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samedi 7 juin 2008

Ballade op.118: qui est le plus Brahmsien?

Voici enfin la note promise depuis quelques semaines, au sujet des diverses interprétations de la Ballade op.118 de Brahms que l'on trouve sur youtube.
J'en ai écouté quelques unes, une sorte de sélection de tout et n'importe quoi mis à disposition sur internet.
J'ai retenu quatre noms:
trois grandes figure du piano, Lugansky, Kissin et Pogorelich, et un jeune lauréat du concours Viotti, Cathal Breslin.

Kissin:

trop lourd, trop rubato, trop collant et pâteux. J'ai beaucoup de peine avec son Brahms mou, ventru et à la respiration difficile. C'est gros, gras et fatigué, le tempo est excessivement lent et de toute manière pas usé de façon adéquate. non, vraiment, je ne sais pas ce qui s'est passé dans l'esprit d'Evgeny Kissin au moment où il à joué cela. Peut-être l'air était-il lourd et moite ou son repas trop copieux? Il a trop bu, mal dormi, perdu sa brosse à dent ou son poisson rouge?
Ma critique est d'autant plus virulente que j'ai beaucoup d'affection et d'affinité avec son jeu. Sa troisième Ballade de Chopin a le pouvoir de m'envoyer à l'hôpital, ses Tableaux me font le plus vif effet. Et il joue un Brahms aussi médiocre!...
je suis dure avec lui, parce que je sais qu'il sait faire mieux. Le cas échéant, ce serait juste une démolition en bonne et due forme, sans aucun intérêt ni pour moi ni pour le pianiste en question. Et un perte de temps.

Pogorelich:

trop hâché. Autant Kissin était mielleux et coulant, autant Pogorelich devrait jouer plus près du clavier et se souvenir que la pédale n'est pas là pour faire joli. La partie lente, en revanche, très introvertie, simple, calme et légère, forme un agréable contraste avec les claquements secs du premier thème. Cette partie paisible est l'une de mes favorite et fait une très sérieuse concurrence à l'interprétation qu'en donne Lugansky.

Brelsin:

fluide mais sans perdre de caractère, il est peu-être un peu trop sec et trop disparate. J'ai le sentiment qu'il peine à avoir une vision global de cette ballade, qu'il hésite encore entre différents affects. Mais dans l'ensemble, son jeu est assez proche de celui de Lugansky, ce qui est évidemment un beau compliment. Un peu de maturité encore et sa 3ème Ballade Op.118 sera brillante.

Lugansky:

tempo très vif, jeu précis et fluide. Il va "tout droit", utilise très peu le rubato, mais en tire une fraîcheur et un naturel magnifique. Tout semble couler de source, facile et évident, le discours musical reste uni et cohérent tout au long de la pièce, et il assume parfaitement la rapidité de son jeu. En ce qui me concerne, cette interprétation de Lugansky est ma référence. (Malheureusement pour moi, il n'existe qu'un DVD de cet opus 118 par Lugansky...)

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Pour aller plus loin:

Evgeny Kissin - (3)
Nikolaï Lugansky - (1,2,3,4,5,6)
Ivo Pogorelich - (3)
Cathal Breslin - (1,2; 2,3,5, 6)

jeudi 5 juin 2008

Abschiedskonzert: Alfred Brendel mit standing ovations bejubelt

Tonhalle Zürich, 31.05.2008, 19:30

La lumière de cette fin de jour d'été entre en faisceaux obliques dans la Tonhalle joliment ouvragée, qui baigne dans une lueur dorée et grandiose, comme une gigantesque cathédrale florentine. Les auditeurs prennent place, la salle est pleine à craquer, le public est majoritairement composé de retraités.
Jeunes musiciens et étudiants, où êtes-vous?
Une belle tension plane au-dessus des visages tournés, palpitant, vers la scène dépouillée.
Ce soir, le grand maître ne nous offrira pas moins de trois sonates et des variations. Un programme conséquent et ambitieux.
Le pianiste aux lunettes épaisses s'avance lentement vers sa seconde moitié, le grand piano qui trône au centre de l'estrade.
Simon et moi nous trouvons au dernier rang de la galerie, et, comme nos collègues de dernière catégorie, nous nous levons, pour voir le jeu du maestro.


