lundi 20 octobre 2008
dimanche 19 octobre 2008
Pleyel au coeur de la Russie
Dimtri Hvorostovsky, Evgeny Kissin
Chants de Tchaïkovsky, Medtner, Rachmaninov
12 octobre 2008, 19:30, salle Pleyel, Paris
J'étais donc à Paris.
J'ai passé une heure au soleil, faisant courir ma plume sur mon carnet Moleskine au Champ de Mars, sursautant à chaque fois que, levant les yeux du papier, je voyais la Tour Eiffel. Je me suis perdue dans la multitude de librairies du quartier de la Sorbonne, j'ai passé des heures à lire, écrire et regarder la vie sur la terrasse des cafés parisiens, je suis tombée amoureuse des statues grecques du Louvre, j'ai sautillé de joie aux puces Porte de Clignancourt, j'ai marché là où tant de personnages de romans lus et rêvés dans mon enfance avaient posés leurs pieds. J'ai fait la sieste aux Tuileries, je me suis nourrie presque exclusivement de baguette et de café, j'ai appris des poèmes de Rimbaud dans le métro. J'ai esquissé des pas de valse avec un inconnu sur le pont des Arts avant de le quitter dans un éclat de rire, j'ai tutoyé un professeur de la Sorbonne, j'ai plaisanté et dîné avec ce même professeur, je me suis laissé instruire sur Napoléon.
Je suis allée au concert aussi, comme toujours, lorsque je pars en vacances.
Première fois à Paris - première fois à Pleyel.
Dmitri Hvorostovsky, baryton, et Evgeny Kissin, qu'on ne présente plus sur ce blog, dans un programme 100% romantiques russes.
Etudiants en jean, riches bourgeoises en vison, c'était la salle de tous les paradoxes. L'arrière-scène fermée à cause d'un public pas très nombreux, j'ai été redirigée vers le fond du parterre. Quelques minutes avant le commencement du concert, les placeurs nous ont donné le feu vert pour intégrer des rangs plus en avant. Le public chic et posé de Pleyel s'est transformé pour quelques secondes en une horde de gens braillards et aussi distingués que des charretiers. Grosse foire d'empoigne, moi au milieu, stupéfaite et pliée de rire: une telle chose n'arrive jamais dans la Suisse très 'réglos'. Je me suis retrouvé catapultée au quatrième rang, côté chanteur.
Je ne connaissais que très mal le chanteur, tout au plus quelques vagues extraits d'opéras, et encore.
Quant à mon pianiste préféré, j'étais curieuse de voir comment il se débrouillait en musique de chambre, il allait passer le test de modestie, quittant la peau du soliste pour revêtir l'habit du 'simple' accompagnateur. Je sais que Kissin a fait plusieurs apparitions en musique de chambre, en duo avec Argerich et Levine, en quintette avec Kremer notamment, et avec la voix délicieuse de Thomas Quasthoff à Verbier, il y a maintenant quelques années. Les critiques avaient été très positives, mais je me réjouissais malgré tout d'entendre par moi-même.
Eh bien, les amis! Evgeny Kissin sait s'effacer, être là pour soutenir et mettre en valeur le chanteur. Celui qui, fêté dans toutes les salles de concert du monde, aurait plus d'une raison pour faire sa prima donna a su garder un caractère humble et innocent. Il s'est retiré des projecteurs tout en gardant son jeu brillant, précis et poétique, ressortant là où il le fallait, restant dans l'ombre lorsque Hvorostovsky tenait le beau rôle.
En ce qui concerne le chanteur, je m'attendais à l'une de ces belle voix russes, veloutées et profondes, comme l'encens de la liturgie orthodoxe. Je n'ai été ni déçue, ni surprise en bien, j'ai simplement reçu ce que je pensais entendre - ce qui n'est pas mal du tout, puisque j'avais une exigence assez haute, à bien considérer les choses. Un baryton russe avec ce grand coffre typique, un son non pas éclatant comme des cuivres, mais un peu voilé, et généreux comme un violoncelle.
Le programme était très bien monté et exécuté, bien qu'à mon oreille de pianiste, le chanteur aurait pu se montrer parfois un peu plus coopératif (mais il s'agit là d'une utopie, je sais bien que les chanteurs ne font - pour la plupart - pas grand cas de leur pianiste, leur accompagnateur. Pour certains, c'est déjà un honneur s'ils vous laissent jouer votre introduction en entier, j'en connais un rayon à ce sujet*). Mais comme Evgeny Igorievich n'est pas né de la dernière pluie, il a toujours bien anticipé et suivi Dmitri Aleksandrovich, pressant le tempo lorsqu'il le sentait à bout de souffle, élargissant là où le chanteur s'attardait sur des passages très lyriques.
