisance centrale de l'âme (...)". Le voyage comme expérience de plénitude aussi.

dimanche 30 janvier 2011

Pogorelich et son Rachmaninov sanguinaire

Les Springerkarten* à la dernière minutes, et des places au premier balcon dans le wiener Konzerthaus, le dimanche 16 janvier dernier. Ivo Pogorelich, encore jamais entendu en concert mais qui a gravé quelques CDs que j'aime beaucoup, joue le second concerto de Rachmaninov avec les wiener Symphoniker, sous la direction du chef titulaire Fabio Luisi. Les deux hommes montent sur scène, Pogorelich d'un pas mesuré, poitrine bombée et tête haute. Très très piano, les premiers accords du concerto flottent dans l'air, indécis, et subitement, c'est l'explosion. Les accords sont projetés violemment dans la salle, Luisi talonne son orchestre pour suivre le jeu du pianiste, toujours plus vite, toujours plus fort. C'est un jeu brutal, rauque, une partition douloureuse et révoltée. Si l'interprétation surprend et dérange même dans un premier temps, elle se révèle finalement très intéressante, un do mineur tourmenté jusqu'au seuil de la démence. On est ébloui et comme assommé par ce premier mouvement moderato, et l'on se réjouit du second mouvement, chef d'oeuvre de douceur et de transparence, lumineux et apaisant... mais c'est sans compter Pogorelich. un son dur, une attaque trop nette, des accents semés au gré de ses envie, l'adagio en devient presque méconnaissable, énervé et impatient. Les accents incompréhensibles font ressortir une ligne mélodique totalement nouvelle qui frise l'atonalité. C'est certes une nouvelle approche de l'oeuvre, mais qui ne fait pas de preuve dans ce mouvement où il est évident que c'est le lyrisme qui a la voix au chapitre. Lorsque Pogorelich enchaine pour le dernier mouvement allegro scherzando, il en fait un allegro con fuoco qui donne l'impression désagréable que le pianiste essaie de se débarrasser à la fois de l'orchestre et de son piano, en augmentant la puissance et la vitesse comme s'il s'agissait de vaincre en détruisant tout ce qui l'entoure. Le public, fatigué, applaudira avec même quelques bravos - hommage à la célébrité de Pogorelich - mais ne réclamera pas de bis.
En seconde partie, la 4ème symphonie en mi mineur op. 98 de Brahms ne parviendra pas à captiver totalement l'auditeur. Fabio Luisi fait de son mieux, l'orchestre également, mais la fatigue se fait sentir aussi bien chez les musiciens que du côté du public. Le premier mouvement bénéficie encore d'oreilles attentives, mais l'attention retombe déjà dans le second mouvement, une sorte de marche funèbre, pour laquelle l'orchestre, qui a tout donné pour Rachmaninov, n'a plus assez de présence. Le troisième mouvement, allegro giocoso, réveille la salle par son caractère entraînant, mais les musiciens et le public ne parviennent pas à rester attentifs pour le dernier mouvement. Allegro energico et passionato, c'est beaucoup trop lourd après un tel programme. Programme osé - deux grandes oeuvres exigeantes pas seulement pour les musiciens mais aussi pour le public - et qui, dans cette formation, s'est révélée être désastreuse. On retiendra le premier mouvement du concerto pour piano et les trois premiers mouvements de la symphonie de Brahms, et on s'efforcera d'oublier bien vite le reste.

*cartes où l'on peut s'assoir sur les places restées vides

mardi 11 janvier 2011

Mozart à la Bruckner

Le public du Musikverein avait de quoi s'étonner lors du concert donné samedi 18 décembre dernier dans la grande salle. Les Tonkünstler Niederösterreich ont littéralement envahi la scène et peu s'en est fallu que la masse des musiciens n'engloutisse pas le piano, devenu ridiculement petit face à la grandeur de l'orchestre. On relit rapidement le programme: Mozart, concerto pour piano en Do Majeur, KV 503 et Bruckner, Symphonie N°4 en Mi bémol Majeur. Aucun changement de programme annoncé. Le chef Andreas Delfs, précédé du pianiste Andreas Haefliger, fait son entrée et dirige effectivement Mozart. Face un orchestre déjà en pleine formation pour Bruckner. 