Haydn: Variationen in f-moll, Hob XVII/6
Dès les premières notes, on est frappé par la finesse et la précision du toucher de Brendel - même si j'avais déjà décidé, depuis son récital au Lucerne Festival de novembre dernier, qu'il avait le plus beau son de l'univers pianistique. Brendel, c'est la lumière qui jailli de ses doigts, c'est une seule note qui peut vous amener à l'extase.
Je voudrais souligner ici la richesse imaginative et inventive dont le pianiste fait preuve dans ces variations. En général, je n'aime pas spécialement les variations, j'ai tendance à m'ennuyer au bout de la 4ème variation, or, ce soir, chaque variation est jouée tellement différemment que j'en viens presque à oublier qu'il s'agit de variations, et les applaudissements à la fin me surprennent tant que je chuchote à Simon, interloquée: "pourquoi les gens applaudissent-ils au milieu de la pièce?"

Mozart: Klaviersonate in F-Dur, KV 533
Mozart. Comme je l'ai dit, Mozart et moi, nous ne sommes pas très copains. Sauf quand c'est joué par Brendel. Lui, il peut. Je ne vais certes pas me mettre dans tous mes états, comme avec du Chopin, mais enfin, j'y trouve du plaisir malgré tout.
Sa sonate est très traditionnelle si je puis dire, pas du tout comme la vision assez sombre que nous avons pu écouter le soir suivant avec Kissin et la Kremerata Baltica. Vif, aérien, pétillant. Dans mon carnet, j'ai noté: "Ses ornements sont comme des jeux de lumière, comme le miroitement du soleil sur l'eau". Une mention particulière pour le deuxième mouvement, dans lequel Alfred Brendel a pu pleinement nous faire apprécier la beauté de son son si accompli. Il a su tenir sur la longueur et faire durer l'émotion de la première à la dernière note de ce mouvement lent qui donnait les frissons.

Beethoven: Klaviersonate in Es-Dur "Quasi una fantasia", Op. 27, Nr. 1
Suivait un Beethoven très engagé, ce qui, venant de ce pianiste au jeu que je trouve généralement très intellectuel, m'a agréablement surpris. Un engagement qui lui a coûté quelques imperfections, qui, loin d'être gênantes, ont donné à ce Beethoven tout la spontanéité que l'on peut attendre de Beethoven, et encore plus d'une sonate "quasi una fantasia". Le pianiste s'est lâché, libéré de ses interprétations réfléchies et cérébrales pour simplement vivre pleinement cette très belle sonate de Beethoven. C'était très fort, et, malgré plus d'une heure debout, immobile dans mes chaussures inconfortables, je n'ai pas vu le temps passer.

Schubert: Klaviersonate in B-Dur
Faut-il tenter de poser des mots sur cette interprétation?
En cheminant vers la Tonhalle, Simon me disait que Brendel était devenu célèbre par son Schubert. Je veux bien le croire!
Cette très grande sonate était simplement vollkommen.
Il n'y avait plus rien à dire, plus rien à ajouter. Tout était accompli. On aurait voulu que cela ne s'arrête jamais, plus jamais. Vraiment.
Le mouvement I était subtile, intense et doux, le second mouvement calme, simple, lumineux, sans faux pathos, le mouvement III joyeux, souriant, espiègle, léger comme une brise d'été, et le finale très intense, comme le turquoise sombre d'une eau pure et profonde, comme l'immensité d'un ciel étoilé.

Après une telle prestation, comment ne pas offrir une standing ovation au pianiste qui prend sa retraite? L'émotion était à son comble lorsque le public s'est levé d'un seul homme, dans des applaudissements frénétiques.

Nous avons eu droit à trois bis - trois bis! - et à chaque fois, je me disais que c'était le dernier.
Tout d'abord le deuxième mouvement du concerto italien de Bach, qui m'a étonné par l'usage de la pédale, moi, puriste pour qui Bach = pas de pédale, à quelques rares exceptions près.
Puis un peu de Liszt, avec Au lac de Wallenstadt, la seconde pièce des Années de pèlerinage I, dont je possède par ailleurs un enregistrement par Brendel lui-même. La pièce a mûri, est devenue plus libre, plus rubato, je la préfère telle qu'il la joue maintenant. Un sentiment vaguement étrange d'entendre en "vrai" une partition écoutée tant de fois à la maison.
Alfred Brendel m'a ensuite fait le plus beau cadeau qui soit, en nous offrant, comme troisième et dernier bis, l'Impromptu en Sol bémol Majeur de Schubert, que j'avais découvert sur internet jouée par lui-même, et qui m'avait laissé une vive impression. Mais jamais je n'avais imaginé l'entendre une fois, lui, en live, jouer cet impromptu.
J'étais out of my mind, et pendant plusieurs minutes qui ont suivi, je n'étais plus capable de penser par moi-même.

Merci pour ce grand moment de musique.