Une très belle soirée, ma première soirée de Lieder je pense. Une salle hystérique, standing ovation et trois rappels, Hvorostovsky désigne sa montre pour éviter de nous devoir plus de bis.
J'ai été ravie du public, calme et bien élevé pendant la partie formelle, chaleureux et spontané dans les bis, des échanges du tac au tac avec le chanteur.
J'ai aimé aussi Hvorostovsky qui annonçait ses bis.
Dmitri Hvorostovsky et Evgeny Kissin - lequel a laissé ses cheveux dans sa loge dans un souci de sobriété.
*une après-midi, devant l'institut de musicologie, j'entends cette brève conversation entre deux chanteuses:
A: j'espère que je ne vais pas faire trop de fautes de rythme, et que je ne vais pas ommencer trop tôt.
B: bah tu t'en fiches!
A: Ah non, quand-même...
B: Quand-même quoi?! C'est au pianiste de te suivre, c'est son travail, il sert à ça. Tu dois pouvoir lui couper ses soli et oublier ou rajouter des temps, il n'a qu'à se débrouiller.
(J'ai failli envoyer mon Norton Anthology of English Literature II à la tête de la chanteuse B.)
Une perle à la Tonhalle
Avec beaucoup de retard, je vous livre enfin la critique du concert organisé par la Fondation Orpheum, le 9 septembre dernier, auquel Simon et moi avons eu la chance d'assister. J'avais gagné deux places en seconde catégorie, nous nous sommes régalés, malgré le fait que je me sentais un peu mal à l'aise, vêtue - selon mon usage - comme un clochard, puisque je m'attendais à retirer des cartes pour la quatrième ou cinquième catégorie. Nous nous sommes retrouvés au troisième rang, deuxième catégorie(!).
Deux jeunes solistes se partageaient le programme de la soirée, placée sous le signe des grands noms allemands, après une pièce commanditée pour l'occasion à un compositeur américain. Le tout sous la baguette de Michael Sanderling.
Andrew Normann, moins de la trentaine, signait une première pièce, dont j'ai malheureusement oublié le nom. Il se basait sur un livre, une sorte d'arrêt du temps, de temps suspendu - souvent un solo immobile et dépouillé au violoncelle - au milieu de la furie de la seconde guerre mondiale. Je suis assez fâchée d'avoir attendu si longtemps que j'en ai oublié toutes les références, qui pourtant étaient intéressantes.
Matteo Tabbia montait ensuite sur le podium pour le très riche oncerto pour violoncelle de Schumann. J'avais une petite appréhension, étant d'avis qu'il s'agit d'une pièce très délicate, non pas d'un point de vue technique, mais musicalement. Je perçois ce concerto comme une sorte de monologue intérieur, les idées se bousculent, on commence une phrase que l'on perd au fil des pensées qui nous assaillent. Une pièce très introvertie.
Matteo Tabbia nous a présenté une partition extrêmement brillante, fougueuse et virtuose, malheureusement bien souvent au détriment du son, forcé, étranglé et criard. Quelques très beaux piani dolci, et je me suis demandée si ce jeune violoncelliste qui se démenait comme un lion, avec quelques trous de mémoire dûs à la panique et des problèmes d'intonation, n'était pas mal à l'aise simplement - et bêtement - de par un mauvais choix de programme. Il me semblait qu'il ne trouvait pas le ton juste, d'où le caractère affecté et bancal de son jeu, qui, dans une pièce qui lui correspondrait mieux, coulait peut-être comme du miel liquide.