Il ne faut pas long pour que les doutes soient confirmés: faire jouer Mozart par un orchestre de taille wagnérienne, c'est tuer l'essence même du compositeur. La légèreté si caractéristique est alourdie par la masse de musiciens lourde et par son ampleur devenue difficile à manier, et le timbre voilé et trop majestueux assombrit la transparence que nécessite le concerto. Le pianiste doit se battre pour émerger de la masse, avec force et pédale, il s'ensuit un concerto pompeux et dramatique, avec une courte trêve dans le mouvement lent, dans lequel le pianiste, momentanément libéré de l'orchestre, montre toute la finesse de son jeu, qui aurait si bien pu servir la musique tout en délicatesse de Mozart, s'il n'avait pas fallu jouer des pieds et des coudes pour se faire entendre. Le pianiste écourtera par ailleurs les salutations et quittera la scène sans donner de bis.

Rejoint par quatre ou cinq instruments à vent, l'orchestre se lance dans la 4ème de Bruckner. On est d'emblée envouté par le jeune cor à la pureté parfaite, si rare à atteindre avec cet instrument. Une précision et un son qui fond sur la langue projettent l'auditeur dans l'univers sonore brucknérien. L'orchestre suit attentivement le moindre signe d'Andreas Delfs, qui profite de libérer de ses musiciens une palette de couleurs très riche qui viendra étoffer cette grande oeuvre. Le public voyage à la découverte de sons, de couleurs et d'affects, de crescendi en decrescendi parfois inattendus et surprenants. Si l'interprétation reste classique, il ne s'agit pas moins d'une très bonne exécution de l'oeuvre, dont Andreas Delfs, aidé par son orchestre, en particulier par les vents, toujours excellents, saisit les grandes pensées mélodiques qu'il parvient à laisser entières, sans négliger toutefois son sens du détail. Il ne fait pas de doute que la symphonie de Bruckner formait le centre de ce concert alors que le concerto de Mozart n'était qu'un remplissage destiné à donner au concert la durée usuelle. 

jeudi 7 octobre 2010

Brahms, Concertos pour piano et symphonies - 2ème partie

Rudolf Buchbinder

Second volet des concert du Tonhalle Orchester Zürich à Vienne, la salle est toujours aussi pleine. Cette fois-ci, c'est avec le concerto pour piano n°2 en Si bémol majeur op. 83 que s'ouvre la soirée. Buchbinder semble plus détendu, et l'orchestre nous fait rêver avec son son sombre, dans ce premier mouvement voilé, brumeux comme un matin d'automne, beau et triste à la fois. Des tempi peut-être globalement un peut trop rapides, et le même problème de sonorité de Buchbinder que le soir précédent, un son sec, étranglé, sans corps. Mais l'orchestre avec son aisance ramène à chaque fois dans la sonorité ambrée et épaisse, très bien équilibrée, donnée au départ. Le soliste surprend néanmoins par son agilité à soutenir le tempo donné par Zinman, dans les mouvements rapides, trouvant même un son très scintillant dans le second mouvement. Et à nouveau, il excelle dans le mouvement lent, en choeur avec le violoncelle solo, dans un jeu très raffiné.

Le programme se terminait avec la symphonie n°4 en mi mineur op. 98, dans laquelle l'orchestre retrouve sa relation privilégiée avec Zinman, qui semble se borner à leur donner l'impulsion du départ, puis à retenir ou au contraire lâcher les rênes de ses musiciens.

