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jeudi 19 septembre 2013

Schubert pour les petits-enfants

Il y a un CD que j'écoute volontiers quand je suis au magasin. Il avait atterri dans les bacs à la fin de l'hiver, je venais de choisir la sonate de Schubert que je voulais travailler durant le semestre à venir (la mineur, D 784) et l'enregistrement en questions m'avait presque fait changer d'avis et opter pour celle en la mineur,  D 845.

Label : Deutsche Grammophon
Date de parution : mars 2013
Durée totale : 83'24
Maria João Pires est la magicienne qui raconte Schubert à ses petits-enfants*. un Schubert plein de sensibilité poétique, tour à tour grave, doux ou pétillant mais toujours avec un demi sourire et une certaine insouciance généreuse même dans les passages les plus désespérés, Schubert comme on aime à l'imaginer ; Schubert comme on l'entend rarement.
La pianiste portugaise livre une interprétation magistrale de la sonate en la mineur D 845, avec une transparence qui n'est pas sans matière, une transparence pour ainsi dire palpable.
La grande sonate en si bémol majeur D 960, dont Richter et Brendel, pour ne citer qu'eux, avaient déjà effetués des enregistrements de référence, gagne sous les doigts de Pires une dimension nouvelle de rondeur sensuelle, une touche féminine qu'on ne retrouve dans aucun autre enregistrement.
Du corps et de la légèreté pour ces deux sonates de Schubert, dans l'équilibre parfait entre l'opulence et la retenue, que l'on écoute comme on caresserait un morceau de bois poli.

* Je reprends ici les mots que mon professeur a eu en tendant cet enregistrement à une autre étudiante, qui joue également Schubert.

mercredi 28 juillet 2010

Liederabend, Prégardien en bonus

Deuxième concert à Verbier, cette fois-ci dans le cercle plus restreint de l'église, pour une soirée dédiée aux Lieder de Schubert et Brahms.

© Bavarian State Opera
Le concert commençait avec les aigus de la jeune soprano Sylvia Schwartz pour se terminer dans les graves du baryton Markus Werba, les jeunes étoiles montantes encadrant les deux chanteurs chevronnés que sont Anne Sofie von Otter et Christophe Prégardien (remplaçant Bostridge, pour mon plus grand plaisir). Les pianistes jouant en alternance étaient Kyrill Gerstein, pour Schwartz et Prégardien, et Bengt Forsberg pour von Otter et Werba.

Sylvia Schwartz ouvre donc le concert, avec beaucoup d'émotion, on la sent tendue, mais sans raison: elle traverse les pièces de Brahms avec aisance et un bon son, très clair, très pur, qui lui ressemble, elle qui se tient debout tout en blanc sur la scène, avec ses cheveux foncés qui contrastent avec sa peau blanche, et ses grands yeux plein de candeur. Peut-être un peu trop de vibrato à mon goût, mais nous dirons que c'était dû à sa nervosité. Je ne me souviens pas l'avoir entendue dans un opéra, mais j'arrive très bien à me l'imaginer en héroïne d'un opéra italien, dans un rôle léger, comme Zerlina, ou Oscar.

Anne Sofie von Otter, grande chanteuse que j'admire énormément, meilleur Rosenkavalier qui soit. Elle monte sur scène très vieillie par-rapport à la photo qu'elle a laissé publier, la peau bronzée et le cheveux très blonds. Sa voix aussi est vieillie, et l'émotion ne passe pas réellement, même si c'est chanté très bien, peut-être un peu trop bien, trop poli comme son, et cela tue l'élément vivant des Lieder.

Venait Prégardien, avec Schubert. L'intensité est à son comble déjà dans le premier Lied, Der Zwerg, mais malgré tout, il réussi encore à intensifier son chant, frôlant la limite de la douleur dans Im Bendrot. A ma grande surprise, il enchaîne assez rapidement avec le dernier morceau, dans lequel la tension retombe un peu, pour laisser une chance à Werba.
Le jeune Werba se fait une place, un timbre très beau, chaleureux, et une puissance remarquable, il fera certainement un excellent chanteur d'opéra. Son fort, ce sont plutôt les grands traits lyriques que les fioritures virtuoses, il est plutôt un calibre de grande salle. De lui également, je me promets encore beaucoup.