Je dois avouer que j'étais très moyennement convaincue de sa prestation, et que si Matteo Tabbia a dû donner un bis, ce n'était pas grâe à moi. Mais heureusement qu'il y a eu ce bis: une sarabande de l'une des suites de Bach. Et là, toute la personnalité musicale du soliste s'est révélée à mes oreilles. Un archet très bien conduit, un son pur et rond, pas trop, juste ce qu'il faut pour rester baroque, un suivi de la ligne mélodique remarquable, bref, beaucoup de (très) belle musique. Ce rappel donnait raison à mon hypothèse: mauvais choix de programme. Tout ce qu'il me reste donc à souhaiter à ce jeune homme, c'est de ne plus se tromper dans la décision des pièces à jouer! Et s'il revient en Suisse pour une soirée Bach, ce sera très volontiers que j'y assisterai.
rouge. Beethoven et son célébrissime concerto pour violon. J'ai cherché la petite bête pendant une bonne partie du premier mouvement: impossible à trouver quoi que ce soit à redire. Pas de fautes de justesse, un son qui reste toujours bien clair et mélodieux, les phrasés sont bien exposés, la richesse de couleurs est à pâlir d'envie. Finalement, perplexe mais ô combien ravie, je me suis laissé porter par ce concerto joué avec tant d'intelligence, de verve et de conviction, agréablement surprise à tout bout de champ. Doubles-cordes, harmoniques, piani, forte, cette demoiselle maîtrise absolument tout, avec aisance et comme un fait secondaire. Oui, bien sûr, il y a les passages virtuoses de doubles cordes dans la cadenza, mais avez-vous remarqué la mélodie qui se détache divinement du reste? Parfois, c'est si bien conduit que l'on croit entendre plusieurs instruments là où il n'y a qu'elle seule.J'ose affirmé que j'ai entendu ce soir là l'une des meilleurs version du concerto de Beethoven, et en quittant la salle, j'étais toute émotionnée à l'idée d'avoir assisté aux débuts d'une violoniste dont le nom figurera un jour - je le pense réellement - parmi les plus grands de notre siècle. Veronika Eberle, je dis à Simon, il faut nous souvenir de ce nom, nous le recroiserons sans doute encore souvent par la suite.
samedi 18 octobre 2008
Poème d'octobre: Ma Bohème - Arthur Rimbaud
Dans le métro parisien, une petite sacoche en cuir brut, un livre.
Dans le métro parisien, un pull de laine prune et une jupe grise.
Dans le métro parisien, des ballerines noires et un concert à Pleyel.
Dans le métro parisien, les poèmes de Rimbaud.
Et rêver.
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit Poucet rêveur, j'égrenais sur ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse,
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bon soirs de septembre où je sentais les gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant dans les ombres fantastiques
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près du cœur!
jeudi 9 octobre 2008
Nobel Prize in Literature 2008 speaks french
The Nobel Prize in Literature 2008
Jean-Marie Gustave Le Clézio
The Nobel Prize in Literature for 2008 is awarded to the French writer Jean-Marie Gustave Le Clézio
"author of new departures, poetic adventure and sensual ecstasy, explorer of a humanity beyond and below the reigning civilization".
Jean-Marie Gustave Le Clézio was born on April 13, 1940, in Nice, but both parents had strong family connections with the former French colony, Mauritius (conquered by the British in 1810). At the age of eight, Le Clézio and his family moved to Nigeria, where the father had been stationed as a doctor during the Second World War. During the month-long voyage to Nigeria, he began his literary career with two books, Un long voyage and Oradi noir, which even contained a list of “forthcoming books.” He grew up with two languages, French and English. In 1950 the family returned to Nice. After completing his secondary education, he studied English at Bristol University in 1958-59 and completed his undergraduate degree in Nice (Institut d’Études Littéraires) in 1963. He took a master’s degree at the University of Aix-en-Provence in 1964 and wrote a doctoral thesis on Mexico’s early history at the University of Perpignan in 1983. He has taught at universities in Bangkok, Mexico City, Boston, Austin and Albuquerque among other places. Le Clézio received much attention with his first novel, Le procès-verbal (1963; The Interrogation, 1964). As a young writer in the aftermath of existentialism and the nouveau roman, he was a conjurer who tried to lift words above the degenerate state of everyday speech and to restore to them the power to invoke an essential reality. His debut novel was the first in a series of descriptions of crisis, which includes the short story collection La fièvre (1965; Fever, 1966) and Le déluge (1966; The Flood, 1967), in which he points out the trouble and fear reigning in the major Western cities.
Even early on Le Clézio stood out as an ecologically engaged author, an orientation that is accentuated with the novels Terra amata (1967; Terra Amata, 1969), Le livre des fuites (1969; The Book of Flights, 1971), La guerre (1970; War, 1973) and Les géants (1973; The Giants, 1975). His definitive breakthrough as a novelist came with Désert (1980), for which he received a prize from the French Academy. This work contains magnificent images of a lost culture in the North African desert, contrasted with a depiction of Europe seen through the eyes of unwanted immigrants. The main character, the Algerian guest worker Lalla, is a utopian antithesis to the ugliness and brutality of European society.