Brahms, Concertos pour piano et symphonies - 1ère partie

Retour au Musikverein pour deux soirs de Brahms, avec Rudolf Buchbinder et le Tonhalle Orchester Zürich dirigé par le chef titulaire David Zinman.
David Zinman
Premier concert avec une symphonie n°1 en do mineur, op. 68 qui s'éclate en contrastes. Zinman peut compter sur des musiciens extrêmement attentifs et précis. Il explore la richesse sonore que lui offre la première symphonie de Brahms, lui donne de la profondeur en mettant l'accent sur les basses, et peut compter sur l'orchestre pour oser des pianissimi si doux qu'on est pas sûr, depuis l'enclos des places debout, si l'orchestre joue réellement, ou si c'est le fruit de notre imagination. Il se laisse le temps de faire d'énormes crescendi, on sent qu'il connait ses musiciens et qu'inversement ceux-ci comprennent ses moindres gestes: la précision d'attaques est impressionnante et la qualité des vents rare.
Le concerto pour piano n°1 en ré mineur op. 15 a été tout aussi brillamment interprété par l'orchestre, avec des tempi  généreux, permettant à l'orchestre de déployer sa sonorité et au pianiste de montrer sa virtuosité. Buchbinder a su garder sa partie intacte, mais souvent au prix de trop de pédale ou d'un son dur, un peu haineux. Les passages lent, en particulier l'adagio, jouissaient en revanche d'un son très pur, avec beaucoup de poésie, et une parfaite fusion entre l'orchestre et le soliste, à donner les frissons.

mercredi 29 septembre 2010

Cecilia Bartoli et Handel au Theater an der Wien.

Petite pause baroque bienvenue dans mes longues journées d'analyse acharnée de Penthesilea (les limites de la tonalité, moyen ultime et infaillible de vérifier que les acquis d'analyse sont bel et bien acquis) - je vous en parlerai, mais pas maintenant. Un thé fumant (très fumant: je refuse encore d'allumer le chauffage, malgré les 17°C), les messes de Bruckner (Jochum, je vous en parlerai aussi un jour) pour me laver les oreilles et un morceau de chocolat en guise de déjeuner.

Le 12 Septembre dernier, Theater an der Wien (le meilleur opéra de Vienne, qualitativement parlant, je vous rappelle), nous (le petit noyau d'étudiants de musicologie qui passent leurs journées à l'institut, plus précisément devant l'institut, leurs soirs à l'opéra et leurs nuits à boire des bières) avions reçu des places pour la générale de Semele, opéra de Handel un peu oublié. Ce n'est pas le meilleur opéra de Handel, de loin pas, il ne pourrait jamais rivaliser avec un Giulio Cesare, c'est certain. Mais les grands moyens employés par le Theater an der Wien ont permis d'en faire quelque chose de bien, un moment agréable, un moment de détente. Car même si le sujet de Semele est loin d'être comique (Semele  doit épouser un homme, Athamas qu'elle n'aime pas, mais que sa soeur en revanche aime passionnément. Elle supplie Jupiter de la sauver, tombe amoureuse de lui (Jupiter donc), se fait enlever
par lui et vit heureuse sur l'Olympe. Jusqu'à ce que Junon s'en mêle: elle a entendu les plaintes d'Athamas et veut le venger (et se venger par la même occasion, ne soyons pas dupes). Entre temps, Jupiter a fait enlever la soeur de Semele, Ino, afin de lui tenir compagnie. Junon demande à Somnus, dieu des songe, de faire rêver Jupiter de Semele, et se rend auprès de Semele en se faisant passer pour la soeur de celle-ci. Elle lui montre son reflet dans un faut miroir, qui la rend incroyablement belle, et lui demande si ça y est, elle a reçu l'immortalité de Jupiter. Semele se plaint que non, alors Junon lui confie qu'elle doit simplement exiger de Jupiter qu'il se montre à elle sous sa vrai forme. Entre Jupiter, tiraillé de désir pour Semele, qui le repousse et exige de lui la promesse qu'il lui offrira ce qu'elle lui demande. Jupiter jure, Semele réclame de le voir comme il est réellement. Jupiter se lamente et tente de la dissuader, car quiconque le voit dans sa vraie forme est condamné à brûler vif. "Si je me montre à toi, je serai forcé de te faire mal" dixit le chef des dieux. Et Semele de répondre: "ça m'est égal, montre-toi!". Jupiter se montre, Semele part en flammes, orgie donnée par Junon. Rideau.