Quelques pièces jouée en quatre mains par Gerstein et Forsberg, comme des petits intermèdes instrumentals entre les pièces vocales, que j'ai jugé sans grand intérêt, pas que les pianistes aient mal joué, mais simplement qu'il considéraient sans doute eux aussi ces pièces comme secondaires au programme.

mercredi 26 novembre 2008

Alfred Brendel, Nachklänge

Depuis dimanche, je me trouve dans l'impossibilité d'écouter autre chose que Schubert joué par Brendel:


(Malheureusement, le premier mouvement est coupé, youtube l'a voulu ainsi.)


Franz Schubert - Sonate in B-Dur, I. Satz (1/2) - Alfred Brendel


Franz Schubert - Sonate in B-Dur, I. Satz (2/2) - Alfred Brendel


Franz Schubert - Sonate in B-Dur, II. Satz - Alfred Brendel


Franz Schubert - Sonate in B-Dur, III. Satz - Alfred Brendel


Franz Schubert - Sonate in B-Dur, IV. Satz - Alfred Brendel


Une mention particulière je crois pour son second mouvement: le royaume des cieux s'est approché! (Amen.)

lundi 24 novembre 2008

{Lucerne Festival} am Piano - Alfred Brendel, Abschiedskonzert

KKL, 23.11.2008, 18:30

Heute versuche ich es mal, eine Kritik auf Deutsch zu schreiben. Früher oder später werde ich mich schliesslich dazu entscheiden müssen, denn es sieht ja immer mehr so aus, als ob ich mein Studium in Wien fortsetzen werde...

Den Text hatte ich bereits auf der zweistündigen Rückfahrt im Zug in meine Agenda gekritzelt, weil ich mein Buch schon bei der hinfahrt fertigelesen hatte - das reinste Drama: ich wusste vorerst gar nicht, was ich während der langen Reise anstellen sollte. Wie ich vom Konzert noch völlig durcheinander war, ist mir die 'Kritik' auch ein wenig sonderbar geraten:


  • Haydn (1732-1809): Variationen in f-moll, Hob XVII/6
  • Mozart (1756-1761): Klaviersonate in F-Dur, KV 533
  • Beethoven (1770-1827): Klaviersonate in Es-Dur "Quasi una fantasia", Op. 27, Nr. 1
  • Schubert (1797-1828): Klaviersonate in B-Dur
Zug von Luzern nach Bern, 21:35, kurz nach Zofingen. Es schneit, die Nacht ist lila gefärbt, Himmel und Erde weiss umwirbelt. Es herscht so was wie Weihnachtsstimmung.
Im Zug ists gemütlich vollgestopft; junge Männer in Uniform die zurück in die Kaserne müssen, Studenten aus dem Wochenende kommend und Konzertbesucher mit dem Programm in der Hand. Es werden dicke Romäne gelesen, Physik-Übungen fertig gemacht, Haydn- und Mozartpassagen diskutiert. Eine lockere, freundliche Atmosphäre, nach einem emotional sehr schönen Abend.
Alfred Brendels Abschiedskonzert, sein letzter Auftritt in der Schweiz. Wenn ich mich nicht irre, so war es denn auch auch seiner letzten Konzerte überhaupt, in einer Abschiedstournee die in einem Monat in Wien endet.
Der Konzertsaal des KKL war klatschvoll - nicht so arg wie der Zug, aber immerhin. Stühle waren noch auf der Bühne gereiht, das Publikum war (mindestens) aus der ganzen Schweiz angereist. Alles war gebannt, der Meister trat mit seinen gedehnten, elastischen Schritt ein, verbeugte sich kurze, und spielte Haydn. Und das mit so viel innerlichem lachen, dass mir unwillkürlich die Mundwinckel hochgingen. Danach folgte eine frische, unbefangene Mozartsonate, leider immer wieder von Husten und sonstige pfeifende und gurgelnde Geräusche gestrtört (das KKL-Publikum ist dieses Jahr irgenwie sehr kränkelnd). Dieser Mensch scheint Mozart au dem FF zu kennen und zu verstehen, alles ist so natürlich, so selbstverständlich, so einfach und überzeugend. Heiter aber nicht frivol, leicht aber nicht leer. Wunderbar!
Vor der Pause noch eine Beethovensonate quasi una fantasia, die Brendel auch wirklich quasi una fantasia spielt: eine wenig verträumt, ein wenig in sich hinein gekehrt, manchmal auch leicht zaghaft, aber nie zuviel - es bleibt ja Beethoven und soll nicht irgendeinen Brahms oder Schumann werden.
Nach der Pause dann Brendels Prachtstück, die grosse B-Dur Sonate Schuberts, die Brendel letzen Sommer in Zürich so unsagbar schön gespielt hatte, dass ich das gleiche Programm heute Abend noch einmal hören musste. Vier Stunden Zug um Brendel mit dieser Sonate noch einmal zu hören - es hätten auch acht Stunden sein können: Brendels Interpretation war wieder einmal bezaubernd, in einer Weise die, glaube ich, allen Konzertanwesenden noch lange im Gedächtnis bleiben wird. Wie damals in der Tonhalle, stehe ich vor einem grossen Fragezeichen: wie kann ich, mit Worten, diese unvergessliche Einspielung ausdrücken? Poesie wäre da wohl das einzige Mittel, es einigermassen hinzukriegen. Aber ich kann nicht dichten. Damals hatte ich das Vollkommene aus Brendels Interpretation hervorgehoben, heute würde ich hinzufügen, dass diese auch vollbracht ist. Weiter denk ich geht's auf dem Weg, den Alfred Brendel gegangen ist, nicht mehr. Der nächste, der Schubert spielen will, muss sich etwas anderes einfallen lassen, eine andere Richtung einschlagen. Brendel spielt wie wenn er jeden Nachmittag Kaffee und Kuchen mit dem Schubert gehabt hätte, und sie zusammen geplaudert und über Schuberts Kompositionen gesprochen hätten. Alles ist drin, alles, und der feinste wiener Esprit, dieses Schmuntzeln, diese sonnige und freudige Sprache, und der Humor, der hinter jedem Satz steckt, immer bereit, aufzutauchen. Fügt man Brendels unverwechselbare zarte und klare Klangfarbe hinzu haben wir Schubert in seiner edelsten und wahrhaftigsten Seite.

Nach einer standing ovation gabs eine kurze Rede, Brendel nahm dann auch das Mikrophon - vergass allerdings, es zu benutzen (die akkustischen Fähigkeiten des KKL wurden auf Probe gestellt, und es stellte sich heraus, dass man sich ohne Mikrophon wirklich von der Bühne aus mit der hintersten Reihe des vierten Balkon verhalten kann, und dies scheinbar ohne grosse Anstrengungen(!)). Sein gemütlicher österreichischer Akzent liess uns noch länger in der Wiener Klassik verweilen. Er dankte für unsere Aufmerksamkeit - wie?! und all die lärmenden Huster? - , wünschte dem Lucerne Festival eine goldene Zukunft: wie ich ja gelesen habe, hat die Julius Bär (Hauptsponsor des Festivals) einen herrvorragenden Jahresabschluss gehabt, und erinnerte sich am Schluss, wie er zum ersten Mal, vor 34 Jahre, am lucerne Festival aus seiner Kammer geholt wurde, in der er seine Finger wärmte: Plötzlich ging die Tür auf, und jemand sagte "Ufträtte!". Scherzend fügte er hinzu: Der Ton hat sich dann allerdings im Laufe der Jahre merklich geändert.
Zwei Zugaben schenkte uns der Meister, Liszt und Bach, und bejubelt wurde er jedesmal mit energischem klatschen, standing ovations und Bravorufe.
So schnell wird dieser Abend nicht vergessen gehen.

samedi 16 août 2008

{Montpellier} Rendez-vous de 18h - Musique de chambre enchanteresse

Cet après-midi, le vent sur la terrasse, un café dans ma tasse 'élan' reçue par la Gandoyette à Noël, et le dernier volet de ma série Lavinie à Montpellier. Pour ce dernier article, je regrouperai les deux derniers concerts qu'il me reste à vous raconter, deux excellents moments passés avec le Quatuor Psophos d'abord, puis le Trio Dalí.
Chronologiquement, ces deux concerts étaient, avec le récital de Gabriele Carcano, dans les trois premiers auxquels j'ai assisté. Toutefois, pour faire un peu de psychologie, j'ai choisi de terminer sur un bon souvenir, puisque dans la réalité temporaire, le niveau des prestations est plutôt descendu au fur et à mesure des concerts.