During the same period, Le Clézio published the meditative essay collections L’extase matérielle (1967), Mydriase (1973) and Haï (1971), the last of which shows influences from Indian culture. Long stays in Mexico and Central America in the period 1970 to 1974 were of decisive significance for his work, and he left the big cites in search of a new spiritual reality in the contact with the Indians. He met the Moroccan Jemia, who became his wife in 1975, the same year Voyage de l’autre côté was published, a book in which he gives an account of what he learned in Central America. Le Clézio began the translation of the major works of the Indian tradition, such as Les prophéties du Chilam Balam. Le rêve mexicain ou la pensée interrompue (1998) testifies to his fascination with Mexico’s magnificent past. Since the 90s Le Clézio and his wife share their time between Albuquerque in New Mexico, the island of Mauritius and Nice.
Le cercheur d’or (1985; The Prospector, 1993) treats material from the islands of the Indian Ocean in the spirit of the adventure story. In later years the author’s attraction to the dream of earthly paradise is apparent in books such as Ourania (2005) and Raga: approche du continent invisible (2006). The latter is devoted to documenting a way of life on the islands of the Indian Ocean that is disappearing with the advance of globalization. The former is set in a remote valley in Mexico, where the main character, the author’s alter ego, finds a colony of seekers who have regained the harmony of the golden age and laid aside civilization’s ruined customs, including its languages.
The emphasis in Le Clézio’s work has increasingly moved in the direction of an exploration of the world of childhood and of his own family history. This development began with Onitsha (1991; Onitsha, 1997), continued more explicitly with La quarantaine (1995) and has culminated in Révolutions (2003) and L’Africain (2004). Révolutions sums up the most important themes of his work: memory, exile, the reorientations of youth, cultural conflict. Episodes from various times and places are juxtaposed: the main character’s student years during the 1950s and 60s in Nice, London and Mexico; the experiences of an ancestor from Brittany as a soldier in the army of the revolution in 1792-94 and his emigration to Mauritius to escape the repression of revolutionary society; and the story of a female slave from the beginning of the 1800s. Embedded among the childhood memories is the story of the main character’s visit to his grandfather’s sister, the last mediator of family tradition from the lost estate on Mauritius, who passes on the memories that he as author will carry into the future.
L’Africain, the story of the author’s father, is at once a reconstruction, a vindication, and the recollection of a boy who lived in the shadow of a stranger he was obliged to love. He remembers through the landscape: Africa tells him who he was when, at the age of eight, he experienced the family’s reunion after the separation during the war years.
Among Le Clézio’s most recent works are Ballaciner (2007), a deeply personal essay about the history of the art of film and the importance of film in the author’s life, from the hand-turned projectors of his childhood, the cult of cinéaste trends in his teens, to his adult forays into the art of film as developed in unfamiliar parts of the world. A new work, Ritournelle de la faim, has just been published.
Le Clézio has also written several books for children and youth, for example Lullaby (1980), Celui qui n’avait jamais vu la mer suivi de La montagne du dieu vivant (1982) and Balaabilou (1985).