Birgit Semmert (Junon), photographiée par Armin Bardel

Normalement, car avec Carsen, la fin diffère un peu: dans l'ivresse de l'orgie finale, Junon lorgne le malheureux fiancé, tandis que Jupiter s'intéresse déjà à Ino, la soeur de Semele...
Mise en scène très Carsen, mais pas aussi renversante que celle de L'Inconoratione di Poppea, l'hiver passé. En effet, on oscille entre des grands tableaux tragiques qui frisent le kitsch (voûte étoilée, chants d'amour et soprano parfait de Bartoli) et des scènes franchement comiques, notamment Hera représentée en reine Victoria, et sa secrétaire stressée de la vie. Point négatif aussi, lorsque le régisseur étouffe de rire de manière ostentatoire dans son propre spectacle, c'est exagéré et désagréable. Il aurait tout aussi bien pu tenir une pancarte "je suis un génie".
Musicalement, c'était bien évidemment exceptionnel, Cecilia Bartoli en Semele, c'est le bonheur! On peu remettre en question ses coloratura chanté à un tel rythme que l'orchestre peinait à suivre, mais il n'y a pas un son qui n'aurait pas été parfaitement chanté et déroutant de justesse. Dans l'ensemble de très bons chanteurs, très bons comédiens également, qui font vivre l'opéra à travers leurs rôles bien ressentis. Charles Workman (Jupiter) ne fait pas tout à fait la balance avec Bartoli et semble forcer un peu sur la voix, mais montre beaucoup de finesse dans l'interprétation. On remarquera également Birgit Remmert (Junon) et Kerstin Avemo (Iris, la secrétaire) pour leurs talents de comédiennes.
L'orchestre des Arts florissants, sous la direction de William Christie, s'en est également très bien sorti, peu être parfois en léger déséquilibre avec les chanteurs. Quant à l'Arnold Schönberg Chor, une fois de plus, rien  lui reprocher, une très bonne dynamique, autonome et à l'aise autant dans la musique de Handel que sur scène.

lundi 13 septembre 2010

Taneyev, les symphonies

Nourrir mon macbook avec 8GB de musique, ça ne suffisait pas: il a fallu que je passe chez Caruso, juste comme ça, pour voir s'il y avait des CDs que je cherchais (Schoeck, évidemment) (rien trouvé, évidemment). Mais il y avait plein de belles choses de Marco Polo, le label trobien qui a fait faillite, et dont les disques sont vendu en rab'. Et donc voilà, entre les Szymanovski, Borodine et autres, j'avais de la peine à choisir. Ce fut Taneyev qui remporta la victoire.
Taneyev, Symphonies n°2 et 4
Polish Chamber Orchestra
Gunzenhausen

2009, Marco Polo

****

Serges Ivanovich Taneyev (1856-1915) est un pianiste et compositeur russe, élève et interprète de Tchaikovsky. Il se lie d'amitié avec Turgenev, rencontre Franck et Saint-Saëns, mais aussi Flaubert et Zola, et il fut le professeur de plusieurs grandes figures de la musique russe, dont Glière, Medtner, Rachmaninov et Skriabine.
Après avoir découvert la musique de chambre de Taneyev et avoir écouté l'album en question en boucle, je n'ai pas été déçue par ses symphonies. On est porté par le romantisme qui sent un peu Medtner, mais en restant encore très tonal, un peu sage peut-être. Néanmoins on peut agréablement se plonger dans cette musique généreuse et relativement facile d'accès, mais qui manque parfois un peu de corps.
La symphonie n°4 (1901) est très plaisante, un peu hétéroclite, ce qui lui confère un certain charme spontané, notamment le dernier mouvement, entrecoupé d'un marche militaire tellement légère qu'elle semble en être une parodie, un peu dans l'esprit de l'ironie d'un Shostakovich.
La seconde symphonie (1877)est plus classique dans sa forme, avec une sorte d'ouverture adagio très à la mode dans la seconde moitié du XIXème, mais aussi plus fluide. On sent un compositeur plus jeune, encore très tourné vers son professeur adoré Tchaikovsky. Elle est restée inachevée, sans mouvement final.