Quatuor Psophos
Lisa Schatzman, violon
Bleuenn Le Maitre, violon
Franck Chevalier, alto
Eve-Marie Caravassilis, violoncelle.

Claude Debussy
Quatuor à cordes en sol mineur op. 10

Edvard Grieg
Quatuor à cordes n°1 en sol mineur, op. 27

Quatre jeunes et bons musiciens, dans un équilibre un peu cliché de leur formation: un premier violon très très active et dynamique, deuxième violon très discret. Néanmoins, Lisa Schatzman possède une belle énergie et sait conduire le quatuor avec beaucoup de conviction, dans des interprétations toutes en finesse et en intelligence.
J'avais déjà eu l'occasion d'entendre le quatuor de Debussy quelques mois auparavant, en Suisse, à Marin, concert durant lequel je m'étais par ailleurs copieusement ennuyée. L'alto de cet ensemble avait du être remplacé ad hoc pour cause d'inflammation à l'épaule, et la formation se retrouvait déséquilibrée par un membre 'externe', qui de plus, galérait un peu dans ce programme monté en une semaine seulement. Debussy ne m'avait donc pas spécialement marqué, manquant de conviction à mes yeux.
Le quatuor Psophos quant à lui, fort d'un travail d'ensemble de plusieurs années déjà, s'est montré à la fois très uni et très décidé. Avec eux, on sait où on va et pourquoi on y va. Les musiciens possèdent une bonne écoute qui leur permet l'unité parfaite jusque dans les pianissimi les plus délicats. L'équilibre entre les registres est lui aussi très satisfaisant, il n'y a jamais un instrument qui cherche à tout prix à dominer les autres (j'ai le souvenir des pizz d'un violoncelle beaucoup trop puissant à Marin). Le seul bémol est le décalage entre les violons I et II, le premier violon un peu trop présent - non pas forcément au niveau sonore, mais dans la présence scénique - et second trop transparent. Quelque fois, la verve de Lisa Schatzmann lui donnait un son un peu criard et acide. Mais voilà, ceci juste pour trouver quelque chose à redire à un concert qui était excellent, clos par un Grieg vraiment magnifique, lyrisme éclatant et saveurs cristalline nordiques. Un Grieg au pays des fées.

Trio Dalí
Vineta Sareika, violon
Christian-Pierre La Marca, violoncelle
Amandine Savary, piano

Franz Schubert
Trio pour violon, violoncelle et piano en Mi bémol Majeur D 929, op. 100
Maurice Ravel
Trio pour violon, violoncelle et piano en la mineur

Je ne vais pas vous parler de Ravel, simplement parce il a été complètement éclipsé par la performance magistrale du trio op. 100 de Schubert.
Le groupe partait déjà sur un très bon a priori de ma part: déjà, la formation violon, violoncelle et piano est pour moi la plus belle formation de musique de chambre, qui réunit tous les éléments nécessaires à un parfait équilibre: le violon et le violoncelle pour le lyrisme, le piano pour le cadre rythmique. La sagesse du violoncelle, l'insouciance juvénile du violon. Et ensuite, parce que Schubert, c'est Schubert, et que sa musique de chambre est l'une des plus belles que je connaisse, elle est vraiment conçue pour des musiciens qui font de la Hausmusik entre amis, sans prétention. Elle garde un caractère très intimiste, très simple.
Pourtant, je ne crois pas que ce préjugé certes très favorable déforme mon jugement.
Je possède un bon enregistrement de ce trio (Stern-Rose-Istomin), j'avais donc déjà entendu le top du top, il fallait donc y aller sérieusement pour m'étonner. C'est chose faite avec le Trio Dalí. Une cohésion parfaite, une amitié que l'on perçoit entre ces trois jeunes musiciens, des regards complices, une compréhension mutuelle qui va jusqu'à une certaine forme d'anticipation. Une pianiste très énergique (et un touché perlé à vous faire pâlir d'envie!), un violoncelle décidé, une violoniste - inouï! - à peine trop effacée. La grande force de cette formation sont les traits piano, dans lesquelles ils savent descendre au seuil de l'audible, tout en finesse, délicatesse et intensité. Mais les passages d'un lyrisme déjà tout à fait romantique ne sont pas pour autant à laisser de côté, passionnés et joués avec cette sonorité si pleine et si riche qui est la leur.
Dommage que ce trio de Schubert ait une fin! Leur interprétation était si éclatante que j'ai dû m'assoir sur mes mains pour ne pas applaudir à la fin du premier mouvement déjà. Et ce n'est pas là une métaphore.
Je crois que je vais m'arrêter ici, sinon vous allez croire que je suis payée pour leur faire de la pub. Mais vraiment, vraiment: le Trio Dalí, je vous conseille vivement de vous en souvenir, et s'il se présente à vous l'occasion de l'entendre, courez, mes amis, courez!