Literary Prizes: Prix Théophraste Renaudot (1963), Prix Larbaud (1972), Grand Prix Paul Morand de l’Académie française (1980), Grand Prix Jean Giono (1997), Prix Prince de Monaco (1998), Stig Dagermanpriset (2008)
| Works in French |
| Le procès-verbal. – Paris : Gallimard, 1963 |
| Le jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur. – Paris : Mercure de France, 1964 |
| La fièvre. – Paris : Gallimard, 1965 |
| Le déluge : roman. – Paris : Gallimard, 1966 |
| L'extase matérielle . – Paris : Gallimard, 1967 |
| Terra amata. – Paris : Gallimard, 1967 |
| Le livre des fuites : roman d'aventures. – Paris : Gallimard, 1969 |
| La guerre. – Paris : Gallimard, 1970 |
| Haï. – Genève : Skira, 1971 |
| Mydriase. – Montpellier : Fata Morgana, 1973 |
| Les géants. – Paris : Gallimard, 1973 |
| Voyages de l'autre côté. – Paris : Gallimard, 1975 |
| L'inconnu sur la terre. – Paris : Gallimard, 1978 |
| Vers les icebergs. – Montpellier : Fata Morgana, 1978 |
| Voyage au pays des arbres. – Paris: Gallimard, 1978 |
| Mondo et autres histoires. – Paris : Gallimard, 1978 |
| Désert. – Paris : Gallimard, 1980 |
| Trois villes saintes. – Paris : Gallimard, 1980 |
| Lullaby. – Paris : Gallimard, 1980 |
| La ronde et autres faits divers. – Paris : Gallimard, 1982 |
| Celui qui n'avait jamais vu la mer ; suivi de La montagne du dieu vivant. – Paris : Gallimard, 1982 |
| Balaabilou. – Paris : Gallimard, 1985 |
| Le chercheur d'or. – Paris : Gallimard, 1985 |
| Villa Aurore ; suivi de Orlamonde. – Paris : Gallimard, 1985 |
| Voyage à Rodrigues. – Paris : Gallimard, 1986 |
| Le rêve mexicain ou la pensée interrompue. – Paris : Gallimard, 1988 |
| Printemps et autres saisons. – Paris : Gallimard, 1989 |
| La grande vie ; suivi de Peuple du ciel. – Paris : Gallimard, 1990 |
| Onitsha. – Paris : Gallimard, 1991 |
| Étoile errante. – Paris : Gallimard, 1992 |
| Pawana. – Paris : Gallimard, 1992 |
| Diego et Frida. – Paris : Stock, 1993 |
| La quarantaine. – Paris : Gallimard, 1995 |
| Poisson d'or. – Paris : Gallimard, 1996 |
| La fête chantée. – Paris : Le Promeneur, 1997 |
| Hasard ; suivi de Angoli Mala. – Paris : Gallimard, 1999 |
| Coeur brûlé et autres romances. – Paris : Gallimard, 2000 |
| Révolutions. – Paris : Gallimard, 2003 |
| L'Africain. – Paris : Mercure de France, 2004 |
| Ourania . – Paris : Gallimard, 2006 |
| Raga : approche du continent invisible. – Paris : Seuil, 2006 |
| Ballaciner. – Paris : Gallimard, 2007 |
| Ritournelle de la faim. – Paris : Gallimard, 2008 |
Je sais que j'ai lu déjà Le Clézio. Mais je n'arrive ni à me souvenir du titre, ni de l'histoire. Ca m'embête un peu quand-même...
lundi 6 octobre 2008
La musique classique vieillit.
En me connectant sur internet cette après-midi, je me suis retrouvée nez à nez avec un article qui exprime la pensée que je m'étais interdit de penser (formulation à la Marguerite de Navarre):
Le public des concerts de musique classique devient de plus en plus âgé. Und was, wenn diese Generation unter dem Boden verschwunden ist? Qui perpétuera les cantates de Bach, les symphonies de Mahler, les Lieder de Wolf?
C'est pessimiste, mais n'empêche: petite, j'ai toujours pensé que les gens appréciaient la musique 'sérieuse' avec l'âge, aussi indéniablement que l'on acquiert des rides en vieillissant. Pour donner un exemple concret, j'étais persuadée que mes copines partageraient mon amour pour Liszt une fois adultes. Mais peu à peu, force m'a été de constater qu'il n'en était rien. De plus en plus d'adultes n'avaient aucune idée de qui était Scriabin et me regardaient interloqués lorsque je leur demandais comment allait déjà le troisième mouvement du concerto pour piano de Tchaikovsky.
Pourtant, j'écoute de la musique classique, moi, et rien d'autre, depuis 21 ans!
Quid alors des auditeurs de Beethoven et Rossini?
Qui sont-ils?
- Pour la génération des cheveux gris, j'imagine qu'il s'agit avant tout de rejetons de la bourgeoisie. On voit cela fort bien, surtout à l'opéra, où ces gens de la haute société se parent en Coco Chanel pour se 'faire voir' et cultiver ainsi les relations mondaines. Mais cette catégorie-là n'occupe que les places de première catégorie.
- Puis il y a ceux qui sont issus de la 'tradition' bourgeoisie. Il on reçu en héritage l'intérêt pour la culture, on retrouve ces gens au théâtre, aux galleries d'art. Il viennent pour le plaisir et n'occupent pas forcément les meilleures places, ne sont pas nécessairement richissimes, et peuvent très bien avoir travaillé dans les métiers qu'on dit appartenir aux couches sociales inférieures. Je pense à ce cheminot retraité rencontré au Konzerthaus de Berlin, un monsieur extrêmenent cultivé qui ne faisait néanmoins pas partie de l'élite intellectuelle.