PS pour Simon: Alfred Brendel a été jeune une fois! J'ai trouvé un extrait où on le voit avec des cheveux qui ne sont pas gris! (ici, pour réentendre son superbe accent autrichien comme lors de sa petite blague "Jetzt muss ich mich nochmal konzentrieren, sonst schreibe ich am Ende noch Kissin!" et ici pour rigoler un peu)

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critique dans le Tagesblatt
critique dans la Frankfurter Allgemeine

mardi 3 juin 2008

Evgeny Kissin et Kremerata Baltica ou l'autre visage de Mozart

Tonhalle Zürich, 01.06.2008, 19:30

Ça y est enfin. C'est arrivé vite, et j'ai dû patienter si longtemps. Mais ce soir, ça y est, j'entre dans la Tonhalle, je monte à la galerie, trouve ma place, la respiration qui s'accélère en apercevant le grand piano noir, si proche.
Les jeunes musiciens de la Kremerata Baltica prennent place sous les applaudissements chaleureux du public.
Silence.
* Ca y est, cela devait arriver: il aura eu un problème de dernière minute, le directeur de la Tonhalle va monter sur scène nous annoncer que. *
Soudain, un frémissement, et, sous un tonnerre d'applaudissements, le grand virtuose russe se fraye un chemin jusqu'à son instrument.
* ouf! *


Mozart: Klavierkonzert Nr 20 in d-moll
L'orchestre, dont les deux premiers violons alternent dans la fonction de chef d'attaque, se lance dans un Mozart surprenant. Sombre, dubitatif, passionné, fougueux. Evgeny Kissin suit le ton donné, allant jusqu'à jouer un Mozart déjà très profondément romantique, un Mozart diamétralement opposé à celui, très Wienerklassik d'Alfred Brendel, le soir d'avant. Ce soir, c'est un Mozart dont la luminosité gaie et insouciante est voilée par une sorte de questionnement intérieur mélancolique, et même, lors de la première cadenza notamment, un Mozart énergique, têtu, exaspéré, qui tape du pied et s'énerve. Cette première cadenza, c'est Beethoven plays Mozart - à tel point que je me demande qui a écrit la cadence: Mozart lui-même? Ou Kissin?
Le finale est vif, pétillant, spontané, à l'image de ce tout jeune orchestre qui sait lui conférer une fraîcheur rarement égalée.
Un Mozart qui a du corps, un Mozart quasi beethovenien, que Simon et moi, pourtant vraiment pas fervents amateurs du compositeur autrichien, apprécions plus qu'il n'est possible de le dire.

Britten: Variationen über ein Thema von Frank Bridge, Op. 10
Je n'avais jamais entendu parler de ces Variations Op. 10 - il faut dire que je connais très mal Britten, mis à part la présentation d'orchestre pour une jeune personne (que nous avons tous entendus, enfants) et des extraits de son opéra The Turn of the Screw (que j'adore: il faudra que j'en parle une fois) - c'était donc une découverte.
Une très très bonne surprise. Le jeune Britten a écrit ses 10 variations sur un thème de Frank Bridge, qui n'est autre que son premier professeur de composition. Il compose en choisissant les influences dans une très large palette de styles et de formes (Romance, Aria italiana - que les violons II + altos jouent comme de la guitare! - Wiener Walzer, Moto perpetuo, Funeral March et Fugue), ce qui confère à cet opus 10 un caractère très plaisant, avec beaucoup de tableaux différents.
Kremerata Baltica affichait un plaisir évident et beaucoup d'humour en jouant ce Britten, ce dont la pièce a profiter de manière très favorable. Ce jeune Britten gagne apparemment à être interprété par un orchestre jeune lui aussi.
Une très belle découverte, le titre a aterri sur ma liste de CDs à acheter le jour où je serai moins pauvre, et Simon n'a, ni une. ni deux, acheté le CD proposé dans le hall de la Tonhalle, que nous avons ensuite écouté le lendemain matin.

Prokofiev: Symphonie classique, Op. 25, Nr 1
Je n'ai pas noté beaucoup dans mon carnet Moleskine à propos de ce Prokofiev. Simon l'attendait avec impatience, pour ma part, j'étais curieuse de me souvenir comment est cette 1ère symphonie. Kremerata baltica l'a interprété avec brio, beaucoup de fougue, beaucoup de plaisir, beaucoup de sourires. Décidément, les œuvres de jeunesse leur vont admirablement, comme sur mesure! Cette symphonie est elle aussi venu rallonger ma liste d'achat.