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Photos prises ici et ici.

samedi 2 août 2008

{Montpellier} les Jeunes Solistes de 12:30

Le crépuscule d'une journée bien remplie, le ménage en buvant des litres d'eau, deux bols de thé noir avec les sucres roux rescapés du Pré Vert, un nocturne de Chopin et une lettre.
La motivation de coucher sur la toile une longue note sur les concerts du Festival Radio France à Montpellier laisse à désirer.
Je m'occupe donc des deux récitals auxquels Dodoré et moi avons assistés, les samedi 26, respectivement lundi 28 juillet, à 12:30, salle Pasteur, Montpellier.

David Violi, piano
Schubert - Sonate in B-Dur, D960
Bruneau-Boulmier (*1982) - La Traversée des apparences
Debussy - Etudes, livre II, extraits

J'étais très sceptique quant au choix de ce jeune pianiste, de jouer, à 26 ans, une œuvre aussi monumentale que la sonate D960. Et je ne peux malheureusement pas vous annoncer que j'aurais eu tort de me méfier: c'était ennuyant à mourir. Pas une once d'humour (Schubert!), pas de couleurs, statique, manque assez flagrant de propreté, allant jusqu'à un blanc au beau milieu du premier mouvement. Bref, il ne se passait rien, tout comme dans les pièces suivantes, les trois pièces que Bruneau-Boulmier lui a dédié et les trois études de Debussy.
Dans mon journal, je me suis bornée à noter en trois mot es war langweilig. Et de fait, on ne peut guère ajouter grand chose à cela.


Malwina Sosnowski, violon
Nikos Kyriosogolou, piano
Brahms - scherzo FAE
Chausson - Poème pour violon et piano op.25
Ysaÿe - Sonate n°5 pour violon seul
Chiang (*1974) - Dance II
Wieniawski - Fantaisie brillante sur des thèmes de Faust de Gounod