- Nous avons, jen pense en première position, les intellectuels. Par goût réel, ou juste pour l'image, c'est difficile à dire. En effet, la musique classique passe pour être sérieuse, élitiste (en allemand, on va jusqu'à faire la distinction de Ernste Musik (E-Musik) et Unterhaltungsmusik (U-Musik)!), un passe-temps 'intelligent' donc. Et puis avouez que l'idée que votre professeur de littérature comparée ait assisté à la 4ème de Bruckner par Abbado vous semblera louable, alors que ce même professeur croisé lors d'un concert punk détruirait un peu son aura de professeur universitaire sérieux.
- Vient ensuite une petite poignée de néophytes, qui a découvert la musique classique un peu par hasard, et tente de se faire une place dans ce monde fermé.
- Ceux-ci ne vont guère au concert - la musique classique c'est ringard, ça fait fils à papa - sinon ceux qui travaillent activement un instrument. Ceux-là ont reçu leur éducation musicale au travers de leur professeur de piano ou de hautbois, et se sont, à force de jouer des pages de Mozart, familiarisés avec l'E-Musik.
- Enfin, il y a la relève: ceux qui, par goût pour les 'grandes choses du passés' ne se contentent pas de lire Shakespeare, mais iront aussi écouter Macbeth à l'opéra. Ceux-là poursuivent des idéaux différents de la majorité de leurs congénères, lesquels sont plus intéressés de connaître la mode de la saison prochaine, respectivement de s'améliorer à la wii. Ceux-là se posent des questions, cherchent des réponses, portent des regards critiques et sont prêt à nager contre le courant s'il le faut.
Heureusement, je suis en musicologie, l'une des branches où il y a probablement le moins de ces étudiants parasites qui sont là sans trop savoir pour quoi et pourquoi. Je plains mes collègues historiens, historiens de l'art, français et allemands, qui, eux, héritent de toute cette masse de cerveaux amorphes et mous comme des légumes cuits.
Ô illustres professeurs! cessez donc enfin de materner vos étudiants! Ils sont assez grands pour rechercher tout seul les informations manquantes et combler leurs lacunes!!
*Ce qui m'a été dit textuellement il y a à peine plus d'une semaine. Pause de midi, les gens sortis s'acheter de quoi manger, je reste seule et en profite pour mettre Espace 2 et lire un peu, histoire de laver mon cerveau mis à mal par le CD de rock chrétien passé en boucle tout le matin. La foule revient, et :
- Purée, c'est qui qui met un truc pareil? Je hais la musique classique!
J'ai rien dit. Mais j'ai pensé, lorsque cet horrible CD a recommencé à cracher ses mièvreries:
- Punaise, mais qui peut écouter une musique à ce point primaire et sirupeuse?!
samedi 4 octobre 2008
Beethoven piano concerto - Kissin / Davis / LSO - part I
Premier post d'une série de cinq articles dédiés au nouvel album paru chez EMI classics le 19.09.2008
J'avais quelques réticences à acheter ce coffret de trois CD, pas nécessairement convaincue que Evgeny Kissin et Ludwig van Beethoven s'entendraient vraiment bien.
Finalement, le souvenir du musicien russe jouant le premier concerto lors du Verbier Festival 2007, et le 'prix vert' de la fnac aidant, j'ai repoussé - encore - l'achat de pantalons et fourré la boîte bleu acier dans mon baluchon.
opus 15
D'emblée, lors de l'introduction, on est séduit par la riche palette sonore dont use Sir Colin Davis. Tantôt cristalline comme un sorbet au citron, tantôt veloutée comme du chocolat fondant, le London Symphony Orchestra s'amuse à étonner l'auditeur dans un jeu plein d'originalité, tout en restant très beethovénien.