L'orchestre joue avec finesse et précision, peut-être un peu trop, on aimerait plus d'élan, que Gunzenhausen doive retenir ses musiciens comme un cavalier freine sa monture trop impétueuse. 

dimanche 12 septembre 2010

Tannhäuser, ou premier opéra après deux mois de pause

J'essaie d'être plus constante, mais comme tout le monde: j'ai une pile d'enregistrements à écouter, de livres à lire, de langues à apprendre et d'expos à visiter, accessoirement je suis sensée étudier et travailler pour gagner les sous nécessaires pour mener à bien la liste de piles mentionnées plus haut. Mais donc, j'essaie.

Après deux mois de pause, j'étais toute impatiente de retourner à la Staatsoper, avec le nouvel intendant et le nouveau directeur artistique, respectivement Dominique Meyer (c'est malgré l'orthographe, un homme) et Franz Welser-Möst (qui dirigeait déjà chaque deuxième opéra de la saison précédente). Ouverture de la saison 2010-2011 avec Tannhäuser, avec les mêmes chanteurs, sinon le génial Gerhaher, remplacé par Matthias Goerne, un peu moins génial (oui quand-même, puisque Gerhaher est le meilleur chanteur du monde et plus). Comme en juin 2010, dans la mise en scène de Claus Guth, avec Johan Botha en Tannhäuser, Anja Kampe en Elisabeth et Welser-Möst au pupitre. Vocalement, Botha a nettement mieux assuré sa partie, tandis que le bariton un peu trop dur de Goerne ne parvenait pas à faire oublier la voix magnifique de Gerhaher. Mais c'est surtout l'orchestre qui a surpris, avec une générosité et une précision u jeu qu'on n'a malheureusement que rarement à l'opéra. Nul doute que pour ce premier opéra de la saison, les Wiener avaient un grand plaisir à jouer, à jouer bien, non seulement proprement, mais avec beaucoup d'émotions, comme s'ils avaient redécouvert Wagner. Nul temps pour s'ennuyer durant ces 4h30.

Et puis comme il ne faut surtout pas chômer, Franz Welser-Möst est venu dans l'église des St-Augustins pour nous (le choeur d'église) diriger. Messe du couronnement de Mozart, selon ses désirs, avec beaucoup de sourires et de surprises.

mercredi 4 août 2010

Mémoires de Hongrie (Sándor Márai)

C'est désormais une évidence, je me suis entichée de cet écrivain hongrois du XXe siècle. De son oeuvre qui s'insère dans le cadre d'une bourgeoisie humaniste qui est morte avec la Seconde Guerre mondiale, à laquelle j'aurais voulu appartenir aussi, sans doute. Troisième ouvrage de Márai, découvert à travers ses Confessions d'un bourgeois, approfondi à travers ses Braises (lu en allemand). Maintenant, j'en suis revenue à ses récits autobiographiques, que je préfère, à ses Mémoires de Hongrie, avec cette magnifique photo de Budapest, de Pest plutôt, pour être précis, prise depuis les hauteurs de Buda, quelque part durant l'entre-deux guerre.


Livre de Poche, 443 pages



Quatrième de couverture:



Antifasciste avant la guerre, "ennemi de classe" sous l'ère soviétique, témoin d'un monde qui se délite, Sandor Marai connut avant son exil officiel vers les États-Unis un tragique exil intérieur. Rédigés vingt ans après les événements évoqués, ces Mémoires composent une fresque saisissante de la Hongrie à une époque cruciale de son histoire et mettent en lumière le trajet bouleversant de l'auteur des Braises. Avec verve et sensibilité, Marai raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques en Hongrie en 1944 et l'instauration du régime communiste. L'écrivain doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet. Isolé et impuissant, Marai décide de quitter son pays : "Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur", écrit-il la nuit de son départ, en 1948.