Pour leur décharge, il faut mentionner que le pianiste Nikos Kyriosogolou remplaçait Riccardo Bovino, qui s'est blessé, et a de ce fait dû monter ces pièces en deux semaines.
Toutefois, c'était presque encore pire que le récital soporifique de David Violi.
Cela commence déjà par une entrée sur scène d'une mollesse qui défie toute concurrence. Brahms, ce scherzo vif et pétillant comme un feu, poli, lénifié, les forte deviennent des mezzo piano et les staccati traînent paresseusement. Aucune fougue, certainement pas du côté du pianiste, et comme la violoniste a un son maigrichon qui devient vaguement criard dans les registres forts et aigus, on préfère qu'elle évite de s'emballer... Moi qui me réjouissais d'entendre ce scherzo et de le faire découvrir à Dodoré, c'est râté ma petite dame.
Venait un début prometteur pour Chausson, une belle tenue des phrases musicales, Malwina Sosnowski parvient à capter notre attention et à suspendre notre souffle au bout de son archet. Malheureusement, ce n'était que le début, et le vent a bien vite tourné. Piano et violon s'alternent, d'une manière désordonnée et décousue, sans logique aucune, c'en est agaçant.
J'espérais que la violoniste pourrait rattraper le coup avec la sonate pour violon seule d'Ysaÿe. Après tout, peut-être que tout aurait été totalement différent si elle avait pu jouer avec son pianiste initial. Que nenni! Les passages virtuoses se succèdent, avec des problèmes flagrant de justesse, et toujours ce son vide et terne. Plusieurs arrivée dans les aigus vraiment très faux, qui me font tressaillir de malaise sur mon siège. Suivait une composition contemporaine, très rythmée, avec un passage central durant lequel la violoniste laisse son instrument de côté pour taper des mains. On aime ou on aime pas, pour ma part, je ne vois pas l'utilité de faire faire de la percussion à une violoniste. Un percussionniste ou un danseur ferait cela mieux. Mais bon, c'est à la mode de faire faire des tas de choses aux instrumentistes pour épater la galerie des néophytes... Pour revenir à cette pièce, un passage à contretemps si foireux que cela me démangeait de battre la mesure, et rien de spécial.
Le gros morceau, c'était la dernière pièce, la fantaisie brillante de Wieniawski, pour laquelle Dodoré et moi avions hâte de voir comment nos deux mollusques allaient faire quelque chose de brillant. Pour faire court, dans la marge de mon programme, j'ai noté brillant?! Insipide!
Et à nouveau, les salutations si gênées que s'en est désagréable. La violoniste danse d'un pied sur l'autre, comme un enfant mal à l'aise après avoir récité sa poésie.
Un bis, un caprice ou une czardas ou quelque chose dans ces eaux-là, sans doute la pièce qui manquait le moins de conviction.
En résumé: manque de justesse, manque d'énergie, manque de conviction et manque de confiance.

Voilà, deux récitals fades de 12:30.
Heureusement, les autres concerts avaient une autre saveur, voir étaient franchement goûtus!

Cela me fait quand-même un peu de la peine de démolir ainsi deux jeunes musiciens... En espérant qu'ils se trouvaient les deux dans un mauvais jour, je leur souhaite bon vent, et surtout de s'affermir, de gagner en conviction et en confiance.

jeudi 5 juin 2008

Abschiedskonzert: Alfred Brendel mit standing ovations bejubelt

Tonhalle Zürich, 31.05.2008, 19:30

La lumière de cette fin de jour d'été entre en faisceaux obliques dans la Tonhalle joliment ouvragée, qui baigne dans une lueur dorée et grandiose, comme une gigantesque cathédrale florentine. Les auditeurs prennent place, la salle est pleine à craquer, le public est majoritairement composé de retraités.
Jeunes musiciens et étudiants, où êtes-vous?
Une belle tension plane au-dessus des visages tournés, palpitant, vers la scène dépouillée.
Ce soir, le grand maître ne nous offrira pas moins de trois sonates et des variations. Un programme conséquent et ambitieux.
Le pianiste aux lunettes épaisses s'avance lentement vers sa seconde moitié, le grand piano qui trône au centre de l'estrade.
Simon et moi nous trouvons au dernier rang de la galerie, et, comme nos collègues de dernière catégorie, nous nous levons, pour voir le jeu du maestro.


Haydn: Variationen in f-moll, Hob XVII/6
Dès les premières notes, on est frappé par la finesse et la précision du toucher de Brendel - même si j'avais déjà décidé, depuis son récital au Lucerne Festival de novembre dernier, qu'il avait le plus beau son de l'univers pianistique. Brendel, c'est la lumière qui jailli de ses doigts, c'est une seule note qui peut vous amener à l'extase.
Je voudrais souligner ici la richesse imaginative et inventive dont le pianiste fait preuve dans ces variations. En général, je n'aime pas spécialement les variations, j'ai tendance à m'ennuyer au bout de la 4ème variation, or, ce soir, chaque variation est jouée tellement différemment que j'en viens presque à oublier qu'il s'agit de variations, et les applaudissements à la fin me surprennent tant que je chuchote à Simon, interloquée: "pourquoi les gens applaudissent-ils au milieu de la pièce?"