Evgeny Kissin pénètre dans un univers qui lui offre la possibilité d'exploiter toutes ses ressources, ce qu'il fait avec un plaisir évident. Ses premières mesures sont comme un combat intérieur, une partie, enthousiaste, qui presse et veut avancer, que l'autre partie, plus sage, essaie de retenir, tension qu'il gardera tout au long de cet allegro con brio Il en résulte un dynamisme extraordinaire, sans qu'il y ait besoin d'avoir recours à des tempi trop rapides. Tout est parfaitement articulé, tant chez le pianiste que du côté de l'orchestre. Les deux parties ont trouvé un dialogue et un équilibre rare, néanmoins, malgré cette beauté proche de la perfection, l'interprétation, loin d'être d'une glaciale précision, reste extrêmement vivante grâce au génie d'Evgeny Kissin, qui, par ses rubati et ses accents savamment placés, sait toujours donner une touche d'inattendu et d'humanité à la pièce.
Il n'a pas peur d'être parfois un peu extrême, et, si certaines articulations peuvent être discutables, au moins les fait-il avec une telle conviction et une telle joie, que l'on peut difficilement ne pas en être charmé malgré tout.
Au premier mouvement assez têtu et d'une fougue difficilement contenue succède un mouvement lent éblouissant de lyrisme. Tout y chante (même le chef d'orchestre), et si vous étiez assez rustre pour avoir gardé les yeux secs jusqu'ici, les magnifiques échanges entre Evgeny Igorievich et la clarinette solo vous contraindront à sortir les mouchoirs.
But.
La palme d'or revient à mon sens au troisième mouvement, rondo: allegro scherzando. Un tempo très vif, des accents à tort et à travers, ce mouvement est enfin joué comme je rêvais de l'entendre depuis longtemps déjà. Pour moi, ce rondo est un Beethoven plein d'humour, enjoué, un Beethoven qui rit sous cape de voir l'aristocratie viennoise choquée par ces accents surprenants, et sans doute pour l'époque, outrageusement révolutionnaires. Un Beethoven qui se moque de tout, que Kissin a su saisir si bien que j'en ai plusieurs fois éclaté de rire. C'est léger, inattendu, spontané et si drôle!
Impossible de ne pas avoir le sourire, de ne pas gigoter sur sa chaise: le jeu est si parlant, comme autant de personnages qui évoluent sur une place de marché. On voit ce mouvement, les écoliers qui rentrent en courant de l'école et se bousculent, la poissonnière qui crie sur son mari en menaçant du doigt, les pavés que la pluie de la veille a rendu glissant... C'est un véritable théâtre auditif qui se déroule dans ce dernier mouvement!
Donnez cette interprétation à un dépressif, je le met au défi de ne pas se mettre immédiatement à sauter de joie.
Merci.
Vraiment.
lundi 29 septembre 2008
Spring & Fall
Il y a quelques mois, je comparais diverse versions de la Ballade op.118 de Brahms. En sortait vainqueur l'interprétation très naturelle de Nikolai Lugansky.
Cette après-midi, j'ai trouvé l'intégrale de l'op.118 par Kissin (joué lors du Verbier Festival 2007), et j'ai enfin pu écouter sous ses doigts magiques mon numéro préféré, soit le cinquième, la romance. Et c'était comme une formulation musicale du soleil brumeux de fin de septembre.
La nostalgie rêveuse d'un automne, les doux regrets de l'été, la magie de la lumière timide sur les arbres mourant doucement.
Chez Lugansky, on assistait à l'éclosion du printemps, explosion de couleurs cristallines, de rires, de joie, ôde à la vie et credo d'un bonheur simple et évident.
Brahms, op. 118 n°5 romance, Evgeny Kissin
Brahms, op. 118 n°5 romance, Nikolai Lugansky
Je file - un besoin urgent de jouer cette romance.
jeudi 25 septembre 2008
Candide (Voltaire)
Auteur: François Marie Arouet, dit Voltaire
Titre original: Candide ou l'optimisme
Première parution: 1759
Traduction: -
Quatrième de couverture: -
[en lieu et place, un extrait]
Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la baronne la meilleure des baronnes possibles.
Mon avis: **Je ne dois pas être spécialement sensible à la littérature pré romantique, du moins, aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais apprécié 'plus que ça' les œuvres de cette période, que je devais lire au lycée. Diderot, Chrétien de Troyes, Madame de Lafayette, Rousseau... bof. Quoique, le moyen-âge a ses charmes, avec une candeur et une naïveté qui fait sourir, ou au contraire de belles passions tragiques qui font vibrer. Mais aux Lumières, je leur trouve un humour forcé et dédaigneux, beaucoup de mépris, beaucoup de larmoiement autours de la misère humaine. Beaucoup aussi de faites ce que je dis mais pas ce que je fais, et je me permets ici de citer l'exemple célébrissime d'un Rousseau auteur de L'Emile qui donne ses gosses à l'adoption et de vous conseiller un petit tour chez Doudou, qui vient de terminer elle aussi un Voltaire.