Mozart: Klavierkonzert Nr 27, B-Dur
Le deuxième concerto du soir, cette fois en majeur: sera-t-il aussi surprenant que le premier, en mineur?
Yes, he is. Il est espiègle, vif, mais doux pourtant, et reste quelque peu songeur. Le mouvement lent merveilleusement construit, une ligne mélodique très pure, à la fois cristalline et profonde, de beaux dialogues entre le pianiste et l'orchestre. Et le rondo, construit sur la vieille mélodie populaire allemande Komm' lieber Mai und mache die Wiesen wieder grün est un agréable retour en enfance, aussi léger et frais que les joues rouges barbouillées de jus de fraise du petit enfant qui le chantonne dans le jardin.

Malgré cette très brillante performance, la salle est restée relativement froide, n'a réclamé que deux rappels: une Türkischer Marsch enfin bien jouée (!) et une valse lente de Chopin. Alors que Simon est moi battions encore énergiquement des mains, les auditeurs ont commencé à quitter la salle. Et nous avons été fâché contre eux tous!

En conclusion de cette soirée, je dirais que j'ai découvert Britten vraiment et appris - en deux heures ! - à aimer Mozart. (Bien que je ne sois pas sûre que le Mozart de ce soir aie été très "académique".) Anyway.

jeudi 15 mai 2008

Le musicien respire

Si vous écoutez l'Arabesque de Schumann sous les doigts de Evgeny Kissin (promis, je ne vais pas le mentionner dans chaque article. Mais.), vous remarquerez que l'on entend beaucoup les inspirations du pianiste. Les respirations "musicales" si je puis dire, celles qui ne sont pas naturelles et inconscientes - du moins au départ - mais qui sont dictées en quelque sorte par la phrase musicale.
Etant pianiste, la respiration a longtemps été pour moi quelque chose d'aussi secondaire que les battements du coeur ou le clignement des yeux. Jusqu'à ce qu'un jour, devant le public genevois, j'ai joué deux pages de Liszt en apnée, sous l'influence du stress. J'en suis par ailleurs presque tombée de mon tabouret; le clavier gondolait dangereusement, les touches blanches m'aveuglaient, et, pire que tout, le clavier s'est transformé en une alternance à l'infini de touches noires et blanches, une perte de repère totale et terrifiante. Heureusement, un unisono de mi avec point d'orgue m'a permis d'inspirer profondément et de retrouver mes esprits.
Depuis ce jour, j'essaie de respirer de manière plus ou moins consciente. Dur dur.
Je n'avais jamais entendu un pianiste respirer. Par-contre, mon professeur de violoncelle respire fort et beaucoup avec la musique. Certains de ses élèves avancés le copient, ce qui me semblait être affecté et une peu je-me-la-pète. Donc pas pour moi.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine. Beaucoup de nuit sont venues, beaucoup d'heures ont sonné, beaucoup de jours s'en sont allés.

Et j'étais dans le train cheminant dans le soleil de midi, les yeux errant à travers champs et les oreilles souriant à la troisième Ballade de Chopin - ma préférée en ce moment. Là, je suis surprise d'entendre les inspiration d'Evgeny Kissin, bruit qui se perdait lorsque je l'écoutais chez moi, dans le lecteur CD. Force m'a été d'admettre que le souffle de l'artiste, loin d'être ridicule, affecté ou déplacé, contribue au ressenti de la musique. Entendre le musicien respirer, c'est une manière de respirer avec lui, d'entrer en symbiose avec son jeu. Personnellement, j'irais jusqu'à affirmer que le bruit de la respiration me procure un plaisir aussi intense qu'une note aiguë fine, cristalline et perlée qui tombe légère comme une goutte de pluie.

Vivent les musiciens que l'on entend respirer avec la musique!
Sans mentionner qu'un musicien qui respire est un musicien qui joue plus librement, avec d'un côté un son plus ample, donc plus rond, et de l'autre sera beaucoup moins enclin à des tendinites et autres douleurs dans le dos et la nuque.
Alors...
A vos marques, prêts.... Respirez!

samedi 3 mai 2008

Medici.tv, la source de tous vos bonheurs!