Mozart: Klaviersonate in F-Dur, KV 533
Mozart. Comme je l'ai dit, Mozart et moi, nous ne sommes pas très copains. Sauf quand c'est joué par Brendel. Lui, il peut. Je ne vais certes pas me mettre dans tous mes états, comme avec du Chopin, mais enfin, j'y trouve du plaisir malgré tout.
Sa sonate est très traditionnelle si je puis dire, pas du tout comme la vision assez sombre que nous avons pu écouter le soir suivant avec Kissin et la Kremerata Baltica. Vif, aérien, pétillant. Dans mon carnet, j'ai noté: "Ses ornements sont comme des jeux de lumière, comme le miroitement du soleil sur l'eau". Une mention particulière pour le deuxième mouvement, dans lequel Alfred Brendel a pu pleinement nous faire apprécier la beauté de son son si accompli. Il a su tenir sur la longueur et faire durer l'émotion de la première à la dernière note de ce mouvement lent qui donnait les frissons.

Beethoven: Klaviersonate in Es-Dur "Quasi una fantasia", Op. 27, Nr. 1
Suivait un Beethoven très engagé, ce qui, venant de ce pianiste au jeu que je trouve généralement très intellectuel, m'a agréablement surpris. Un engagement qui lui a coûté quelques imperfections, qui, loin d'être gênantes, ont donné à ce Beethoven tout la spontanéité que l'on peut attendre de Beethoven, et encore plus d'une sonate "quasi una fantasia". Le pianiste s'est lâché, libéré de ses interprétations réfléchies et cérébrales pour simplement vivre pleinement cette très belle sonate de Beethoven. C'était très fort, et, malgré plus d'une heure debout, immobile dans mes chaussures inconfortables, je n'ai pas vu le temps passer.

Schubert: Klaviersonate in B-Dur
Faut-il tenter de poser des mots sur cette interprétation?
En cheminant vers la Tonhalle, Simon me disait que Brendel était devenu célèbre par son Schubert. Je veux bien le croire!
Cette très grande sonate était simplement vollkommen.
Il n'y avait plus rien à dire, plus rien à ajouter. Tout était accompli. On aurait voulu que cela ne s'arrête jamais, plus jamais. Vraiment.
Le mouvement I était subtile, intense et doux, le second mouvement calme, simple, lumineux, sans faux pathos, le mouvement III joyeux, souriant, espiègle, léger comme une brise d'été, et le finale très intense, comme le turquoise sombre d'une eau pure et profonde, comme l'immensité d'un ciel étoilé.

Après une telle prestation, comment ne pas offrir une standing ovation au pianiste qui prend sa retraite? L'émotion était à son comble lorsque le public s'est levé d'un seul homme, dans des applaudissements frénétiques.

Nous avons eu droit à trois bis - trois bis! - et à chaque fois, je me disais que c'était le dernier.
Tout d'abord le deuxième mouvement du concerto italien de Bach, qui m'a étonné par l'usage de la pédale, moi, puriste pour qui Bach = pas de pédale, à quelques rares exceptions près.
Puis un peu de Liszt, avec Au lac de Wallenstadt, la seconde pièce des Années de pèlerinage I, dont je possède par ailleurs un enregistrement par Brendel lui-même. La pièce a mûri, est devenue plus libre, plus rubato, je la préfère telle qu'il la joue maintenant. Un sentiment vaguement étrange d'entendre en "vrai" une partition écoutée tant de fois à la maison.
Alfred Brendel m'a ensuite fait le plus beau cadeau qui soit, en nous offrant, comme troisième et dernier bis, l'Impromptu en Sol bémol Majeur de Schubert, que j'avais découvert sur internet jouée par lui-même, et qui m'avait laissé une vive impression. Mais jamais je n'avais imaginé l'entendre une fois, lui, en live, jouer cet impromptu.
J'étais out of my mind, et pendant plusieurs minutes qui ont suivi, je n'étais plus capable de penser par moi-même.

Merci pour ce grand moment de musique.

PS pour Simon: Alfred Brendel a été jeune une fois! J'ai trouvé un extrait où on le voit avec des cheveux qui ne sont pas gris! (ici, pour réentendre son superbe accent autrichien comme lors de sa petite blague "Jetzt muss ich mich nochmal konzentrieren, sonst schreibe ich am Ende noch Kissin!" et ici pour rigoler un peu)

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critique dans le Tagesblatt
critique dans la Frankfurter Allgemeine