Le problème avec les lumières, c'est qu'ils sont obnubilés par leur sacro-sainte raison. Ca les amène a parler d'égalité, de liberté, et de tout un troupeau de belle valeurs, mais si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert à rien. (I Cor. 13, 1-3). Autrement dit, ce n'est pas avec la seule raison que l'on peut rendre le monde et les hommes meilleurs. Parce qu'il suffirait que ma raison me dicte que ça ne me sert à rien de traiter le Juif, l'Arabe ou le Noir comme l'égal de moi-même, que c'est tellement plus simple de le tabasser, de le voler et de le réduire en esclave, pour que toute cette belle théorie des Lumières tombe à l'eau. Je peux traiter l'autre avec tolérance et politesse, si je n'ai pas l'amour, le jour où ma situation ne sera plus si rose, je ne vais certainement pas me gêner à persécuter cet autre, à trouver intolérable que lui mange de la viande tous les jours alors que je dois me contenter de pain sec. Est-il besoin de citer des exemples?
Donc voilà, mis à part que les belles phrases des Lumières sonnent creux à mes oreilles, Candide se lit facilement, et est un peu drôle au début, ou plutôt ironique. Et puis c'est bien écrit, au niveau de la langue.
mardi 23 septembre 2008
Kafka sur le rivage (Haruki Murakami)
Auteur: Haruki Murakami
Titre original: Umibe no Kafuka
Première parution: 2003
Traduction: Corinne Atlan
Quatrième de couverture:
Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandus que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIe siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne au coeur du Japon contemporain.
Mon avis: ****
D'habitude, je préfère m'occuper des grands classiques de la littérature occidentale, mais là, elle en avait parlé à plusieurs reprises, et comme elle est une fille bien, je me suis dit que ce roman japonais était peut-être bien lui aussi.
En fin de compte, ce sont un peu plus de six cent pages que j'ai tournées en moins d'une semaine, donc un roman qui se lit très vite - trop vite. Moi qui aime prendre le temps, relire plusieurs fois un paragraphe, ici, je n'ai pas réussi à prendre mon temps. Un langage trop facile d'accès? - J'aime beaucoup devoir vérifier plusieurs fois le sens de certains mots dans le dictionnaire, ici, l'occasion ne s'est jamais présentée.
Par contre, j'aime beaucoup les récits initiatiques, le recours aux symboles, la dimension surréaliste, les allusions à la Grèce Antique, les théories sur l'Archiduc de Beethoven et la sonate en fa de Schubert, les discussions sur Platon et Kafka. Murakami a une très grande culture, c'est un plaisir de le découvrir dans son roman.
L'univers dans lequel évoluent les personnages de Kafka sur le rivage est d'une esthétique très japonisante, simple, épurée, harmonieuse. C'est propre et bien rangé. L'importance du ciel, le cornouiller qui bruisse dans le vent du soir, les thés qui se déclinent verts, noirs, aux herbes, l'hygiène de vie de Kafka Tamura.
Je ne sais pas s'il s'agit de grande littérature, mais en tout cas, c'est un roman qu'on a beaucoup de plaisir à lire dans l'adolescence ou la post adolescence, une manière originale et plein de fine érudition d'illustrer une quête de personnalité. Un roman que j'ai de ce faitaimé lire, mais qui ne présentera pas forcément un intérêt particulier pour un adulte ou une personne âgée. Mais - ce n'est là qu'une hypothèse non vérifiée.
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Je vais sans doute instaurer un peu de bilinguisme dans cet espace virtuel: tous les mercredis, ce sera Deutscher Mittwoch, les articles y seront rédigés dans la langue des Teutons. Pour les Allemands qui aterrissent ici et doivent fournir l'effort de lire des notes exclusivement écrites en français. Et puis mercredi, parce que c'est mon jour allemand à la fac, avec deux cours de musico donnés en allemand, et un cours de germanistique - en allemand aussi, bien évidemment.
Bon, et puis sinon, deux mauvaises nouvelles.
Tout d'abord les deux cours de musico qui tombent demain, la professeur sera absente.
Et puis j'ai encore acheté un livre. Zauberberg de Thomas Mann. (Oui, rien que ça.)