C'est chez Bruno que j'ai appris la bonne nouvelle: Medici-arts, le site qui avait diffusé - gratuitement et dans une très bonne qualité - l'intégrale des concerts donnés dans le cadre du Verbier Festival, Medici-arts, grâce à qui j'ai fait la découverte la plus post-mégalo-dantesque de tous mes vingt ans* , Medici-arts raccourci son nom et agrandi son offre!
Medici.tv que ça s'appelle maintenant. Et le site fourmille de milles vidéos. Chefs d'orchestre, concerts historiques, les plus grandes figures du violon et les géants du piano, tout y est.
Il faut aller voir. Vraiment.
Medici! vieni, vieni, vieni! (<- j'ai une longue journée derrière moi, et puis la fièvre me fait un peu délirer. Scusa mi.) Rien à voir mais lundi, j'étais à la Hochschule der Künste Bern ( kurz: HKB) pour écouter un cours du professeur Tomasz Herbut (on prononce Tomache, si comme moi, vous ne le saviez pas), et un petit Polonais jouait du Brahms. Quelque chose d'ultra connu, que ça m'a fait enrager de ne pas retrouver les références. [Note personnelle: ma tête est un vrai capharnaüm chaotique, il faudrait ranger un peu cet été.]
Bref. Je viens de tomber nez à nez avec Evgeny Kissin qui joue exactement ce Brahms. En passant: Simon, est-ce que c'est cette balade que tu joueras lundi soir? (Si oui, je te tape très fort en pensée.) Et puis, dites, les gens, pourquoi les doigts de Kissin ne tremblent pas quand il joue? Parce que moi, mes mains, c'est comme si j'avais le Parkinson, et le seul avantage que j'ai trouvé à ce jour, c'est pour le vibrato au violon ou au violoncelle: ça sort tout seul, c'est incredibeule but trou.

Toujours dans la youtioubophonie, j'ai vu qu'il y avait "mon" concert, ma première confrontation avec Kissin. Je ne peux que vous le mettre:


*L'article que j'avais écrit suite à ce choc:

samedi 4 août 2007

Евгений Кисин

Je cherche mes mots. Je cherche, sans trouver, depuis bientôt une semaine. A en croire que j'ai touché aux limites du langage verbal.

"La Musique comme moyen d'exprimer l'inexprimable" - Richard Wagner

C'était un hasard, dimanche soir dernier. En cherchant je ne sais plus quoi sur le ouèbe, j'ai atteri sur le site du Verbier Festival. Retransmission en live ici. Et subitement, je vois le grand maître avancer sur scène, se frayant un chemin entre les musiciens de l'orchestre. Kissin en direct, ça ne se loupe pas. Je branche les écouteurs pour une meilleure qualité sonore (oui, en effet, je trouve que la qualité des hauts-parleurs de mon portable est pitoyable). Silence. Quelle sera la pièce? Le chef regarde ses musiciens, lève la baguette. Les quatre accords de Do Majeur annoncent le 1er concerto de Beethoven. Mon concerto à moi (si vous ne vous souvenez pas, regardez ici). Je descends en coup de vent prendre la partition restée sur le piano. A mon retour devant l'écran, l'orchestre a quasi fini l'introduction, les mains du pianiste viennent prendre place au-dessus du clavier.

Et là c'est le coup de foudre.

Chaque note est travaillée avec soin, attaquée et quittée différemment de la note précédente. Un toucher incroyable, une sensibilité, un suivi de la ligne mélodique et une dextérité remarquable.

kissin

Malgré des critiques très peu flatteuses, reprochant notamment à Evgeny Kissin un tempo trop rapide, pas assez de respirations, trop de technique et pas assez de musicalité, ce concerto a été pour moi une expérience des plus marquantes dans ma vie.
Je suis tombée amoureuse de la musique, du piano, de Beethoven, du concerto, de Kissin. Pas juste un amour pudique comme avant. Avant, j'"aimais bien" la musique. Depuis ce concert donné dimanche soir dans la salle Médran à Verbier, c'est une relation passionnelle que j'ai avec la musique. La musique occupe ma pensée jour et nuit. Je l'aime jusqu'à en avoir mal. Mal parce que, comme le disait Rachmaninov, que je comprends enfin: "La musique suffit à toute une vie, mais toute une vie ne suffit pas à la musique". Ma vie sera trop courte pour la musique. D'autant plus que j'ai déjà gaspillé 20 ans de cette courte vie.
Cette passion a eu des effets secondaires très positifs. En plus de passer la moitié de mes journées à me promener dans l'univers noir et blanc du clavier, je me suis lancée avec un très vif plaisir dans les études affreuses, horriblement ennuyeuses de Hanon, et je ne vois pas passer l'heure d'arpèges, de gammes en tierces et octaves. (Pour ça, je sais que plus d'un apprenti pianiste deviendra vert de jalousie!). Et puis, comme le monde de la musique classique est un monde très élitiste, il faut d'urgence que je me remette un peu à compléter ma culture générale. Recommencer à lire les grands auteurs. Traîner un peu plus souvent dans les musées, expositions et autres manifestations culturelles.
Les vacances vont être très courtes!

[cliquez ici si vous voulez voir l'article dans son contexte initial]