Mon avis: *****

J'ai adoré. Bon bien sûr, du moment que j'admire profondément Márai, que j'ai une fascination particulière pour l'Europe torturée du XXe siècle et une attirance pour l'Europe de l'Est, et depuis que j'y ai remis les pieds ce printemps, pour la nostalgique Budapest, le contraire eut été surprenant.
Ce livre est une mine d'or pour tous ceux qui s'intéressent à la Hongrie, aux "colonisations soviétiques" des années 50, à la situation de Budapest durant cette période cruciale de 1945-1948. L'auteur narre la cohabitation avec les soldats russes, l'appartement de fortune, la solitude des Hongrois, ce peuple étrange, à cheval entre Orient et Occident, coincé entre les peuples germains et les Slaves, à la recherche fébrile et désespérée de son identité. C'est une histoire de la littérature hongroise aussi, Jókai, Babits, Kosztolányi, Krudy, Vörösmarty, et tant d'autres, chacun est honoré, par quelques vers cités, par des anecdotes, par un chapitre plein d'admiration.
C'est avant tout le cri d'un écrivain, revenu au pays après une visite en occident, parce que sa seule raison d'être, c'est le hongrois, si solitaire dans sa différence avec les autres langues. Cet écrivain qui décide de parler dans sa langue maternelle, de se taire dans sa langue maternelle. Avant d'arriver à la conclusion que rester, c'est courir le danger de succomber aux lavages de cerveaux de la propagande communiste.
Et pour moi, c'est le début d'une découverte: celle de la richesse de la littérature hongroise, de son essence aussi, un peu.

mercredi 28 juillet 2010

Old School meets Young Generation

La musique de chambre reste une particularité du Verbier Festival, qui permet aux meilleurs artistes du monde de se retrouver pour faire de la musique ensemble.

© Julia Wesely
le 20 juillet à l'église de Verbier, c'étaient Rodion Shchedrin, Renaud Capuçon et Mischa Maisky qui se retrouvaient pour jouer Three funny pieces de Shchedrin, trois pièces très drôles (surtout la dernière, l'humoresque, enfin humoristique), que ces trois grands enfants ont beaucoup de plaisir et de malice à faire connaître au public, qui ponctue les inventions loufoque du compositeur par moult rires. Et Maisky de donner le ton d'emblée, en tombant d'un coup avec son tabouret, apparemment mal vissé.

Le ton change, le pianiste aussi: la jeune musicienne géorgienne Khatia Buniatishvili remplace Shchedrin pour le trio N°3 en fa mineur, op.65 de Dvorak, joué avec beaucoup de verve et de précision, mais il manque une idée commune qui porte le tout. Néanmoins une excellente prestation, et l'envie de réentendre, voire de jouer ce trio découvert ce soir-là.

Après l'entracte, on continue à explorer Dvorak, son quatuor pour piano et cordes en Mi bémol Majeur, op. 87. Changement de protagonistes: tout comme le Liederabend du 19 juillet 2010, qui réunissait deux musiciens chevronnés et deux jeunes talents, l'immense Lynn Harrell et le tout petit Menahem Pressler (le premier faisant presque deux fois la taille du second, ce qui donne un côté attendrissant au groupe) encadraient les jeunes Lisa Bathiashvili, qu'on n'a plus besoin de présenter, et Laurence Powell, belle découverte de ce Festival,
en ce qui me concerne. Aux deux jeunes à la technique infaillible et à l'énergie insouciante s'ajoutent les deux anciens, avec leur musicalité hors pair, datant de cette époques révolue où la pensée musicale était plus importante que la pureté du jeu.
© Menahem Pressler 2009
Malgré cette très grande différence d'âge qui les sépare, le quatuor trouve sa propre pensée, c'est un corps avec ses organes multiples, aux caractéristiques différentes, certes, mais qui ont tous pour but de servir l'ensemble, le tout. C'est un moment de très grande musique, et, pour une fois, le public ne se lève pas pour prétendre assister à un concert exceptionnel et pouvoir raconter ce moment historique à ses connaissance une fois de retour à New-York, Londres ou Tokyo. Pour une fois, le public bat des mains parce qu'il ne peut pas faire autrement, et il y a ces sourires de bonheur sur les visages, et la joie de réentendre le mouvement lent. On aurait bien réentendu tout le quatuor, mais les musiciens ont déclinés la demande d'un second bis.